Classique
L’Orchestre Philharmonique de Radio France, Myung-whung Chung et Kian Soltani dans une puissante soirée allemande

L’Orchestre Philharmonique de Radio France, Myung-whung Chung et Kian Soltani dans une puissante soirée allemande

24 mars 2021 | PAR Yaël Hirsch

Ce mardi 23 mars 2021, l’ancien directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Radio France (2000-2015) a retrouvé son orchestre dans l’auditorium de Radio France pour un concert sans public diffusé en direct sur France Musique à 20h. Toute La Culture était dans la salle pour entendre en live le concerto n°1 pour violoncelle de Haydn avec le soliste Kian Soltani et la première symphonie de Brahms. Un concert en do majeur, intense et puissant, qui nous a rendu ivres de musique allemande.

Alors que la troisième oeuvre du programme, La Valse de l’empereur, pour flûte, clarinette, piano et quatuor à cordes de Strauss a dû être enregistrée en amont pour respecter les mesures sanitaires, Chung Myung-whun est évidemment très précis sur le début du Concerto en do de Haydn (1762), oeuvre retrouvée dans les années 1960 à Prague et que l’Orchestre Philharmonique de Radio France fait briller de vivacité. Dans le premier mouvement Moderato en do majeur éclatant on a presque l’impression de sentir l’orchestre monter du baroque au romantique dans une ascension commune. Doux et mélodieux, le violoncelle du jeune soliste austro-iranien Kian Soltani est expressif mais un peu dominé par l’orchestre. C’est dans l’adagio que le violoncelliste de plus en plus connecté au chef d’orchestre peut vraiment transmettre toute la douceur mélodieuse de Haydn, avec un orchestre qui donne beaucoup de profondeur à ce deuxième mouvement, nous faisant entendre et l’ombre et la lumière. Enfin, le célèbre Final, tout en énergie et en couleur, est un hymne qui emporte et ravit. 

Une partie des musiciens du Philharmonique de Radio France, venus s’asseoir dans la salle pour entendre Haydn, reprennent leurs places et gardent leurs masques sur scène pour une interprétation extraordinaire de la Première symphonie de Brahms (1833), elle aussi en do majeur. Néanmoins, le premier mouvement est sombre. La baguette de Chung Myung-whun vise souvent le sol, l’Orchestre Philharmonique de Radio France fait entendre comme une menace dès les premiers tambours solennels, et cette menace prends corps jusqu’à nous emporter dans quelque chose d’organique et de violent. C’est presque sans transition qu’on atteint un certain apaisement, avec les couleurs lumineuses des cuivres dans un deuxième mouvement où l’on découvre la virtuosité du premier violon, et où le chef maintient à la fois une grande tension et une grande majesté. Bref, fluide, quasiment « charmant », le troisième mouvement est une transition délicieuse pour entrer dans le grand bain du dernier. Il y a évidemment du Beethoven dans ce morceau de bravoure qui nous fait passer un premier pas inquiétant de tempête avec les pizzicati vers la puissance parfaite qui semble nous chanter un hymne à la joie. Les dernières mesures sont une grande fête merveilleusement maîtrisée par un Chung Myung-whun qui semble au coeur d’un combat puissant. C’est avec la chair de poule que l’on sort du concert, en espérant que l’intensité et la majesté de ce moment est entièrement passée vers le grand public à travers le précieux canal de France Musique.

Ce soir c’est une reprise d’un concert du Festival Présence que vous entendrez en différé depuis l’auditorium de Radio France à 20H sur France Musique ; et, demain, c’est à nouveau un direct avec une création mondiale : The Wonder Of Life par l’Orchestre de Régis Campo.

Visuel : © Yaël Hirsh

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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