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Les Talens Lyriques fêtent leurs 30 ans au Châtelet

Les Talens Lyriques fêtent leurs 30 ans au Châtelet

24 janvier 2022 | PAR Victoria Okada

Les Talens Lyriques ont donné leur concert d’anniversaire au Théâtre du Châtelet. Les larges extraits vocaux et orchestraux des Fêtes d’Hébé ou les Talens lyriques et de Dardanus de Jean-Philippe Rameau sont interprétés par la mezzo-soprano Ambroisine Bré, le ténor Cyrille Dubois, et le baryton Florian Sempey et les musiciens des Talens.

Retour à la source

Un concert de gala d’anniversaire est, d’habitude, une grande fête avec de nombreux invités, notamment des anciens collaborateurs, qui se succèdent pour interpréter le maximum d’air et de musique orchestrale ou instrumentale. Or, ce concert des Talens Lyriques fut tout autre avec un compositeur, deux œuvres, trois chanteurs solistes et l’orchestre dirigé par Christophe Rousset, son fondateur. L’intimité prime, comme le claveciniste-chef a toujours privilégié un partenariat avec des mêmes chanteurs. C’est probablement pour approfondir l’affinité musicale afin, à son tour, d’explorer tout un répertoire dans une série de projets.
Le choix de Jean-Philippe Rameau et surtout Les Fêtes d’Hébé, dont le sous-titre est devenu le nom de l’ensemble, est un retour aux sources et semble rappeler le goût de Rousset pour des opéras français inédits. En effet, le regain d’intérêt de cette œuvre ne date que de la fin des années 1990 (intérêt porté par William Christie dans un enregistrement chez Erato en 1997, ou par Frans Brüggen et l’Orchestre du XVIIIe siècle en 1996-1997 dans le disque comprenant une suite de l’Opéra-Ballet) même si on en trouve dans Éditions BNF deux petits extraits enregistrés dans les années 1950 par l’orchestre du Théâtre des Champs-Élysées sous la direction de Jean Allan. Les extraits de Dardanus de la seconde partie proviennent des deux versions, de 1739 et 1744.

Trois chanteurs

Pour les trente ans, trois chanteurs trentenaires partagent la scène : la mezzo soprano Ambroisine Bré, le ténor Cyrille Dubois, et le baryton Florian Sempey. Ce sont trois Français qui donnent au chant français un nouveau souffle. L’intensité veloutée de Ambroisine Bré est propice pour ouvrir la festivité. Elle adapte la richesse de ses couleurs selon les airs, mais le caractère tragique lui va particulièrement ce soir. Ainsi, elle excelle dans « Ô mort » (Les fêtes d’Hébé) et encore mieux, dans « Cesse, cruel Amour » (Dardanus). Par moments, sa diction est un peu « avalée » par la largesse de son timbre dont la texture charnue est en soi un instrument extraordinaire.
Cyrille Dubois est, comme à l’accoutumée, très engagé tout au long du concert. Son expressivité atteint le sommet dans « Lieux funestes » de Dardanus, un véritable plongeon dans l’abime d’émotion. Et tout de suite après, changement d’atmosphère total dans l’air « Quels sons mélodieux » où la grâce enchante.
Florian Sempey se montre entièrement en adéquation avec l’air qu’il chante. Dans la deuxième partie, il est ferme et déterminé à jamais dans « Monstre affreux » alors que dans le trio « Mais quels concerts », son timbre est tendre et crémeux. Sa capacité de changer le caractère de sa voix est admirable et convainc immédiatement.

Interaction tardive

La vaste scène du Théâtre du Châtelet ne semble pas favorable à l’intimité de la musique, même pour des scènes spectaculaires. De ce fait, toute la première partie manque de proximité, musicalement et physiquement. Dans cette partie, les instruments sonnent de manière disparate, plutôt que de proposer une entité. Par ailleurs, le « blanc » entre deux extraits pèse, renforçant le sentiment d’un programme cousu et de quelque chose de formel, même si les pièces suivent la trame des actes. Mais dans la deuxième partie, le ton devient plus chaleureux, plus enthousiaste. Portés par la musique, les interprètes et la salle trouvent enfin un contact tant attendu. Une interaction, tardive, opère véritablement dans les deux bis : le duo « Mer favorable » de Dardanus, et « Les Sauvages » des Indes Galantes, toujours de Rameau, où les archets des instruments à cordes dansent, les voix s’envolent et toute la salle sent le rythme.

C’est avec cette note joyeux que se refermait le concert anniversaire des Talens Lyriques

Photos © Pablo Ruiz, Les Talens Lyriques

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Victoria Okada

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