Classique
Le Philharmonique de Radio France à l’heure polonaise et hongroise

Le Philharmonique de Radio France à l’heure polonaise et hongroise

28 février 2021 | PAR Gilles Charlassier

Sous la baguette subtile et engagée de Marzena Diakun, le Philharmonique de Radio France propose un programme polonais et hongrois, associant Bartók,  Lutos?awski et Chopin, diffusé en direct sur France Musique depuis l’Auditorium de Radio France.

 

Plutôt que de commencer par une incontournable ouverture, le concert dirigé à Radio France par Marzena Diakun, qui a été assistante de Mikko Franck en 2015 et 2016 au Philharmonique de Radio France, propose une introduction chambriste, qui ne se résume pas à un simple prélude. Avec le violon agile et chatoyant de Nathan Mierdl, second solo de l »orchestre, et la savoureuse clarinette de Jérôme Voisin, sur le canevas pianistique de Catherine Cournot, les Contrastes de Bartók déploient un étourdissant dialogue de motifs et de virtuosité, avec un élan parfois tourmenté qui ne cède à aucune pesanteur dramatique. Après ces saynètes ciselées, le Concerto pour piano n°2 en fa mineur op. 21 de Chopin oppose une fluidité mélodique et une tendresse que Nelson Goerner – remplaçant Andrei Korobeinikov, empêché, comme on peut s’en douter, par les limitations drastiques de la mobilité internationale dues à la crise sanitaire – sert avec une sobriété et une sorte de sérénité discrètement souriante. Si l’écriture orchestrale de Chopin remplit d’abord une fonction de soutien à l’expression pianistique, la présente lecture ne se contente pas du service minimum et accompagne efficacement le pianiste, jusque vers une coda pleine d’allant allègre, sinon léger.

Après une pause tenant lieu d’entracte, la chef polonaise revient avec la magistrale Musique funèbre à la mémoire de Béla Bartók de Lutos?awski. Exclusivement pour cordes, la pièce progresse comme une procession et palpite d’une tension saisissante, depuis les premiers murmures du violoncelle, jusque dans un dense tutti ondoyant entre les pupitres aigus et les plus graves, avant de refluer vers le silence. La baguette met en avant cette sorte de tectonique émotionnelle avec autant d’économie que d’engagement, faisant rayonner la profondeur et l’intériorité de la page. C’est enfin avec un opus très rarement joué de Bartók, la suite pour orchestre du ballet Le prince de bois, que se referme ce beau concert aux couleurs hongroises et polonaises. Le foisonnement instrumental est mis en place avec clarté et souplesse, au service d’une épure évocatrice qui condense l’essentiel des éléments narratifs. On retiendra entre autres les noces du célesta et des deux harpes ou encore la péroraison aérée de cuivres. La netteté du dessin et la lisibilité des textures font chanter une écriture brillante et subtile, jamais exhibitionniste. On ne saurait trop souligner le service que Marzena Diakun et Radio France  viennent de rendre à Bartók, et à ce Prince de bois, dont le succès, aujourd’hui oublié, a permis l’année suivante, en 1918, la création du Château de Barbe-Bleue, que le compositeur hongrois tenait prêt depuis plusieurs années dans ses tiroirs. Les atmosphères de brumes et de mystère de l’un et de l’autre feraient une bien belle soirée lyrique – avec le Philhar’ et Marzena Diakun ?

Gilles Charlassier

Orchestre Philharmonique de Radio France, Radio France, Auditorium, concert du 26 février 2021, et disponible en podcast sur France Musique

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Gilles Charlassier

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