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Eliahu Inbal et l’ONPL s’attaquent avec passion à la Symphonie n°9 de Mahler

Eliahu Inbal et l’ONPL s’attaquent avec passion à la Symphonie n°9 de Mahler

22 octobre 2018 | PAR Sarah Reiffers

C’est sous la baguette du chef invité Eliahu Inbal, salué pour ses interprétations de Mahler, que l’Orchestre National des Pays de la Loire s’est attaqué vendredi soir au « chant du cygne » du compositeur autrichien. Une œuvre splendide, vibrante d’émotions et aussi fluctuante que la vie.

C’est sous les applaudissements très chaleureux du public que s’est achevée la première représentation à Angers de la Symphonie n°9 de Mahler, par l’Orchestre National des Pays de la Loire, et sous la baguette du grand chef israélien Eliahu Inbal. Alors que l’ouverture de la saison, il y a plus d’un mois, s’achevait sur le vacarme presque extatique des dernières notes du  » Tableaux d’une exposition  » de Moussorgski, c’est le silence qui a cette fois laissé sa marque. Dans l’un comme dans l’autre, les musiciens de l’ONPL excellent. Vendredi soir la passion l’a emporté sur tout le reste, brillant sur les visages, faisant vibrer les archets et s’élever la voix d’Eliahu Inbal, le chant du maître.

C’est à l’été 1909 que Mahler termine sa dernière symphonie achevée (il y en aura bien une dixième, dont il n’aura pas le temps de finir l’orchestration avant sa mort en 1911). Ce « chant du cygne » est marqué par la mort de sa fille aînée, à quatre ans, en 1907 : la musique devient indissociable de l’intime, et en articule la plainte.

La Symphonie n°9 comporte quatre mouvements, deux plus lents, plus Wagnériens, encadrant deux plus rapides, inspirés de danses traditionnelles comme le ländler. Le premier mouvement, qui est aussi le plus long, se fait succéder des moments légers à d’autres, beaucoup plus lourds, évoquant une course dans les nuages avec ses montées brutales, ses apogées spectaculaires et ses redescentes tout en douceur. Mahler y mêle diverses formes musicales, du rondo au lied en passant par le concerto, mais sans jamais y faire primer une sur les autres. Chaque seconde de la course, et chaque émotion qu’elle traduit, garde son importance. Avec, en son cœur, un rythme étrange, un goutte-à-goutte qui selon Léonard Bernstein se faisait l’écho du rythme cardiaque défaillant du compositeur (qui souffrait d’une insuffisance cardiaque) ; et qui semble également évoquer l’inexorable passage du temps, seconde après seconde, nous rapprochant sans cesse de la fin.

Alors que le premier mouvement s’éteint dans un souffle, le deuxième s’ouvre sur un rythme joyeux et allègre. Est-ce là une sorte de défi contre la mort ?  Pourtant, lorsque ce ländler refera son apparition dans les dernières minutes du mouvement, ce sera sous une forme beaucoup plus nostalgique, le rire se faisant plainte – un défi contre la mort, peut-être ; mais aussi et surtout la surprise d’y être violemment confronté. Cette fluctuation refait son apparition dans le troisième mouvement. Les mêmes notes, tantôt joyeuses, deviennent terribles lorsqu’elles sont reprises par tout l’orchestre. Mahler mêlait souvent l’intime à son art : sa musique se fait donc le fidèle miroir de l’irrégularité des émotions.

Avec le quatrième mouvement recommence le voyage spirituel, la course dans les nuages, mais à l’allure plus faible, comme alourdie. C’est le mouvement le plus triste, le plus mélancolique aussi, un regard jeté à la fois vers les grands bonheurs du passé, à la fois vers le futur, sachant pertinemment que la fin est proche. La Symphonie, défiant les conventions d’alors, s’achève sur un souffle, une agonie, tenue par Eliahu Inbal jusque dans le silence. Pour cela, comme pour le reste, on lui fait confiance.

Visuel : ONPL / Z. Chrapek

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