Classique

Classique is punk!

Classique is punk!

08 novembre 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Eric Debris nous dit : « Le Punk Rock c’est avant tout inventer sa vie, questionner les règles et l’autorité, ne pas accepter de suivre les chemins déjà tracés. ». A ce titre, le mouvement punk n’a véritablement rien inventé, mais bien poursuivi (et oui !) le chemin de ses aïeuls, compositeurs de musique dite classique ! Et si Mozart, Debussy, Stravinsky, Schoenberg, Bartok ou encore Messiaen avaient été des Punks avant l’heure ?

 

MozartRocks(c) vivaelhuanoTransgresser les règles, l’autorité, ne pas se conformer à ce que l’on attend de nous mais créer sa propre voie, une démarche que l’on retrouve partout dans l’histoire de l’art et particulièrement dans l’histoire de la musique. De la volonté de faire sa place par soi-même, en dehors des codes de compositions, où comme à une certaine époque, de celle de rejeter l’état de servitude dans lequel se trouvait le musicien, sont nées les plus grandes œuvres musicales, et ont été élevé sur un piédestal sacré certains compositeurs dont le génie résonne encore et toujours aujourd’hui.

Mozart was a Punk? Yes Mozart was a first Punk! Maintenu depuis sa plus tendre enfance, tel un animal de cirque précieux dans une cage dorée de tutelles pesantes (celle de son père, de Salzbourg et de Colloredo), et harassantes, l’artiste « questionnera l’autorité » en luttant contre le style galant et formel imposé par celle-ci, produisant ainsi des œuvres pleines d’ironies, d’espiègleries, se ménageant un espace de liberté, autant que se moquant de ceux qui l’exploitent. Refusant le chemin tracé de son père comme l’asservissement de sa personne et de son art par un maître, conscient de son talent, d’avoir la capacité d’apporter quelque chose de nouveau à la musique, soucieux de n’obéir qu’à ses propres règles, Mozart choisit malgré les difficultés financières que cela pouvait engendrer, l’émancipation et l’indépendance.

Désormais le compositeur ne se conformera plus mais osera affirmer sa musique comme sa pensée de la musique du futur. Ainsi, Beethoven refusera le mécénat aristocratique dont il est victime, plus handicapant encore que sa défaillance auditive, et de cette liberté, s’exacerbera ce style héroïque et puissant qui le caractérise. Passé cela, l’affranchissement, la transgression sera principalement stylistique. De Listz, Brahms, Wagner l’on arrivera à Debussy, incarnation de la « modernité » musicale,  refusant l’académisme esthétique, renouvelant la forme symphonique, introduisant le symbolisme dans la musique dont le Prélude à l’après-midi d’un faune témoigne, utilisant les gammes pentatoniques (gamme par tons entiers) séduit par l’orientalisme, ouvrant ainsi la porte aux témérités propres au XXe siècle.

Dès lors, l’on n’en finira plus de vouloir questionner les règles de compositions, de ne pas accepter de suivre le chemin tracé de l’oreille habituée à l’harmonie et de chahuter le corps désireux de suivre régulièrement d’un balancement de pied le rythme de la musique. Ainsi se bouleversera la rythmique avec l’irrégularité de la mesure et des compositeurs tels que Stravinsky, ou Bartok autant que celle de la tonalité avec le système dodécaphonique puis ce qu’on appellera la musique atonale.

In fine ce que l’on appelle l’esprit Punk, la transgression, l’anticonformisme dont se réclame le mouvement rock punk des années 70 a toujours existé et n’est rien d’autre que l’essence même de la création artistique et pour ce qui nous concerne, de la création musicale. Refuser l’ordre établi, l’asservissement, c’est avant tout sortir d’un carcan, social, politique, où purement esthétique qui enferme la création sur elle-même.

Mais briser les codes, être en quête de libertés, c’est se renouveler, évoluer certes, mais c’est aussi créer de nouvelles règles. Aujourd’hui la musique contemporaine est foisonnante et comme à chaque époque se disputent principalement deux courants, le « néo-tonale » et «  le style contemporain », mais la création se détache-t-elle réellement des règles esthétiques du passé, cherche-t-on toujours l’émancipation, de la forme, du fond, du maître ou bien au contraire est-elle enfermée dans sa propre histoire ?

 

visuels: (c) vivaelhuano

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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