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Sabine Devieilhe, Raphaël Pichon et Pygmalion : rencontre au sommet avec Mozart pour The Weber Sisters

Sabine Devieilhe, Raphaël Pichon et Pygmalion : rencontre au sommet avec Mozart pour The Weber Sisters

29 décembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Sabine Devieilhe nous l’avait annoncé lors de notre rencontre en janvier dernier (voir ici), il est à présent sorti et a déjà reçu de nombreux éloges. Il s’agit bien sûr de son dernier album consacré à Mozart en collaboration avec Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion sous le titre « The Weber sisters ». Aucun suspens à entretenir : nous l’a-do-rons !

[rating=5]

Souvenez-vous ce que Sabine Devieilhe nous disait il y a un an environ : « Eh oui ! Alors ce weekend, c’est encore des répétitions, ensuite on enregistre avec l’ensemble Pygmalion un disque Mozart. C’est un projet sur les années Mannheim et Paris de Mozart, le moment où il a rencontré la famille Weber, où Fridolin Weber a copié sa musique et où il lui a présenté ses filles. Les trois plus grandes étaient Josepha, pour laquelle Mozart a composé la Reine de la Nuit, ensuite il y avait Constance, qui devient sa femme quelques années plus tard, et puis la troisième, Aloysia, dont il a été éperdument amoureux et pour qui il a composé pas mal de musique. Alors, évidemment, il y a les fameux airs de concerts pour Aloysia qui seront assez bien représentés dans ce disque ainsi que de la musique pour Josepha, avec notamment la Reine de la Nuit, mais on s’est aussi attaché aux années parisiennes où Mozart pensait énormément à Aloysia, et on a beaucoup travaillé sur sa correspondance avec son père et sa cousine, où il parle d’Aloysia, de Constance, où il écrit aussi les lettres à cette dernière, où en fait il compose de la musique pas directement dédiée à ces jeunes femmes-là mais en pensant à elles à chaque instant… Donc voilà : c’est un programme du Mozart amoureux. »

C’est effectivement un album d’amour qui sait se faire aimer après avoir été tant désiré ! Comment ne pas succomber à ce disque si intelligemment construit ? De même que pour son dernier enregistrement consacré à Rameau, la jeune soprano a travaillé avec le chef sur un fil conducteur plutôt que sur un simple catalogue d’airs plus ou moins attendus. Avouons qu’après l’avoir découverte en Reine de la Nuit, il aurait été inimaginable de ne pas trouver ici son fameux « Der Hölle Rache » ! On a peine à le croire, mais la dextérité vocale de Sabine Devieilhe est encore montée d’un cran ici…

Toutefois, avant d’arriver à la partie Josepha auquel il appartient, nous débutons avec un prologue intitulé « Confidence naïve » et composé de 4 œuvres dont l’Ouverture des Petits riens et Ah, vous dirai-je maman que nous redécouvrons, amusés et heureux de cette dimension noble que lui offre la voix de la cantatrice. Nous y trouvons également « Dans un bois solitaire » et l’Adagio de Pantalon und Colombine. Le festin que nous entamons commence ainsi par une note de légèreté qui n’annihile pas pour autant le pétillant naturel de Mozart.

Suit la partie Aloysia avec 4 airs dont « Vorrei spiegarvi, oh Dio » que la cantatrice avait déjà interprété, notamment lors des Victoires de la Musique Classique de 2014, sans oublier « Popoli de Tassaglia… Io non chiedo » aux contre-sols parfaitement exécutés. Les 4 pistes suivantes consacrées à Josepha s’enchaînent avec un naturel déconcertant et l’on pourrait même croire que l’extrait de Thamos, König in Ägypten qui suit « Der Hölle Rach » n’en est que la continuité, comme s’il ne s’agissait là que d’un seul et même extrait. Un rapprochement qui n’a rien de déplaisant, bien au contraire.

Enfin, la quatrième et dernière partie consacrée à Constanze qui ne présente non pas 4 mais 3 pistes… du moins en apparence! Le changement de ton est bien perceptible et nous trouvons ici un Mozart plus spirituel : la « Marsch des Priester » de Die Zauberflöte, « Solfeggio n°2 » et surtout un divin « Et incarnatus est » de la Messe en ut mineur, peut-être le point d’orgue de cet enregistrement. A la justesse de l’accompagnement et de la voix se joint celle de l’émotion qui atteint probablement ici son apogée. Nous touchons bien du doigt quelques nuages…

Mais finir sur cette note si sereine et spirituelle, à la tonalité religieuse, aurait-il été très mozartien? En accord avec l’image qui nous reste du compositeur, Sabine Devieilhe et Raphaël Pichon (qui rédige au passage un magnifique livret pour accompagner cet album et son écoute) nous offrent une surprise, un peu comme un petit bonbon, une petite douceur acidulée : le chant « Leck mich im Arsch » retravaillé ici. Nous imaginons fort aisément un petit sourire aux coins des lèvres de la soprano lorsque nous l’écoutons.

Difficile donc de dire toutes les merveilles que renferme cet album, tant dans la musique que dans la direction ou dans la voix : l’intelligence de l’interprétation n’a ici d’égale que la perfection de la technique, le tout dans une harmonie tout aussi parfaite.

©MolinaVisuals

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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