Classique

Les disques classiques et lyriques du mois d’octobre 2019

Les disques classiques et lyriques du mois d’octobre 2019

31 octobre 2019 | PAR La Rédaction

Comme chaque mois, Toute La Culture vous fait partager ses écoutes attentives et admiratives de musique classique et lyrique. Bonne immersion… 

Par Paul Fourier, Victoria Okada et Yaël Hirsch

La musique de chambre toujours en forme

L’extrême vitalité de la musique de chambre en France nous amène à sélectionner un grand nombre de nouveaux disques. Et ce n’est qu’une sélection…

Haydn exultant par le quatuor Hanson


Lancé le 7 octobre dans le cadre atypique et vivifiant du Café de la Danse le premier album du talentueux Quatuor Hanson dépoussière Haydn. un double Cd exigeant qui revisite six quatuors du maître (op. 50 n°6, 76 n°2,  54 n° 2, 33 n°5, 20 et 77 n°2)  et font sentir dans sa musique tout le potentiel romantique.  L’on sent coasser et vibrer « la grenouille » dès le premier mouvement « allegro » du 6e quatuor ! Après un passage par la Bellevilloise le 30 octobre, le quatuor sera avec son Haydn salle Cortot les 21, 22 et 23 novembre 2019.  Quatuor Hanson, « All shall not die », Haydn String Quartets, Aparté,  2 CD,  2h15, sortie le 11 octobre 2019. YH

Offenbach à découvrir, côté violoncelle


C’est le violoncelle qui est le passeport du jeune Offenbach de Cologne, sa ville natale, vers Paris. Virtuose de cet instrument et appointé comme violoncelliste permanent avant d’être le compositeur à succès des Bouffes Parisiennes, Offenbach gagne énormément à être redécouvert par cet instrument. Les violoncellistes Anne Gastinel et Xavier Philips ont choisi six duos écrits entre 1839 et 1855 qui sont une plongée dans un monde à la fois pur, chaleureux et mélancolique. Un superbe album, sorti le 25 octobre à la Dolce Volta, à retrouver sur scène le 07 décembre, salle Gaveau. Anne Gastinel et Xavier Philips, Offenbach, 6 Cellos duos, La Dolce Volta / Pias / Harmunia Mundi, 69’44, sortie le 25/10/19. YH.

D’Adamo et Schubert, deux en un par le Quatuor Bela et Noémie Boutin


Le Quatuor dédié à la musique contemporaine est rejoint par la violoncelliste Noémie Boutin pour nous faire découvrir une pièce qu’ils ont créée ensemble avec le compositeur argentin Daniel D’Adamo pour la Belle Saison. Grave, pneumatique et créée avec une disposition scénique particulière (la violoncelliste est chef des opération et le quatuor est dos à elle) en écho au Quintet en ut de Schubert, cette composition de « Vestiges » saisit et fait aussi un peu trembler. Entrer dans la grâce du Quintet de Schubert (Rubinstein avait demandé le second mouvement comme musique pour son enterrement) après est comme une plongée dans un autre monde où le temps s’étire jusqu’à l’éternité. Un bel album, complexe, où tout résonne et fait écho. Quatuor Bela, Noémie Boutin, Daniel D’ADAMO, Sur vestiges, quintette à cordes /Franz SCHUBERT, Quintette en ut pour deux violoncelles, NoMadsMusic/ Pias, 72’53. Sortie le 11 octobre 2019. YH

Short Stories, œuvre d’Escaich par le quintette Tchalik

Therry Escaich, l’un des compositeurs français les plus prolifiques, et le quintette Tchalik constitué de cinq frères et sœurs (premier prix au Concours Mozart de Salzbourg en 2018) : la combinaison est explosive ! L’album est le fruit d’une résidence d’artiste de juin 2018, lors de la création de Short Storys, la première sonate pour violon et piano du compositeur, dédiée à Gabriel et Dania Tchalik. L’œuvre dégage une grande énergie, avec un fort caractère improvisateur — même si la partition est écrite avec précision — comme Thierry Escaich sait montrer à chaque fois à l’orgue, son instrument. La formation des cinq pièces présentes ici varient du duo violon-piano jusqu’au quintette avec piano, et les Tchalik les interprètent avec une vitalité constamment renouvelée, rendant ce disque puissant. Short Stories, de Thierry Escaich par Quintette Tchalik, 1 CD Alkonost Classic, ALK005, durée : 61’05. VO

The Mathilde album par le Quatuor Arod


Mathilde, l’épouse d’Arnold Schoenberg et la sœur d’Alexander von Zemlinsky, inspira de nombreux musiciens à Vienne au début du 20e siècle, foisonnant de modernité. Le Quatuor Arod rend hommage à cette muse dont les événements tragiques ont été des sources des œuvres de Schoenberg, Webern et Zemlinsky, et retrace son portrait. Depuis sa création en 2013, le Quatuor Arod continue de réaliser une ascension fulgurante, notamment avec son Premier Prix du Concours International de l’ARD de Munich en 2016. Il figure aujourd’hui parmi les plus prometteuses des formations de chambre sur le plan international. A l’image de son dynamisme, ce disque est marqué par un jaillissement de passion et de pulsion, que les quatre musiciens cadrent avec une fascinante maîtrise technique et émotionnelle. La couleur chaude et le timbre velouté de la voix d’Elsa Dreisig pour les deux derniers mouvements du Deuxième Quatuor op. 10 de Schœnberg ajoutent une touche mystérieuse, suggérant la figure à la fois envoûtante et sombre de Mathilde. Un disque somptueux. The Mathilde album par le Quatuor Arod, 1 CD Erato/Warner Classics, 0190295425524, durée : 80’26, sortie 4 octobre


Dvorak, Puccini et Debussy par le Quatuor Varèse


Le disque est sous-titré « 1893 ». C’est en cette année que Dvorak composa son Quatuor Américain, que Puccini réutilisa les Chrysanthèmes dans l’opéra Manon Lescaut et que l’unique Quatuor de Debussy fut créé. Le Quatuor Varèse, excellent interprète de musiques des 20e et 21e siècle (son premier disque est consacré à Adès, Dutilleux et Ravel, chez NoMad Music), n’en est pas moins aguerri pour le grand répertoire. Les quatre musiciens puisent dans leurs grandes valises ces trois œuvres à tendance très différente, marquées par des spécificités musicales de chaque pays, qui constituent la richesse d’une Europe moderne. Du sourire solaire de Dvorak jusqu’à la subtilité de Debussy, en passant par une réflexion introspective de Puccini, les Varèse s’expriment toujours avec beaucoup de caractère. Dvorak, Puccini et Debussy « 1893 » par le Quatuor Varèse, 1 CD NoMadMusic, NMM068, durée 58’31. Sortie le 8 novembre. VO

Premier enregistrement de Diana Tishchenko, lauréat du Concours Long-Thibaud-Crespin 2018


Il y a juste un an que le jury de l’édition violon, sous la présidence de Renaud Capuçon, du Concours Long-Thibaud-Crespin radicalement réformé, a décerné son Premier Prix à l’ukrainienne Diana Tishchenko. Son jeu très inspiré, doublé d’une personnalité affirmée, la classe déjà au sommet de sa génération. Elle choisit un programme de quatre sonates composées au début du 20e siècle, dont les compositeurs ont un fort lien avec Paris : Ravel, Enescu, Ysaÿe et Prokofiev. Chaque sonate introduit des caractères populaires dans une écriture savante voir sophistiquée, et la lecture qu’offre la jeune violoniste est absolument époustouflante. Elle insuffle la vie dans chaque note, il y a même quelque chose d’ordre mystique dans son interprétation, tellement elle est imprégnée de l’esprit qui anime la partition. Sa complicité avec le pianiste hongois Zoltan Féjévári (1er prix au Concours de Montréal en 2017) est plus que réjouissant, ils partagent la même musicalité haut perchée, ce qui hisse ce disque au rang d’un chef-d’œuvre. Strangers in PARadISe, par Diana Tishchenko, 1 CD Warner Classics, 019029540391, durée : 73’51. Sortie le 1er novembre. VO 

Aylen Pritchin dans l’art de l’exigence


Un autre lauréat du Concours Long-Thinaud-Crespin (Premier Prix en 2014), le violoniste russe Aylen Pritchin (né à Saint-Pétersbourg en 1987) poursuit son chemin d’exigence. Ce CD, rassemblant les Sonates pour violon seul de Prokofiev, de Bartòk, de Honnegger, et Tema con 8 variazioni per violino solo de Jean Françaix (premier enregistrement discographique), le montre avec éloquence. Appuyé sur une technique extrêmement solide, il déploie toute sa musicalité pour faire sonner les quatre cordes du violon ici comme une symphonie, là dans une intimité de cercle d’amis. La prise de son, assez immédiate, renforce cette dernière impression, rendant son interprétation plus chaleureuse. Aylen Pritchin « Pièces de violon », 1 CD AdVitam Records, AV190515, durée : 66’52. En concert : 24 au 26 janvier, La Folle Journée en région ; 29 janvier au 2 février, La Folle journée de Nantes. VO

Street-Art, œuvres de Régis Campo par Ensemble TM+


Un autre disque qui déborde de vitalité réunit des compositions de Régis Campo, récemment entré & l’Académie des Beaux-Arts, à l’Institut. Chaque pièce est traversée par une pulsation organique, avec ses contrastes et expressivités propres non sans humour. Des motifs ou séquences sont répétées différemment à chaque fois, le procédé semble être celui de musique minimale, mais son écriture est plus spontanée et libre. Comme le titre le suggère, la musique fait référence à l’art de la rue, urbain, qui ne renonce pas à des éléments traditionnels. Les partitions évoquent quelque chose que l’on connaît déjà, quelque chose de populaire, et l’écoute procure un plaisir, presque malin ! L’Ensemble TM+, ici composé de 13 musiciens et une chanteuse, est dirigé par son fondateur et chef Laurent Cuniot, est vivifiant et tonique ; on sent l’énergie grouillante de la ville et toute sa potentialité, dans son interprétation à la fois exigeante, précise et instinctive. Street-art, Régis campo et Ensemble TM+, 1 CD Signature/Radio France, SIG11111, durée : 61’11. VO

Voix d’automne

Le Dieu Caruso par le Grand Alagna

Passionné d’Enrico Caruso, Roberto Alagna nous fait faire un voyage dans le temps où il reprend les titres qui ont été enregistré entre 1902 et 1920 par l’illustre ténor. Ni  imitation, ni simple interprétation, il adapte sa voix pour nous faire entendre au mieux ce que fut la technique de son prédécesseur. On retrouve ainsi l’éclectisme de son répertoire qui allait de la chanson populaire à Tchaikovsky ou Massenet en passant par des compositeurs qu’il a même côtoyé (Leoncavallo, Cilea). Roberto Alagna – Caruso 1873 avec l’Orchestre National d’Île de France et piano, 1CD Sony Classical, sortie le 8 novembre. PF

 

Lieder et mélodies de Franz Liszt par Cyrille Dubois et Tristan Raës

On ne présente plus le ténor français Cyrille Dubois qui fait des merveilles partout où il passe. Ici, une complicité parfaite du pianiste Tristan Raës hisse son podium encore plus haut. Dans ces 23 mélodies et lieder de Liszt, dont quinze en allemand, quatre en français et quatre en italien, le chanteur adapte son immense capacité vocale et expressive à chaque langue afin de tirer la plus belle partie des caractères germaniques et latines dans lesquels le compositeur a insufflé sa passion et sa tendresse amoureuses. Ils ont choisi parfois des versions peu jouée : « Aussi avons-nous pris le parti de nous attacher à celles qui nous parlaient le plus mais pas nécessairement aux plus exécutées », disent-ils. C’est ainsi qu’ils affirment leur personnalité en tant que duo, sans conformisme ni conventionnalisme. Un vrai régal ! O lieb ! par Cyrille Dubois (ténor) et Tristan Raës (piano). 1 CD Aparté, AP200, durée : 82’31. En concert le 19 novembre 2019 à l’Eléphant Paname à Paris ; 5 février 2020 à l’Opéra de Lille. VO

Facce d’Amore

Avec ce nouveau disque de Jakub Józef Orlinski, les amateurs des voix aiguës masculines vont être une fois de plus fortement remués. D’autant qu’il commence le programme avec un air qui ne sollicite pas la voix de tête, « Erme e solinghe cime… » (extrait de La Calisto de Cavalli), qu’il chante donc avec sa voix naturelle ! C’est tout de même audacieux pour un contre-tenor… En effet, pour cet album, il choisit des airs qui utilisent beaucoup des tessitures « basses ». A travers des airs d’opéra de Cavalli, Bononcini, Haendel, Boretti, Scarlatti, Conti, ou encore Predieri, dont huit enregistrés en première mondiale, le chanteur polonais nous emmène dans un voyage baroque de 1651 à 1736. Une voix sublime pour un siècle de musique pour révéler tous les états amoureux, en compagnie de l’ensemble Il pomo d’oro dirigé par le génial Maxim Emelyanychev. Ecoutez par exemple l’étonnante vocalise qui va de la tessiture grave à celle aiguë, dans « Che m’ami il prega » extrait de Neron de Orlandini et Mattheson ! Facce d’amore, par Jakub Józef Orlinski (contreténor), Il pomo d’oro, Maxim Emelyanychev (direction), 1 CD Erato, 0190295423384, durée : 76’35. Sortie le 8 novembre 2019. En Concert : 19 décembre au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. VO

Renouveau : mélodies françaises inattendues avec guitare

Comment cela sonne quand on chante des mélodies de Debussy, Fauré, Hahn, Satie ou Sevrac avec la guitare ? Eh bien, cela renforce le caractère déjà intime de ce répertoire, et on a vraiment l’impression d’écouter en famille et entre amis quelqu’un que l’on connaît depuis l’enfance. C’est la magie musicale qu’opère le Duo Varnerin, constitué de deux frères et sœur, Stéphanie et Mathieu ; la magie avec laquelle ils nous ensorcellent. Dès les premières notes, le timbre cristallin de Stéphanie Varnerin nous rafraîchit l’esprit, et c’est avec grand plaisir qu’on écoute son art, délicat et élégant. La transcription de la partie du piano que Mathieu Varnerin réalise pour chaque mélodie (certaines partitions sont éditées) est exquise par son aspect dépouillé : Entre la voix et la guitare, il n’y a que l’essentiel. C’est comme si votre maman vous berce d’amour dans un chant infiniment tendre… Renouveau par Duo Varnerin, 1 CD Muso, mu-033, durée : 55’28. Sortie le 25 octobre 2019. En concert : 2 et 3 novembre à Etormay (Côte d’Or), Festival Hors Saisons Musicale ; 30 novembre et 1er décembre, Arêches-Beaufort (Savoie), Festival Hors Saisons Musicale ; 16 décembre,  Théâtre Grévin à Paris. VO

visuels : couvertures d’albums. 

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