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80e anniversaire de Christoph Eschenbach avec l’Orchestre de Paris

80e anniversaire de Christoph Eschenbach avec l’Orchestre de Paris

12 février 2020 | PAR Victoria Okada

Le chef Christoph Eschenbach, qui a été le directeur musical de l’Orchestre de Paris de 2000 à 2010, a fêté ses 80 ans en compagnie des musiciens parisiens, les 5 et 6 février dernier. Pour cet anniversaire, il a choisi de proposer le Concerto pour violon de Mendelssohn avec Gil Shaham et l’incontournable Symphonie Fantastique de Berlioz.

C’est toujours un plaisir de retrouver celui qui fut un artisan de tant émotions durant une décennie mouvementée. Mouvementé, par l’installation de l’orchestre au Théâtre Mogador pendant les travaux de rénovation de la Salle Pleyel de 2002 à 2006 ; par le concert des BBC Proms le soir du 11 septembre 2001 où il décide spontanément de jouer la Troisième Symphonie de Beethoven pour rendre hommage aux victimes de l’attentat. Ses années étaient musicalement riches de nouveaux projets : cycle Mahler dont la Huitième Symphonie jouée Bercy en mars 2008 ; sa tournée en Chine pour la première fois de l’histoire de l’orchestre en 2004 et en seconde fois en 2007 ; le cycle « Berlioz 2003 » pour le bicentenaire de la naissance du compositeur (durant lequel il enregistre la Symphonie fantastique) ; le chef a été à l’initiative de nombreux concerts de la musique d’aujourd’hui, avec des commandes passées à Pascal Dusapin, Matthias Pintscher, Kaija Saariaho, Luciano Berio, Augusta Read-Thomas, et des créations françaises d’œuvres de Ligeti, Holliger, Takemitsu, Knussen, Penderecki ; sans oublier la résidence de Marc-André Dalbavie. Révélateur de jeunes talents, il a permis au public français de découvrir les jeunes talents qui s’appellent Lang Lang, Julia Fischer, Daniel Müller-Schott, Erik Schumann, David Frey…

Violon plein d’entrain de Gil Shaham

Le partenaire de ce concert d’anniversaire, Gil Shaham nous étonne avec l’énergie juvénile. Sous ses coups d’archet vigoureux, ce Concerto de Mendelssohn, archi-connu, montre des aspects nouveaux d’un bout à l’autre, à commencer par les tempos très allants ; même le mouvement lent « Andante » est assez alerte, presque « moderato » à l’allure d’une marche. Ainsi, il dit adieu à la grandiloquence romantique dominée par du chant ample et large — un certain héritage traditionnel de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle — à laquelle nous sommes habitués sans se demander pourquoi. Il remet ainsi en question de cette habitude grâce à une lecture rafraîchissante de la partition. Son jeu, en apparence simple, est solidement appuyé sur sa virtuosité incontestée, notamment les passages rapides du troisième mouvement auxquels il confère une clarté époustouflante et ses intonations toniques. Le violoniste arbore un sourire tel un petit enfant content, visiblement heureux d’être là. Cette gaîté sincère transparaît encore davantage dans le bis, le 2e mouvement de la Gavotte op. 3 n°5 pour deux violons de Jean-Marie Leclerc, qu’il donne avec le premier violon solo de l’orchestre, Laurent Daugareil, en alternant les deux parties. En jouant avec le concertmaistre, rend-il hommage à l’orchestre pour lequel le chef a un attachement particulier ?

Une Symphonie fantastique éclatante

La deuxième partie du concert d’anniversaire est consacrée à un chef-d’œuvre de Berlioz. Sous la direction de Christoph Eschenbach, l’orchestre explore d’innombrables couleurs et caractères sonores tour à tour mystérieux, chatoyants, gracieux, apaisants, impétueux ou encore exaltés et frénétiques. Pour le troisième mouvement « Scène aux champs », le hautbois est placé dans la salle, produisant un effet d’écho, encore plus fascinant que lorsque l’instrument est dans les coulisses ; On cherche d’ailleurs d’où vient le son. Un jeune homme infatigable de 80 ans, le maestro danse sur le podium au gré des notes, donne avec force des indications aux musiciens. La partition offre certes à chaque pupitre de multiples occasions de briller, mais Eschenbach propose davantage ; leurs solos sont synonymes de la confiance mutuelle entre les instrumentistes, l’ensemble de l’orchestre et le chef, créant ainsi une joie qui se transmet de la scène à la salle. En guise de bis, l’orchestre se met à jouer une version dynamique et moderne de Joyeux anniversaire, un arrangement de Patty et Mildred Hill. Plus qu’un concert, ce fut une véritable fête !

Photos : Christoph Eschenbach ; Gil Shaham et Laurent Daugareil © Philharmonie de Paris

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Victoria Okada

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