Classique

Cyrille Dubois à l’Eléphant Paname: le triomphe de l’élégance

Cyrille Dubois à l’Eléphant Paname: le triomphe de l’élégance

22 novembre 2019 | PAR Lise Lefebvre

Dans un programme exigeant et varié, le ténor Cyrille Dubois a  fait briller toutes les facettes de son art.

C’est désormais un rendez-vous attendu: l’Instant lyrique de l’Eléphant Paname, créé en 2013, met à l’honneur, une fois par mois, un artiste auquel on laisse carte blanche. Dans l’ambiance intimiste de cet ancien hôtel particulier, c’est Cyrille Dubois qui se produisait pour la première fois mardi dernier, avec le pianiste Tristan Raës. Un coup d’essai magistral.

Placé sous le signe de l’exigence, son programme ne laissait pourtant aucune place à la séduction facile. Des mélodies de Fauré pour commencer, puis des lieder de Liszt – auquel est consacré son disque, O Lieb. Dans cette première partie, la diction du chanteur, aussi irréprochable et limpide en allemand qu’en français, a donné à entendre les textes, plus qu’avec simplicité, avec la beauté de l’évidence. C’est qu’il y a aussi à l’oeuvre la sensibilité à fleur de voix qu’on lui connaît, de même qu’une capacité à se donner totalement à l’incarnation, sans jamais rien perdre d’une technique au cordeau. Technique qui lui a permis de se jouer allègrement des changements de registres chez Fauré, livrant par exemple, avec un humour discret et une fluidité merveilleuse, le petit bijou qu’est Mandoline. Une technique qui a fait merveille, aussi, avec l’écriture nettement plus tendue de Liszt; dans O Lieb, un lied qui reprend la mélodie du célébrissime Rêve d’amour, il a su épouser, avec une aisance admirable, les passages plus « opératiques », tout comme les nuances les plus tendres.

Tristan Raës, au piano, a donné un accompagnement délicat et lumineux pour les mélodies, puissant quand il le fallait, toujours de grande qualité.

De la mélodie à l’opéra

La transition était toute trouvée avec les airs d’opéras italiens du début du XIXe siècle. Deux Donizetti lumineux, et là encore, magnifiquement incarnés, même si on a pu regretter que, dans Una furtiva lagrima, le parti pris des ornementations laisse un peu trop la part belle à la prouesse technique – même s’il est vrai que c’est le style de cette musique. Et pour finir, Bellini et Rossini – avec un air du Turco in Italia, très mozartien, écrin idéal pour la sensibilité et la musicalité poétique du chanteur, qui a clôt ce récital en beauté, devant un public qui retenait visiblement son souffle.

 Le concert s’ est terminé sur une surprise avec le fameux air de Tonio de La fille du régiment auquel ne manquait aucun de ses terribles contre-ut. Avant cela, un dernier lied de Liszt en bis, Quand je dors, a remis la poésie au premier plan; un mode d’expression qui semble particulièrement cher au coeur de Cyrille Dubois. 

O Lieb, Lieder, CD Aparte

Visuel © Paul Fourier

Interview classique de la semaine – David Kadouch : « Déjà en CM1 quand on me demandait ce que je voulais faire plus grand, je disais « pianiste ».
PLAYLIST #4 FESTIVAL JAZZ AU FIL DE L’OISE
Lise Lefebvre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *