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[Live report] Festival d’Ile de France, Ibrahim Maalouf joue carte sur table

[Live report] Festival d’Ile de France, Ibrahim Maalouf joue carte sur table

02 octobre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

[rating=4]Lundi  soir au 104 et sous l’impulsion du festival d’île de France, se créait une œuvre unique, drôle et fantaisiste. Ibrahim Maalouf accompagné de son quintet, des élèves musiciens et chanteurs du lycée Georges Brassens de Paris, ainsi que d’élèves du Conservatoire National Supérieur de Musique de Beyrouth donnait à entendre Carte sur table. Une drôle de composition mêlant sonorités Jazz, classiques, orientales mais surtout, articulée par une véritable mise en scène théâtrale.

Alors que la salle bout d’impatience, Ibrahim Maalouf apparaît sur scène pour expliquer comme à son habitude la naissance de cette œuvre, commande du Festival d’île de France. Comme à son habitude, ou presque ! En effet, très vite l’explication de Carte sur Table, métaphore musicale née d’une réflexion autour de l’Alter Ego (thème du festival), de souvenir des jeux de cartes du collège et de cette quête de l’insaisissable Joker, personnage ambigu, antithétique, prend des allures théâtrales. Peu à peu, les lumières s’abaissent, les musiciens entrent sur la scène, une mélodie électrique et onirique se fait entendre, alors que le trompettiste nous explique (tout en se servant un verre de vin, allumant une cigarette, et débutant une partie de solitaire) sa vision de ce bouffon isolé, si joyeux sur les cartes et qu’il imagine si désespéré, si seul parmi les quatre familles bicolores.

L’œuvre entière sera entrecoupée de scénettes qu’introduiront de leurs mélodies flottantes et méditatives, quatuors ou quartets de musiciens, principalement contrebasse, basses, guitares électriques, et pianos. Ainsi, tour à tour l’on rencontre la femme de ménage du joker, son professeur de direction d’orchestre, son ex-copine du collège, son boulanger, son avocat. Chacun y va de son point de vue sur ce personnage obscur et énigmatique, génie sombre et bordélique, manipulateur invétéré. A tout cela se rajoute la complicité d’un magicien, Yann Frisch champion du monde de magie close-up, qui, placé au centre des musiciens, viendra lui aussi rythmer l’action musico-théâtrale de la pièce. La musique épousera jeux de mains et tours de magie parfois à la seconde près, tandis que le magicien, épousera quant à lui ce joker qui le rendra fou à l’issue de la pièce.

Sur une musique intemporelle, transgénérationnelle, alliant la modernité d’un jazz urbain, aux sonorités classiques de l’orchestre, à la chaleur, la rondeur des instruments orientaux tout droit venus de Beyrouth, au son moelleux de la trompette d’Ibrahim Maalouf, se joue et s’anime l’histoire d’un homme: ce joker, sorte d’alter ego de l’artiste, mais sans doute également double de tout un chacun. De manière générale, la composition joue sur les variations d’intensité, grâce au large et varié effectif présent sur scène, mais surtout par l’utilisation du chœur qui viendra par de simples vocables apporter puissance et profondeur. Tantôt tonique, énergique et explosive elle éclate en un feu d’artifice de sons hauts en couleur, tantôt suave, velouté et méditative, elle revêt nostalgie envoûtante, spleen captivant, rêve aérien. Une dualité, un mélange typique de la musique d’Ibrahim Maalouf. Ainsi, les sonorités s’entremêlent, le oud, le quanun et le nay sont mis en valeur par de larges soli, un savant enchevêtrement mélodique qui nous transporte vers un ailleurs immatériel aussi insaisissable que le Joker.  La musique nous semble ainsi emplie de paradoxes, oscillant sans cesse entre les humeurs, ouvrant le champ des horizons.

Une composition ambitieuse, fantastique, contrastée et de jeunes artistes talentueux que l’on est néanmoins déçu de ne pouvoir apprécier pleinement dans la nef du 104. En effet, face à une gestion sonore catastrophique faisant saturer la batterie, et le trio électrique qui accompagne l’artiste, il nous fallait tendre l’oreille pour distinguer cordes, cuivres et bois, de même le chœur et la trompette d’Ibrahim dans leurs passages les plus doux. Ainsi, si l’on fut charmé et enthousiasmé par l’univers proposé, l’on ressortait toutefois avec l’amertume et la déception de ne voir la magie opérer qu’à moitié, de ne pouvoir être pleinement happé et enveloppé par l’allégorie musicale qui nous était proposée ce soir. Toutefois, l’on se doit de reconnaître la joie et l’engouement manifeste des jeunes musiciens autant que l’intérêt réflexif et philosophique de la pièce qui au sortir de la salle entraînait chez les spectateurs séries de questionnement. Ce joker insaisissable ne serait-il pas cette part d’ombre, de folie intrinsèque à nous mêmes, cet autre « moi » que l’on cache au quotidien ?

Visuels: (c) Olivier Hoffschir-ZicNation

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One thought on “[Live report] Festival d’Ile de France, Ibrahim Maalouf joue carte sur table”

Commentaire(s)

  • MATUSIAK Sylvie

    Dites-moi si ce spectacle a été enregistré et comment peut-on se le procurer ?
    Merci et félicitations

    octobre 2, 2013 at 18 h 07 min

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