Opéra
Roberto Alagna, Samson de choc aux Chorégies d’Orange

Roberto Alagna, Samson de choc aux Chorégies d’Orange

13 juillet 2021 | PAR Paul Fourier

Le ténor porte à bout de bras la nouvelle production de l’opéra de Camille Saint-Saëns dans le Théâtre antique d’Orange. La mise en scène de Jean-Louis Grinda s’accorde parfaitement avec l’œuvre et le lieu.

Après une année d’abstinence forcée, les Chorégies d’Orange présentaient Samson et Dalila pour cette édition 2021. Devant le mur millénaire du Théâtre antique, ce choix apparaît comme une évidence d’autant que Jean-Louis Grinda, maître des lieux et metteur en scène du soir, n’a pas embarrassé la scène de décors superflus, misant plutôt habilement sur un dispositif de projections. Durant toute la soirée, la direction des chanteurs et figurants est d’ailleurs suffisamment signifiante pour une intrigue qui n’exige pas de rajouts. Dès le début, l’apparition d’un jeune ange aux ailes lumineuses apporte une pointe de poésie à la mission divine de Samson.
Les lumières de Laurent Castaingt, les vidéos d’Étienne Guiol et d’Arnaud Pottier (magnifiques, notamment lors du second acte) habillent l’immense scène et les costumes d’Agostino Arrivabene apportent à l’ensemble une esthétique intemporelle qui semble inspirée des mangas japonais.

Après quelques années d’absence, cette production sonne comme le grand retour de Roberto Alagna sur cette scène qu’il connaît bien pour y avoir déjà chanté à seize reprises.

L’artiste n’est bien sûr pas un ténor héroïque comme le furent certains de ses devanciers, mais il imprime au rôle toute sa science du chant. Si Roberto Alagna est un immense chanteur, il est aussi, dans l’opéra français, un diseur hors pair, imprimant à chaque mot, à chaque phrase une diction souveraine. Celle-ci, alliée à une projection parfaite, permet, ce soir, à chaque spectateur de l’immense théâtre de savourer chacune des syllabes, chacun des mots du livret de Ferdinand Lemaire. Une simple phrase comme « Tes pleurs ravivent ma douleur » lui suffit pour humaniser le héros biblique. Si l’on ajoute à cela une intelligence du texte et un legato inaltéré, l’on se demande qui aujourd’hui, peut, mieux que lui peut interpréter le personnage. En somme, ce soir, Alagna faisait de Samson, le symbole de sa propre puissance inaltérée.

Si Marie-Nicole Lemieux incarne une Dalila de bonne tenue, l’on est, malgré tout, tenté de lui faire quelques petits reproches. Elle sait joindre, en une belle synergie, sa prononciation parfaite à celle du ténor, les duos sont de toute beauté et son grand air ensorcelant. Mais Dalila est un Janus et la femme-séductrice qu’elle sait incarner, doit aussi laisser place à la femme-prédatrice, celle qui, par la rouerie et le charme, fait de Samson sa proie afin de le déposséder de son pouvoir. Gageons qu’elle gagnerait aussi, vocalement, à évoluer pleinement dans le registre clair qui fait sa force, imprimant ainsi plus d’homogénéité dans le chant, plutôt que d’ajouter des graves paraissant parfois inutiles.

Nicolas Cavallier, incarne un Grand Prêtre de Dagon, au jeu parfait, notamment symbolisé par sa prestance lorsqu’il est flanqué de ses archers athlétiques. L’on aimerait cependant que la voix se colore plus subtilement afin de mieux éclairer ce personnage fondamentalement malfaisant.
Julien Véronèse est un honnête Abimélech ; l’excellent Nicolas Courjal sait apporter un belle douceur au vieillard hébreu et Christophe Berry, Marc Larcher et Frédéric Caton, sont, quant à eux, excellents dans chacun de leurs rôles.
Quant au ballet des Opéras Grand Avignon et de Metz, très bien réglé, il sait nous charmer par la lascivité nécessaire lors de la Bacchanale de l’acte III.

À la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Yves Abel a les défauts de ses qualités. Si l’ouverture est somptueuse, sonnant comme un oratorio et les morceaux purement orchestraux d’une luxuriance bienvenue, on souhaiterait, toutefois, plus de retenue dans les passages vocaux. Par ailleurs, l’excellente acoustique du Théâtre antique aurait exigé une meilleure maîtrise des percussions parfois franchement envahissantes.

Dans cette nuit où les étoiles fleurissaient la voûte céleste et, en écho par projections, le magnifique et séculaire mur de scène, le public était à nouveau au rendez-vous, pour cette grande fête annuelle que sont les Chorégies. Renouant avec les temps antiques, il avait le luxe, ce soir, de célébrer un héros… Samson certes mais, avant tout, un certain Roberto…

Visuels : © Gromelle © Abadie Chorégies d’Orange

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Paul Fourier

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