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Biennale de quatuors à cordes : Premiers jours de concerts

Biennale de quatuors à cordes : Premiers jours de concerts

15 janvier 2018 | PAR Victoria Okada

La Biennale de quatuors à cordes est un rendez-vous incontournable des amateurs de musique de chambre. Cette 8e édition porte sur le thème de Vienne et s’est ouverte le 11 janvier avec des master-classes d’Alfred Brendel. Samedi 13 janvier, un premier marathon de concerts à la Philharmonie-Cité de la musique, était suivi, dimanche 14, par une journée d’auditions de 15 jeunes quatuors.

 

Le Quatuor Van Kuijk « Rising Stars »
Le tout premier concert a été confié au jeune Quatuor Van Kuijk, formé en 2012 à Paris. Parmi les nombreux prix qu’il a remportés, citons le Premier prix du Concours de quatuor à cordes du Wigmore Hall en 2015 (avec des prix Haydn et Beethoven), et le Premier prix et le Prix du public au Concours de Trondheim en Norvège. Elus « Rising Stars » pour la saison 2017-2018, les quatre musiciens sont engagés par des plus prestigieuses salles européennes. Le programme de ce matin — car il s’agit d’un concert à 11 heures — met en avant le dynamisme du groupe : le troisième Quatuor de Beethoven, Cinq Mouvements pour quatuor de Webern, En noir et or d’Edith Canat de Chizy en création française, et « La Jeune Fille et la Mort » de Schubert. Le quatrième quatuor d’Edith Canat de Chizy fait référence au tableau, presque abstraite, de James Abott Whistler, Nocturne in Black and Gold, the Falling Rocket (1875, Detroit Institute of Arts), représentant les retombées des fusées d’un feu d’artifice. Les étincelles, les couleurs, les fumées du feu d’artifice, et l’éparpillement de tous ces éléments dans la nuit, sont exprimés par différentes techniques spécifiques aux cordes, mettant en relief, hauts et bas, des textures et coloris sonores très variés à l’instar du spectacle nocturne, « donnant à ce quatuor un caractère fugitif, hâtif, mystérieux, où domine la fulgurance du mouvement », comme le note la compositrice. Fidèle à cette description, l’interprétation inspirée des Van Kuijk est picturale, insufflant à la fois une vigueur juvénile et une profondeur onirique. Cette vigueur se trouve dans toutes les œuvres jouées, jusqu’aux Chemins de l’amour de Poulenc arrangés pour quatuor à cordes (en bis), et une théâtralité passionnée et saisissante dans Schubert.

Mabinogion par le Quatuor Bela et Elise Caron
Les activités et concerts proposés en famille s’enrichissent à chaque édition des Biennales. Le Quatuor Bela, possédant un très vaste répertoire à partir du 20e siècle, propose un conte musical Mabinogion, d’après quatre conte médiévaux de la culture celtique de l’Antiquité. Le récit de l’aventure de la reine du pays du Nord, celle du pays du Sud et les deux petits, M et I, fait partie intégrante de la musique composée par Frédéric Aurier, un des violonistes du Quatuor Bela. Elle englobe des voix aux accents divers, qui ne sont ni chants, ni paroles, et utilise des archets « primitifs » très courbés — s’agit-il d’archets celtiques anciens ? Des rythmes multiples et des explorations du son, qu’on peut même parfois qualifier de désagréables, participent à l’imaginaire d’un conte merveilleux avec un brin d’absurdité joyeuse. Belle composition en somme, avec laquelle les petits, mais aussi leurs parents, peuvent se familiariser naturellement avec une facture musicale d’aujourd’hui.

Le Quatuor Voce excelle dans les œuvres du XXe siècle
Fondé en 2004, le Quatuor Voce devient l’une des formations représentatives de musique de chambre en France. À travers de nombreux prix internationaux et des tournées dans le monde entier, C’est aussi l’un des quatuors les plus actifs de notre pays. S’ils défendent les grands chefs-d’œuvre, il nous semble que les quatre musiciens brillent plus dans un répertoire proche de notre époque. Ainsi, dans le programme de ce samedi après-midi, Langsamer Satz de Webern de 1905, d’une esthétique encore fortement post-romantique mais montrant la prémisse du chemin que le compositeur va suivre, exprime le mieux le caractère des quatre musiciens réunis. Des sons amples au service d’un lyrisme affirmé, des phrasés à longue haleine créant des tensions adéquates, l’alternance de ces tensions avec des moments d’apaisement… L’interprétation est intense et vive. La vivacité est une fois de plus confirmée dans « Alla Tarentelle » de Schulhoff (extrait de Cinq pièces pour quatuor à cordes) donné en bis.

Le Quatuor Danel en maître de l’art à seize cordes
La longue journée se clôture avec le Quatuor Danel, à la Salle des concerts. Commencer leur concert avec Adagio et Fugue K 546, des pages étranges de Mozart (du moins pour l’Adagio aux harmonies extrêmement modernes pour l’époque), est certainement un signe de l’exigence et l’excellence des musiciens. À leur Adagio, grave mais jamais lourd, succède la Fugue dense où chaque voix s’entremêle avec les autres dans une clarté ahurissante.
Akroate Hadal (1995) de la compositrice autrichienne Olga Neuwirth évoque les mollusques de la catégorie des vampyrotheutis ayant « un organisme dont la reptation sous-marine procède par enroulement et déroulement successifs », explique le programme, ajoutant que le discours de la composition « aspire la musique qu’il a produite pour mieux l’engloutir ». L’œuvre est constituée de succession de courtes séquences qui explore diverses possibilités de produire des sons, à l’instar de bruitages cinématographiques, parfois extrêmement aigres et âcres.
Puis, les Danel jouent le Quatuor op. 20 °n 5 Hob. III : 35 de Haydn, dans une très belle sonorité aérienne. Le contraste avec la pièce précédente est plus que surprenant. Dans sa fugue finale, l’indication « sempre sotto voce » est scrupuleusement respectée, avec une résonance cristalline presque chimérique, dans un tempo assez retenu qui augmente considérablement l’effet d’attente d’un forte. Enfin, le 15e Quatuor de Beethoven. Un roman par la musique, servi par une interprétation magistrale. Un grand moment.
En bis, le public entend le « Scherzo » du 5e Quatuor de Mieczyslaw Weinberg (1919-1996), très enlevé et vivace, et le 5e mouvement de l’opus 130 de Beethoven, apaisant et émouvant.

Dimanche 14 janvier était le jour des auditions, de 9 heures 30 à 19 heures, de 15 jeunes quatuors émergeants, venus de France, Chine, Turquie, Etats-Unis, Russie, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Lituanie, Espagne, devant un comité constitué de 24 programmateurs et directeurs généraux ou artistiques de salles de toute l’Europe.

Photos : Quatuor Van Kuijk © quatuorvankuijk.com ; Quator Danel © Marco Borggreve

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Victoria Okada

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