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Final choral à l’Orchestre national de Bretagne

Final choral à l’Orchestre national de Bretagne

18 juin 2022 | PAR Gilles Charlassier

L’Orchestre national de Bretagne referme sa saison avec le Requiem de Mozart, sous la baguette de Grant Llewelyn, et avec la participation du BBC National Chorus of Wales ainsi que du Choeur de chambre Prolatio composé d’étudiants du Conservatoire de Rennes. Un condensé de la politique d’échanges artistiques de l’ONB au service d’une programmation originale.

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Si l’originalité de la programmation de l’Orchestre national de Bretagne, en particulier son projet transdisciplinaire et pluriannuel Ponant autour de la mer, vient d’être récompensée par le Prix de la meilleure initiative pour le développement et le rayonnement musical du Syndicat de la critique, la richesse de la politique artistique initiée par Marc Feldman se développe également dans les échanges avec d’autres formations, à l’exemple des affinités tissées avec les forces musicales de la BBC Wales, qui permet, entre autres, de dépasser les limites de répertoire que les effectifs de l’orchestre imposeraient. Mais en invitant les choeurs gallois pour le Requiem de Mozart, cette clôture de saison entend aussi cultiver les liens entre la «Petite » Bretagne et la Grande-Bretagne – balance sémantique que faisait le latin médiéval.

C’est ainsi que, non content d’inviter des artistes gallois – solistes et choeurs – le concert met également à l’honneur la musique de Pays de Galles, avec en apéritif une pièce orchestrale commandée conjointement par l’ONB et l’Indianapolis Symphony Orchestra, donnée en première française, deux ans après la création américaine, juste avant la crise sanitaire. Compositeur né en 1976, Huw Watkins offre avec Dawning pour orchestre une synthèse entre la délicatesse chambriste et le chatoiement des couleurs intrumentales. La pièce s’articule autour de la fluidité dans circulation d’un groupe de pupitres à un autre d’un matériel thématique d’une belle luminosité modale qui ne renonce pas au lyrisme, avec une souplesse dans la dynamique que l’on retrouve dans le Requiem de Mozart.

A rebours de certaines orthodoxies en vigueur dans le retour à une certaine authenticité de couleurs dans le classicisme viennois, l’approche de Grant Llewellyn n’accentue pas la verdeur et les attaques expressives, mais préfère une rondeur soyeuse favorable à la mise en valeur des choeurs. Sans renoncer à mettre en avant les interventions solistes – on songe à celles des trombones ou de la clarinette –, le chef gallois s’attache à les fondre dans la continuité de la ligne, portée par une pulsation allante, voire rapide, mais jamais précipitée. La remarquable précision des choeurs, où les effectifs des étudiants du Choeur de chambre Prolatio rejoignent, dans une belle émulation, ceux de la BBC Wales, ne trompe pas. La netteté du phrasé et de la polyphonique servent une attention au verbe et à la pureté de son incantation. La rhétorique du chant n’a jamais besoin de grandiloquence pour porter, et les parties solistes le confirment, tant de part du solide baryton Steffan Lloyd Owen, que de la vaillance calibrée du ténor Huw Ynyr, ou encore des complémentaires Menna Cazel, soprano, et Leah-Marian Jones – le tuilage naturel des tessitures dans le Tuba mirum ou encore leur osmose dans le Recordare s’avèrent éloquents. Pour contraster avec les habitudes récentes d’interprétation, ce Requiem résonne avec une évidence chorale pour laquelle le public manifeste son enthousiasme parfois un rien intempestif entre les mouvements – césures au demeurant propices à une réhydratation régulière bienvenue en temps de canicule qui n’épargne pas le Théâtre national de Bretagne. Une fin de saison magistrale digne du succès rencontrés pour ses trois dates, et qui souligne combien grand répertoire et curiosité vont désormais de pair à l’Orchestre National de Bretagne.

Gilles Charlassier

Orchestre national de Bretagne, Théâtre national de Bretagne, Rennes, concert du 17 juin 2022, donné également les 16 et 18 juin 2022.

©Laurent Guizard

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