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Festival Présences (4) : le GRM à Radio France

Festival Présences (4) : le GRM à Radio France

18 février 2020 | PAR Gilles Charlassier

Rendez-vous consacré au sein du Festival Présences, le GRM offre deux programmes de création électroacoustique à Radio France le vendredi 14 février.

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Tandis que la majorité s’est pressée à la Philharmonie pour entendre George Benjamin diriger l’opéra qu’il a créé à Aix-en-Provence en 2012, Written on skin, la Maison de Radio accueille, pour ce début de second week-end du Festival Présences, le GRM, selon un partenariat désormais bien inscrit à Présences. La soirée, entièrement au 104, équipé pour l’occasion d’un Acousmonium, et ses hauts-parleurs vintage en forme de casque de coiffure, s’ouvre, en un clin d’oeil hommage au compositeur à l’honneur pour cette édition 2020, par une brève pièce de George Benjamin, Panorama, esquisse de spatialisation d’acidités flûtées qui résonne d’abord comme une curiosité dans le catalogue de son auteur. La création française d’Absorber de Laurence Osborn (né en 1989) transforme avec l’électronique les ressources du piano de Zubin Kanga, tandis que Okno, commande de Radio France à Rocío Cano Valiño (née en 1991) pour une série d’Alla breve et donnée pour la première fois en concert, développe, au fil des cinq vignettes de deux minutes, selon le format de l’exercice, un camaïeu de sonorités brutes retravaillé en un tissu évocateur et poétique qui sollicite autant l’imaginaire sonore que tactile. Ecrit pour bande magnétique, Week-end d’Ivo Malec, contemporain exact de Boulez disparu l’an dernier, privilégie une immersion quasi sédative, qui devient plus lumineuse dans la seconde partie – même si le procédé technique appartient désormais à l’Histoire. Ce premier concert se referme sur l’extraordinaire Mortuos plango, vivos loco, de Jonathan Harvey, où le grain sonore des cloches et des voix se désagrège progressivement en un halo jusqu’aux confins du murmure et du silence : une page majeure d’une esthétique électroacoustique qui n’hésite pas à renouveler notre approche des sons dits naturels.

A 22 heures, la création se fait performance, avec deux commandes de Radio France. La première, Il n’y a pas d’autre côté d’Elsa Biston (née en 1978), émaille une apparente inertie de petits éclats intermittents qui ponctue une fascinante plongée dans la texture de la masse sonore. L’écoulement d’un temps régulièrement parasité devient une authentique expérience musicale. La seconde, Mécano de Florent Colautti (né en 1983), maîtrise efficacement un matériel idiomatique de l’électro pour un résultat favorisant l‘entertainement. Si le Paysage accident #3 de Julien Beau (né en 1982) et Mokuhen (né en 1970) ne manque pas de relief, c’est le live électronique de Florentin Ginot (né en 1993) et Helge Stein (né en 1971) que l’on retiendra de cette fin de soirée. En près d’une demi-heure que l’on ne voit guère passer, le jeune contrebassiste français joue avec les limites de son instrument, entre le geste mélodique et la saturation sonore, dans une complicité avec le Norvégien où l’improvisation conjugue expérimentation et cérébralité sensuelle et immédiatement jubilatoire. Un musicien qui prend la relève d’une Joëlle Léandre, pionnière dans l’extension du répertoire expressif de la contrebasse. Mentionnons enfin l’installation de Vincent-Raphaël Carinola (né en 1965), Flux Aeterna, au vingt-deuxième étage de la Maison de la Radio, où, pendant toute la durée du festival, devant une des plus belles vues de Paris, on peut s’immerger dans une boucle sonore algorithmique composée à partie des musiques et sons postés sur le site de France musique. Présences, c’est l’aventure de tous les langages musicaux contemporains.

Festival Présences, concerts GRM, 14 février 2020

©affiche du festival

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Gilles Charlassier

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