Opéra

Un bien bel éclat de perles à l’Opéra de Liège

Un bien bel éclat de perles à l’Opéra de Liège

19 novembre 2019 | PAR Paul Fourier

Georges Bizet ne vécut que 36 ans, mais eut le temps d’être l’auteur de superbes opéras dont Les pêcheurs de perles à la musique aussi belle que l’intrigue improbable. La production de l’Opéra de Liège atteint la quasi-perfection grâce à une équipe gagnante menée par deux experts absolus en la catégorie.

Bizet a 25 ans lorsqu’il compose Les pêcheurs de perles. En grande partie pénalisée par un livret faible, l’œuvre sera un échec comme Bizet en connaîtra malheureusement de nombreux dans sa carrière ; le fiasco de Carmen sera l’ultime et le plus spectaculaire dont il aura à souffrir – et qui sera sûrement décisif dans la crise cardiaque qui l’emportera trois mois après la création.
Il n’en reste pas moins que la partition de ces Pêcheurs est admirable et foisonne d’airs, de duos et de scènes de chœur superbes. Mais il faut, comme toujours chez Bizet, la traiter avec subtilité ; il faut en extraire et faire briller les joyaux, sans emphase ni effets inutiles.
Pour ce faire, on ne peut guère trouver meilleur expert que le vétéran Michel Plasson, grand spécialiste de la musique française devant l’Eternel qui a donné, comme en témoigne la discographie, tant de lettres de noblesse à ce répertoire.
Démontrant, une fois de plus, un incomparable art de la nuance avec cette battue lente qui privilégie la dentelle musicale plutôt que le spectaculaire, il met en évidence le beau continuum poétique émanant des deux héros lorsqu’ils sont ensemble ou en songerie individuelle. Puis il tranche, lors de rares moments de fièvre qui traduisent l’agitation, tantôt bienveillante, tantôt dévastatrice de la foule déchaînée… et manipulée. Ces jeux de contrastes sont propres à Plasson et mettent encore en évidence son si modeste, mais immense talent.

La Leïla d’Annick Massis est désormais une vieille connaissance et si la voix a indéniablement mûri – de bonne façon, compte tenu d’une carrière sage et de prises de rôles raisonnées et espacées – elle fait toujours des merveilles. Certes, d’aucuns pourront reprocher à cette Leïla une juvénilité disparue, une voix devenue plus corsée par la fréquentation de ces rôles plus lourds, un vibrato inévitable avec le temps qui passe. Il n’empêche ! La soprano se révèle impériale – et encore, probablement, la meilleure dans le rôle -, les aigus sont splendides, le souffle infini, les nuances et piani – indispensables au rôle – inouïs ! De plus, elle parvient à donner consistance à ce personnage qui semble coller à l’artiste par sa modestie et sa retenue et cela n’en rend que plus spectaculaire les moments d’emportement lorsqu’elle explose face à Zurga, comme un volcan en sommeil subitement réveillé. La Massis est et reste la Leïla de notre temps … superbe !

Cyrille Dubois n’a pas toutes les qualités pour incarner Nadir ; on a connu des ténors lyriques plus adaptés à ce rôle dont nombreux ont, au moins, enregistré la romance. Mais l’artiste possède des atouts maîtres. Il séduit dès son entrée en scène par la composition d’un homme humble, rêveur et amoureux. Ce Nadir est sensible et superbement musical et l’émotion qui en émane nous atteint au plus profond. Lorsqu’il rejoint sa bien-aimée, l’on joue sur un tapis de tendresse mélodieuse traduisant l’amour vierge et innocent. Lorsqu’il se trouve face à Zurga, il est le petit frère qui subit la loi de l’aîné. Héros juvénile, il semble être un ange et, aisément, l’on passe outre une voix peu puissante et des couleurs parfois limitées.

Complétant le trio amoureux, Pierre Doyen incarne un Zurga avec une justesse et une robustesse qui collent à ce chef de tribu dont l’amour ne peut s’exprimer que dans la jalousie et le ressentiment. Il ajoute à la poésie générale, en composant un personnage qui a plus de facettes qu’on peut le penser. Le duo avec Leïla où lui hésite avant de frapper, alors qu’elle se piège par sa candeur, est un sommet de la représentation.

Les autres protagonistes, en revanche, se révèlent légèrement décevants. C’est le cas de Patrick Delcour dans le rôle de Nourabad dont le chant un peu fruste, tranche avec la subtilité de ses collègues.
C’est également le cas du chœur de l’Opéra de Liège assez inégal et pas toujours en phase, notamment au début de la soirée.

La mise en scène sobre et épurée évite les écueils de ce livret qui ne manque ni d’exotisme artificiel ni d’invraisemblances. Yoshi Oida a pris le parti d’un plateau quasiment nu d’où émergent quelques éléments signifiants, un grand chapeau japonais derrière lequel se cache Leïla, un ponton et des nasses en bois, un bord de mer où plongent les pêcheurs. Cela permet à l’histoire de se dérouler sans scories dans un environnement baigné par une iconographie extrême-orientale belle et soignée.

Ainsi, de l’ensemble fondé sur la simplicité et le talent, émane la poésie et jaillit le plaisir de la rencontre d’un public et d’un compositeur plutôt maudit auteur de l’un de ses chefs-d’œuvre à 25 ans !

visuels © Opéra Royal de Wallonie-Liège

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