Opéra
Un Elisir d’amore jubilatoire à Bordeaux

Un Elisir d’amore jubilatoire à Bordeaux

10 avril 2022 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Bordeaux reprend la production de L’elisir d’amore de Donizetti réglée par Adriano Sinivia pour Lausanne en 2012, sous la baguette de Nil Venditti, et une distribution dominée par l’Adina de Golda Schultz.

[rating=4]

Avec la production qu’avait réglé pour l’Opéra de Lausanne Adriano Sivinia, l’Opéra national de Bordeaux a choisi un Elisir d’amore alerte et coloré, propice à l’épanouissement des talents vocaux de la distribution. Dessiné par Cristian Taraborrelli, le décor de roue de tracteur dans un champ d’épis réduit les personnages à un rang lilliputien amplifiant la tonalité souriante des péripéties et de la comédie, qui n’est pas retenue dans les dimensions du réalisme. La poésie de ces amours pastorales et de la simplicité des caractères aux confins du naïf est rehaussée par les lumière de Fabrice Kebour, qui calibrent avec une habileté inspirée les ombres et la fantaisie des costumes d’Enzio Iorio réinventant un naturalisme au rudimentaire jamais misérabiliste.

Mais les qualités narratives du spectacle visuel servent avant tout à porter les qualités des incarnations solistes, à commencer par l’Adina pétillante de Golda Schultz. Avec les séductions de son timbre fruité et charnu, presque juteux dans son chatoiement, la soprano sud-africaine restitue de manière irrésistible des minauderies de coquette qui ne se départent jamais d’une certaine tendresse et ne se complaisent pas dans la facilité des stéréotypes. Son bel canto aéré et virtuose, gourmand mais sans gratuité ostentatoire, accompagne l’évolution psychologique du personnage, sans avoir besoin de s’attarder sur quelque complexité intellectuelle. Tout reste fluide et instinctif, autant que le chant. Les applaudissements nourris répondent justement à ce régal des oreilles.

En Belcore, Samuel Dale Johnson équilibre jeunesse et projection matamore, avec une certaine sécheresse dans le galbe vocal qui ne jure pas avec le caractère de ce sergent à la fatuité ridicule, et contraste avec le Dulcamara plus débonnaire de Giorgio Caoduro. Les boniments du charlatan auxquels se laisse prendre Nemorino, ne manquent pas de saveur comique, sans céder aux effets théâtraux trop appuyés. En Giannetta, Sandrine Buendia fait une apparition piquante à souhait. Quant à l’amoureux transi campé par Kévin Amiel, il surprend par une intonation parfois un peu laborieuse, loin de la faconde lumineuse que l’on avait l’habitude d’entendre chez le ténor français, sans doute en cette soirée dans une méforme accentuant un resserrement de l’émission non dénuée de quelque raideur. L’incarnation demeure malgré tout sympathique, à la mesure de son interprète, et ne fait pas l’impasse sur la facilité virtuose, à défaut de l’aisance naturelle.

Si on ne s’attardera pas trop sur la direction vigoureuse de Nil Vendetti, qui privilégie l’énergie à la souplesse des couleurs et de la mélodie, on saluera en revanche la remarquable précision des choeurs préparés par Salvatore Caputo, avec une admirable acuité expressive du chant.

Gilles Charlassier

L’elisir d’amore, Donizetti, Grand-Théâtre de Bordeaux, 1er au 10 avril 2022.

©Eric Bouloumié

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