Classique
[Live-report] Les variations Goldberg au carré d’Alexandre Tharaud à la Philharmonie (23/11/2015)

[Live-report] Les variations Goldberg au carré d’Alexandre Tharaud à la Philharmonie (23/11/2015)

24 novembre 2015 | PAR Laurent Deburge

Alexandre Tharaud livrait le 23 novembre dernier une version inquiète et recherchée des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.

Pour lire notre rencontre avec le pianiste à l’occasion de la sortie du disque, c’est ici.

 

 

L’aria s’élance, fragile, intranquille, avec une infinie délicatesse et comme une sorte de gêne, dans l’espace de la grande salle de la Philharmonie de Paris. C’est un monde plein d’obscurité, au creux de la nuit, qui s’ouvre à nous, sous les doigts fébriles du musicien. La polyphonie se creuse, dans les variations lentes, les voix semblent s’inventer, se hiérarchiser selon un ordre mystérieux et secret, la main gauche tantôt discrète comme un fil d’or, et à d’autres moments plus marquée et sonore. Les ornementations s’égrènent et se précipitent comme des funambules en équilibre instable. On prend alors conscience que cette œuvre est nocturne, si l’on en croit l’histoire selon laquelle elle fût composée pour pallier les insomnies de son commanditaire, le Comte de Keyserlingk.

C’est à partir de la 16ème variation, initiant la deuxième partie de l’œuvre, et son ouverture « à la française » que s’opère une transformation. Un sourire apparaît sur le visage d’Alexandre Tharaud et la musique s’illumine. La main devient plus sûre, forte, tonique, l’énergie afflue. C’est comme un soulagement, une vigueur retrouvée, ou gagnée une fois la nuit traversée.

Le pianiste choisit ou non de faire les reprises, est-ce selon l’humeur ou de manière délibérée ? Les variations lentes sont privilégiées, moments de recueillement, comme autant de cantilènes. Les variations virtuoses ne sont en revanche pas répétées et ne sont pas exemptes d’accrochages, signifiant les prises de risque que représentent les sauts acrobatiques que fait parfois subir aux mains cette partition diabolique. Son exécution ressortit parfois au patinage artistique.
Dans l’interprétation que donne Alexandre Tharaud des Variations Goldberg, le chant et les subtilités de l’harmonie sont à l’honneur.

La reprise de l’aria Da Capo témoigne que ces 32 variations sont une odyssée. Ce retour d’Ulysse au bercail d’Ithaque est riche d’une bouleversante épreuve humaine : les notes sont identiques mais on ne les entend plus de la même façon qu’au début de l’œuvre. Le son a changé : ce qui paraissait mal assuré ou précaire devient sérénité, joie intérieure, noblesse et calme.

En bis, Alexandre Tharaud nous offre un joyau qui résonne comme un hommage magnifique et touchant aux souffrances du monde, « Les ombres errantes » de François Couperin. La subtilité du « toucher » d’Alexandre Tharaud, les couleurs sombres et moirées de son jeu le consacrent comme un immense pianiste français, qui sait comme personne transmettre le trésor de notre répertoire baroque.

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Laurent Deburge

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