Classique
Disques classiques et lyriques du mois de novembre 2019

Disques classiques et lyriques du mois de novembre 2019

30 novembre 2019 | PAR La Rédaction

La fête de la fin d’année n’est pas loin et voici déjà quelques idées de cadeaux ! Par Yaël Hirsch, Victoria Okada, Paul Fourier et Gilles Charlassier.

Variations baroques


Dumesny,  premier haute-contre investigué par Renoud van Mechelen

Etoile de l’Atys et du Phaëton de Lully, Louis Gaulard Dumesny (1635-1702 ? 1715?) a été repéré par le compositeur dont il a créé les six derniers opéras, avant de connaître une carrière fulgurante. Dans une enquête qui s’annonce en plusieurs volumes sur les haute-contres, Renaud van Mechelen lui prête voix, suivi par son ensemble A nocte Temporis. Le résultat est un parcours lyrique fort dans Lully mais aussi Marin Marais, Henry Demarest, Henri Charpentier, Elisabeth Jacquet de la Guerre Charles-Hubert Gervais, André cardinal Destouches et Pascal Colasse (superbe air de Thétis et Pelée). Un parcours qui ressuscite une grande voix qui a mystérieusement et terriblement finie dans la pauvreté et l’alcool après avoir été célébrée comme une des plus grandes de son temps. Dumesny, Haute-Contre de Lully par Renaud van Mechelen, A Nocte Temporis, Alpha Classics, Durée : 77’13. Sortie le 08 novembre 2019. YH.

Isis, Christophe Rousset coordonne les mythologies

Les Talents Lyriques et Christophe Rousset poursuivent leur enregistrement des intégrales de Lully avec Isis (1677), qui vient juste après Atys et est surnommé « l’opéra des musiciens ». L’intrigue mêle mythologie égyptienne et romaine et raconte une infidélité de Jupiter, ce qui fit jaser la cour de Louis XIV et de sa belle Montespan. La musique, elle est pleine d’inventivités et souffle si bien le chaud et le froid, qu’on chuchote que Purcell s’en est inspiré pour son fameux « Cold song » de King Arthur. Le rythme est langoureux, le Choeur de chambre de Namur évocateur et en Jupiter, Edwin Crossley-Mercer est irrésistible. Un incontournable pour les amateurs de baroque, qui a déjà tourné sur scène et arrive au Théâtre des Champs-Elysées le 6 décembre et à l’Opéra Royal de Versailles le 10 décembre 2019. Isis, de Jean-Baptiste Lully, par Les Talents lyriques, Christophe Rousset, Choeur de chambre de Namur, Edwin Crossley-Mercer, Ève-Maud Hubeaux et Bénédicte Tauran. Livre-disque 2 CDs, 77′ et 79′, sortie aparté le 15 novembre 2019. YH. 

Jacques Morel ou l’art de la viole française

On connaît bien désormais Marin Marais, et Sainte-Colombe, depuis le livre et le film Tous les matins du monde. La viole de gambe française au début du XVIIIème siècle a aussi un autre chevalier, Jacques Morel, que Jay Bernfeld et son ensemble Fuoco e Cenere nous font redécouvrir, avec un Premier Livre paru en 1709. On retrouve une rhétorique très française dans la déclinaison des monochromes harmoniques, défendue avec la conviction des défricheurs de bibliothèque. Jacques Morel, Pièces de viole. 1CD Paraty, durée : 78’18. GC

 

Duos de cordes italiennes

Si Paganini est le prince diabolique du violon romantique, il n’est pas le premier à avoir exploré les limites techniques de son instrument. A la même époque, un autre italien, Alessandro Rolla, professeur réputé auprès duquel le jeune Niccolo voulut se perfectionner, avait déjà expérimenté certaines innovations qu’il a partagera avec cet illustre élève devenu ami. Au gré de duos pour violon et violoncelle de chacune des deux plumes, Michaël et Nicolas Seigle font revivre une émulation esthétique où l’archet se fait théâtre. Da Parma alla Scala. 1CD Passavant Music. GC

 

Belles voix à savourer

Une Traviata de choc.

Marina Rebeka est l’une des jeunes sopranos les plus marquantes et talentueuses de notre époque. Brillant aussi bien dans Verdi que dans le bel canto, elle est, de surcroit, très volontaire dans sa carrière et a décidé d’assurer ses sorties de disques via son propre label. Le résultat pour cette Traviata est une magistrale réussite avec un trio de chanteurs magnifique. La Traviata de Giuseppe Verdi, par le Latvian Festival Orchestra, direction : Michael Blake, State choir Latvia, avec Marina Rebeka, Charles Castronovo, George Petean. 2 CDs Prima Classic. PF

 

Karine Deshayes sur les sommets de l’opéra français.

Voilà un pan de notre patrimoine opératique, encore trop méconnu, qui fait plaisir à écouter. Surtout lorsque la belle voix claire et si adaptée au chant français de Karine Deshayes traduit magnifiquement la souffrance de Chimène, Marguerite et Charlotte, ces héroïnes romantiques et malheureuses. L’air alternatif de Carmen sonne comme une curiosité et nous rappelle que Bizet a su faire les bons choix mais l’ensemble promet de bien belles soirées aux spectateurs lorsque la chanteuse portera sur scène ces petits bijoux. Une amoureuse flamme – Karine Deshayes – Orchestre Victor Hugo, direction : François Verdier – Klarthe Records. PF

Benjamin Bernheim, l’enchanteur.

Lorsque Benjamin Bernheim, le ténor français qui enchante le public sur les grandes scènes internationales, sort son premier disque de récital, le résultat est une splendeur. S’engageant sur des sentiers déjà bien battus, il caractérise néanmoins superbement chacun de ses personnages. Du français (très représenté et on ne s’en plaindra pas compte-tenu de sa magnifique prononciation) au bel canto (Donizetti), du russe (Tchaïkovski) à Verdi, voilà  un beau voyage lyrique, très bien dirigé par Emmanuel Villaume, qui va se retrouver dans la hôte du Père Noël. Benjamin Bernheim, PKF- Prague Philharmonia, Direction : Emmanuel Villaume. 1CD Deutsche Grammophon. PF

Sébastien Guèze, éclectique et charmeur.

Des berceuses aux mélodies plus populaires, le ténor français Sébastien Guèze (que nous avons vu dernièrement dans La vestale à Vienne) propose une ballade musicale riche des émotions qui l’ont conduit jusqu’à l’Opéra, accompagné de talents reconnus comme le Quatuor ZAÏDE, le guitariste Emmanuel Rossfelder, la pianiste Qiaochu Li le flutiste Jean Ferrandis, la harpiste Daphné De Driesen(Opéra de Paris), le clarinettiste Joë Christophe et aux arrangements la compositrice Camille Pepin. Songes, Sébastien Guèze, 1 CD HQ. PF.

 

Piano en majesté

Ravel et Stravinsky par Beatrice Rana

La jeune pianiste italienne Beatrice Rana (née en 1993) ne fait que parler d’elle depuis son 2e prix au Concours Van-Cliburn en 2013. Acclamée dans le monde entier, elle a fait ses débuts au Carnegie Hall en mars dernier. Malgré sa popularité partout ailleurs, elle n’est pas souvent présente en France et c’est une raison d’autant plus plausible de goûter à son jeu extrêmement inspiré grâce à ce disque. Les Miroirs poétiques et mystérieux avec une dose subtile de nervosité, La Valse de Ravel véritablement tourbillonnante, et Petrushka et l’Oiseau de feu de Stravinsky chatoyants de toutes couleurs, font de ce CD un grand art, qui restera sûrement longtemps dans les annales discographiques. Stravinsky et Ravel par Beatrice Rana, 1CD Warner Classics, 0190295411091, durée : 72’17. VO

Eblouissants Concertos de Saint-Saëns par Alexandre Kantorow

On ne présente plus Alexandre Kantorow, vainqueur du très prestigieux Concours Tchaïkovsky en juin dernier. A 22 ans seulement, son talent extrêmement précoce fait envier de nombreux pianistes déjà sur le marché ! Le label Bis, chez qui il se plaît à rester pour la liberté totale que la firme lui accorde (et ce en repoussant les propositions des « majors »), a déjà sorti trois enregistrements de lui, tous révélateurs de sa musicalité exceptionnelle. Le présent CD regroupe trois Concertos de Saint-Saëns, avec Tapiola Sinfonietta dirigé Jean-Jacques Kantorow, son père. Sa virtuosité époustouflante n’est même pas ce qui attire le plus, mais c’est tout simplement la musique elle-même qui respire, dans une formidable concentration. Saint-Saëns, Concertos 3, 4 & 5 par Alexandre Kantorow, 1CD BIS, BIS2300, durée : 80’37 VO

Les visions de Prokofiev par Florian Noack

Comme toujours chez la Dolce Volta la pochette est soignée. Le programme aussi. Le presque trentenaire pianiste belge Florian Noack propose un parcours balayant toute la carrière de Prokofiev, depuis les premières Etudes pour piano et les Visions fugitives jusqu’à la puissante Sixième Sonate. Un jeu nuancé et personnel, percussif et évocateur à la fois, esquissant les moindres ressacs de l’inspiration du compositeur russe. Visions fugitives. 1CD La Dolce Volta, durée :  72’13 GC

 

Le clavier bien tempéré de Bach par Keith Jarrett

C’est un vieil enregistrement en direct d’un concert à Troy (état de New York, USA), le 7 mars 1987. Keith Jarrett avait alors 41 ans, à l’apogée de ses moyens. La bande mastérisée propose un son pur, dépourvu de tout bruit parasite et ambiant, comme s’il s’agissait d’un enregistrement en studio. les applaudissement à la fin de chaque disque donnent alors l’impression d’un ajout en mixage… Pour autant, cela transmet l’éloquence de l’art du jazzman qui, pendant deux décennies, des années 1970 aux 1990, a également mené une carrière dans le domaine classique — d’ailleurs ses compositions témoignent de son intérêt pour ce registre. L’interprétation est magistrale, il y a quelque chose d’ordre organique ; elle n’a rien à envier à des musiciens classiques les plus affirmés. Son style et sa pulsation vitale rendent ce double CD extrêmement attachant et humain. J.S. Bach, Le clavier bien tempérée Livre I par Keith Jarrett, 2 CD ECM, ECM New Series 2627/28. VO

Séries en musique

Nouvelle collection « Futur » chez Mirare

Pour mettre les jeunes interprètes prometteurs sous les feux de la rampe, le label Mirare a créè une collection « Futur » à prix modique. Dans cette première presse, trois titres : « Folk » par le violoniste Thomas Lefort (Pierre-Yves Hodique au piano) avec des pièces « exotiques » souvent jouées en bis (Airs bohémiens, La Vida Breve, Méditation de Thaïs…) ; « Son » par la soprano Iryna Kyshliaruk (Yun-Ho Chen au piano) dans un programme de mélodie de Moussorgski, Liszt et Rachmaninov ; et enfin, le violoniste Shuichi Okada joue avec le pianiste Clément Lefebvre (tout récent lauréat du Concours Long-Thibaud-Crespin à Paris) des pièces de Brahms, Robert et Clara Schumann. En partenariat avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris. 1 CD MIR464 (Shuichi Okada), durée : 60′ ;  1CD MIR 478 (Thomas Lefort), durée : 78′ ; 1CD MIR 486 (Iryna Kyshliaruk), durée : 49′ VO


Le dernier disque de la série « Les Musiciens et la Grande Guerre »

Lancée en 2014 à l’occasion du centenaire de la commémoration de la guerre de 14-18, la collection « Les Musiciens & la Grande Guerre » prend fin avec ce 36e volume. Elle tentait de répondre à des questions, portées sur le répertoire des compositeurs péris trop tôt et parfois dans l’anonymat, sur les contextes musicales de cette époque troublées, sur la situation des compositeurs considérés aujourd’hui comme des maîtres… Ce volume regroupe deux œuvres : Funérailles de Lucien Durosoir (1948) et Sous la pluie de feu de Philippe Hersant (2018). Durosoir dédie sa partition orchestrale aux millions de morts parmi lesquels il aurait pu se trouver. Quant au double concerto pour violon, violoncelle et orchestre de Hersant, il s’agit d’une commande de l’Orchestre de Pau-Pays-de-Béarn, de Radio France et de l’Orchestre national de Lorraine, destinée à commémorer l’armistice de la Guerre de 14. Il rend hommage à deux poilus et musiciens, le compositeur Lucien Durosoir et le violoncelliste Maurice Maréchal. Le titre est emprunté à Dante sous la pluie de feu, un thèse consacrée au Chant XV de l’Enfer, de l’écrivain André Pézard. Une énergie indéfinissable dégage de ces deux vastes pièces, qui expriment à la fois l’horreur et l’espoir. Les Musiciens et la Grande Guerre XXXVI. 1 CD Hortus, Hortus 736. durée : 61’03. Sortie physique le 22 novembre. VO

Symphonique

Le jeune Mozart divin

Le jeune Mozart 5 « Youth symphonies » et quelques pièces tout aussi bouillonnantes de Mozart viennent de sortir avec toute la fougue du Freiburger Barockorchester et de Gottfried von der Goltz chez Aparthe. Une musique rarement jouée, où l’on entend un Mozart en formation, y compris une référence au « Non piu Andrai » des Noces de Figaro dans la Symphonie K.22.

Mozart, « Youth symphonies », Freiburger Barockorchester et de Gottfried von der Goltz, Aparthé. Sortie le 29 novembre 19. YH

Ouvertures de Bach et de ses cousins

Vous connaissez Jean-Sébastien (Johann Sebastian) Bach, mais avez-vous déjà entendu les noms de Jean-Bernard (Johann Bernhard) et de Jean-Louis (Johann Ludwig) ? Ce sont les cousins du grand Bach, nés respectivement en 1676 et 1677. Ce double CD rassemble six Ouvertures (4 de Jean-Sébastien et 1 de chacun de ses cousins), qui sont en réalité des suites de danses mais appelées ainsi compte tenu de l’importance de leur première pièce. Le claveciniste et fondateur du Concerto italien, Rinaldo Alessandrini poursuit un travail exigent sur le cantor, afin de dégager des spécificités de style et d’instrumentation appropriées. Ainsi, Le ton donné dans son interprétation est plutôt léger, insistant sur les caractère de danses, dans une épaisseur et une couleur différente à chaque fois. L’excellence créée par les musiciens et leur ouverture perceptible à travers chaque note qui est cependant rigoureuse, ravit nos oreilles ! Bach Ouvertures for orchestra, Concerto Italiano-Rinaldo Alessandrini, 2CD Naïve, OP30578, Durée : 68’55 + 61’16. sortie le 8 novembre VO

L’épure poétique et rituelle des Percus de Strasbourg

Dans ce nouveau disque réunissant quatre pièces de quatre compositeurs japonais du vingtième siècle données lors d’un concert en novembre 2018 au festival Musik der Zeit de la WDR à Cologne, les Percussions de Strasbourg déclinent de fascinants rituels poétiques aux confins du cri et de l’harmonie, à l’écoute des murmures de la nature. Commande de l’ensemble alsacien créée lors de ce rendez-vous germanique, Regentanz de Hosohawa répond aux frémissements de Rain de Takemitsu, tandis que Sange de Kishino se veut un hommage à Taïra et sa Hiérophonie V. Une palette de dynamiques et de couleurs inspirée et maîtrisée au service d’un ailleurs musical incarné ici et maintenant. Rains, Les Percussions de Strasbourg, 1 CD Outhere/Believe Digital. Durée : 66’13 GC

Visuels : couvertures de disques

 

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