Musique

Arnaud Rebotini : le costard qui parlait à l’oreille des platines.

Arnaud Rebotini : le costard qui parlait à l’oreille des platines.

09 juillet 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

Rendez-vous en terre électro ! Le maestro Rebotini nous accueille pour une conférence de presse très privée deux heures à peine avant son concert qui clôture cette journée du samedi 06/07 au Main Square 2019. Chemise ouverte, lunettes de soleil et moustache en guidon de vélo inversé … Pas de doutes, c’est bien lui. Alors, pas de temps à perdre. On sort le bloc-notes, stylos… Magnéto !

Pour commencer, vous avez dit que vous étiez « punk à costard ». C’est quoi votre relation avec le punk ?

Arnaud Rebotini : Je suis d’une génération qui n’a pas connu le punk, qui l’a vécu comme un truc parfois un peu pénible avec les punks historiques anglais qui avaient l’impression de vivre un truc exceptionnel. Ça a duré 6 mois. Ils avaient 20 balais et ils ont vécu ça comme leur première érection. Effectivement, ça avait d’exceptionnel ce retour en arrière, en quelque sorte. Le punk, si on voit les choses avec un peu de recul, c’est de revenir aux bases du Rock n’Roll et du Blues, à des choses simples qui ne sont pas forcément jouées par des virtuoses. Donc j’ai cette relation au punk un peu trouble…

Le mouvement punk était un mouvement particulièrement transgressif… c’est ce qui vous attire dans celui-ci ?

Non, pas tant que ça. C’est vrai que je peux être parfois un peu provocateur. Mais ma musique n’a rien de particulièrement transgressive. C’est plus ce retour aux sources qui m’intéresse, et, finalement, une certaine forme d’élégance. Parce qu’on pense généralement que les punks, c’est des mecs crado, etc… Pas du tout ! C’est des mecs qui sont vraiment dans la tradition du rock n’roll, de la vie sur scène. C’est que à partir du Grunge où ils ont fait croire qu’ils étaient à la scène comme à la ville… ce qui n’est pas tout à fait vrai. C’est déjà une attitude ! Et après, ça a ouvert la porte à tout et n’importe quoi …

 Vous proposez une esthétique plutôt vintage sur scène. Les synthés, les claviers. On sent que vous avez vraiment cherché à retrouver la couleur des sons électroniques des années 80 …

J’ai juste voulu utiliser les instruments qui sonnaient le mieux. En plus, des instruments sur lesquels à été créée la musique électronique, et les utiliser d’une manière un peu moderne. C’est comme dire « Martin L. Gore, de Depeche Mode, joue sur une Gretsch de 1955 » … C’est pas pour ça que Depeche Mode, c’est un groupe de Rockabilly. Je suis un peu dans le même truc. Dans tous les styles, tu as toujours un moment où tu as eu une quintessence technologique qui permet au style de prendre son essor, où la technologie rencontre un désir social et une expression artistique. Pour la techno, c’est dans les synthés des années 80 et un peu 70 que la musique est née. Donc il n’y a pas tellement de raisons de changer.

Comment ça se passe quand on vous demande une BO de film ? Vous avez de nombreuses contraintes où alors on vous dit « Arnaud, lâche-toi ! ».

On ne me dit jamais « Arnaud, lâche-toi ! … C’est open-bar ! ». En général, les réalisateurs ont tous des idées, au moins un désir. C’est toujours un dialogue qui se fait avec eux. Pour Robin Campillo, les titres Smalltown Boy et 120 Battements par minutes que j’ai fait pour lui, c’était particulier. Parce qu’il est venu me chercher par rapport à un disque que j’avais fait en 200… Il est venu piocher dans ma grammaire, tout en ayant une idée très précise de ce qu’il voulait. Par exemple, avec lui, j’ai la particularité de travailler avant le tournage. J’écris pratiquement la moitié de la musique, avant que ça tourne. C’est écrit dans le scénario.

Pourquoi cette attirance pour le cinéma ?

Le cinéma, c’est arrivé comme ça. Ça m’a toujours attiré mais comme je ne veux pas être le énième compositeur qui sort un symphonique et qui fait de la cordasse avec des reverb… Une sorte de sous-Stravinski-Wagner et compagnie. Ça ne m’intéresse pas. Je préfère être appelé pour la musique que je peux proposer qui est très différente de ce que je fais en LIVE. C’est une musique plutôt impressionniste, assez délicate avec un mélange d’acoustique et d’électronique.

Ce que j’aime dans les films, c’est la rencontre artistique. C’est d’arriver avec la musique instrumentale qui est une sorte d’art abstrait par essence. La musique, c’est un des seuls arts (on pourrait en discuter), qui n’existe pas à l’état de nature. Ce n’est pas quelque chose de représenté comme la peinture. La musique, c’est vraiment organiser des sons dans le temps et dans l’espace. Et d’arriver à raconter une histoire. La rencontre avec le réel c’est toujours hyper enrichissant.

Les costards satinés, la moustache, les bagouses, la gomina dans les cheveux… ce look qui fait quelque peu « mafieux des années 70 », est-ce un personnage de scène que vous avez construit où est-ce que ça fait partie de votre identité ?

Bah, je n’ai pas trop une tête de geek. Je ne pouvais pas trop jouer cette carte-là. J’aime bien ce truc de me présenter sur scène, bien habillé. C’est de la tradition mais j’aime ça. Après, j’ai une grande gueule, je suis hyper grand… Effectivement, je pourrais faire autrement ! Mais c’est comme ça.

Ça vous donne un petit côté vintage…

Complètement oui ! Mais pas le même vintage que les synthés !  Après, je peux comprendre que les gens soient un peu dans l’incompréhension du style ? Vous savez, quand il y a un chauffeur de taxi qui me prend, il me demande « Vous faites quoi ? ». Je lui réponds que je suis musicien. « Ah ! Vous faites du Rock’n Roll, du Rockabilly ? – Je fais de la Techno ! – Ah bon ? ».

Est-ce que le groupe ne vous manque pas trop ?

Non, parce que je continue à jouer avec des orchestres, à travailler avec beaucoup d’artistes. Je suis en train de penser à un prochain Black Strobe même s’il y a un album solo entre temps.

Vous avez déjà une idée sur la date pour l’album solo ?

Ce sera en 2020 et … ça risque d’être un album avec un mélange acoustique et électronique un peu plus écrit que des morceaux technos, comme j’avais fait en 2000. Un album plus proche des BO.

Un grand merci à vous de nous avoir reçu et bon concert ce soir.

 

Propos recueillis par Pierre-Lou Quillard aux côtés d’autres médias en conférence de presse, le 06/07/2019 dans la cour des artistes du Main Square Festival 2019.

 

Retrouvez tout l’actualité de l’artiste sur https://www.facebook.com/arebotini/

 

Crédits Photos : © Pierre-Lou Quillard (Photos prises durant le Main Square 2019)

 

 

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