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Le concert de la loge enflamme le château de Chambord avec une soirée Vivaldi magistrale

Le concert de la loge enflamme le château de Chambord avec une soirée Vivaldi magistrale

11 juillet 2022 | PAR Hélène Biard

Fondé en 2011 par la pianiste Vanessa Wagner, le festival de Chambord a su, depuis cette date, s’imposer dans le paysage musical français grâce à la qualité des concerts proposés chaque année ; et l’édition 2022 du festival ne fait pas exception à cette règle d’or. Nous avons déjà pu le constater avec le concert d’ouverture (Das lied von der erde de Gustav Mahler par l’ensemble Le Balcon le 2 juillet dernier) qui a donné le ton de la manifestation : L’édition en cours est, et sera exceptionnelle.

Le violoniste et chef d’orchestre Julien Chauvin n’est pas un inconnu pour les mélomanes chevronnés puisqu’il cofonda et codirigea l’orchestre Le cercle de l’harmonie avec Jérémie Rohrer de 2005 à 2015. C’est à cette époque (2015) que Chauvin a pris son envol pour faire renaître de ses cendres l’orchestre Le concert de la loge dont la première « mouture » vit le jour en 1783. Depuis cette date, l’orchestre, dirigé avec maestria par le chef qui joue aussi les parties de premier violon, a réussi à s’imposer dans le paysage musical français et international ; ce très bel ensemble a un répertoire qui va de la musique baroque à la musique contemporaine. En ce beau vendredi soir de juillet, c’est un orchestre en mode « petit » ensemble qui arrive à Chambord, accompagné de la jeune et prometteuse mezzo-soprano Eva Zaïcik, avec un programme exclusivement consacré à Antonio Vivaldi (1678-1741). C’est au cours du discours introductif que nous apprenons que la jeune femme est souffrante et a absolument tenu à monter sur scène.

Au programme de cette soirée exceptionnelle, Le concert de la loge a décidé d’interpréter Les quatre saisons. Cette « série » de concertos, pourtant célébrissime à l’époque de sa création, a été oublié, tout comme son compositeur, entre 1741 et le tout début du XXe siècle. Depuis sa redécouverte, le chef d’œuvre du prêtre roux est redevenu le tube international qu’il fut de sa création en 1723 jusqu’au décès de Vivaldi. Pour éviter l’overdose, Julien Chauvin a judicieusement alterné les concertos avec des airs extraits d’opéras de Vivaldi et en rajoutant à la toute dernière minute le concerto pour violoncelle. Dès les premières notes du « Printemps » les musiciens interprètent la musique de Vivaldi avec un dynamisme inégalable. Les tempi et les nuances adoptés par Julien Chauvin sont quasi parfaits ; chaque note, chaque thème est ciselé avec une précision d’orfèvre. Et même si chacun reconnaît d’emblée les thèmes principaux des quatre saisons, on ne peut que saluer l’interprétation sans faiblesse de l’orchestre. Le chef interprète aussi les parties solistes du printemps et des trois autres concertos avec une maestria inégalable. De « l’été » on retiendra surtout le thème très sombre et orageux du 3e mouvement que l’on retrouve par intermittence dans les deux mouvements précédents. Cet été, avec ses « furieux » orages, est interprété avec une fougue peu commune par un orchestre visiblement survolté ; quant à Julien Chauvin, même si la gestuelle est très inhabituelle, elle est efficace, car les musiciens suivent leur chef avec une précision millimétrée.

La jeune et prometteuse mezzo soprano Eva Zaïcik, révélation lyrique de l’année 2018, interprète quatre airs extraits des opéras de Vivaldi. S’il a fallu cent soixante-dix ans pour redécouvrir la musique instrumentale du compositeur vénitien, il en aura fallu plus de deux cents pour que ses opéras reviennent sur le devant de la scène. Dès son arrivée sur la scène nous notons que la jeune femme semble bien fatiguée ; annoncée souffrante juste avant le début du concert, cela se confirme dès les premières notes de « Agitata infido flatu » tiré de Juditha triomphans (composé et créé en 1716). Zaïcik n’est clairement pas à 100 % de ses moyens, mais elle se montre valeureuse et chante avec un cœur énorme et la volonté de faire au mieux pour ne pas décevoir le public. Malgré les circonstances, la jeune mezzo interprète le chef-d’œuvre de Vivaldi sans faiblesses : des graves aux aigus, elle assume crânement une tessiture large et des vocalises terribles. Zaïcik est tout aussi impliquée dans les extraits suivants ; qu’il s’agisse d’Andromeda liberata (« Sowente il sole »), de Farnace (« Gelido in ogni vena ») ou d’Agrippo (« Se lento ancora il fulmine ») elle nous gratifie d’une interprétation aussi belle que possible sans jamais se départir d’une sérénité à toute épreuve. Et le public ne s’y est pas trompé en lui réservant une ovation debout grandement méritée en fin de concert. En bis c’est « Vedro o mio diletto », un air extrait de Il Giustino (composé et créé en 1724), que nous interprètent Eva Zaïcik et le concert de la loge. Que se soit pour remplacer des airs d’opéras initialement prévus, mais supprimés pour ménager Eva Zaïcik ou pour rajouter une œuvre instrumentale au programme, Julien Chauvin n’a pas manqué l’occasion de mettre en avant Félix Knecht, son violoncelliste. Il le remercie d’ailleurs chaleureusement, car le concerto pour violoncelle a été rajouté au tout dernier moment. Visiblement très en forme et heureux d’être sur scène, Knecht interprète les parties solistes de ce concerto avec une maîtrise quasi parfaite de son instrument. Là encore on ne peut que saluer les tempos et les nuances adoptés par Julien Chauvin qui dirige son orchestre avec la même rigueur et le même enthousiasme qu’en début de soirée.

C’est un concert de très haute volée que nous ont offert Le concert de la loge, julien Chauvin, Eva Zaïcik et Félix Knecht dans le cadre somptueux du château de Chambord. Quel dommage cependant que Zaïcik ait été malade en ce beau vendredi soir de juillet ; nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

La suite du festival de Chambord est ici

Visuel : Portrait d’Eva Zaïcik © Victor-Toussaint

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Hélène Biard

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