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[Interview] Cali : « Je me suis approché plusieurs fois du Soleil, mais je ne l’ai jamais touché »

[Interview] Cali : « Je me suis approché plusieurs fois du Soleil, mais je ne l’ai jamais touché »

15 avril 2015 | PAR Bastien Stisi

Cali est désormais un homme serein. C’est en tout cas l’impression qui se dégage de l’artiste et de son L’Âge d’Or, le sixième album de sa carrière, carnet de polaroids sensibles et rassurants que le Perpignanais livre avec une sincérité toujours aussi authentique. C’est aussi l’impression qui se dégage de l’homme, rencontré dans les locaux de Sony (cet album est paru chez Columbia), plein de recul sur sa carrière et d’enthousiasme dans la voix.

L’album s’appelle L’âge d’or, mais on a l’impression qu’on aurait pu l’appeler les âges d’or…

Cali : J’suis d’accord à fond. Je vais te la voler cette expression, lorsque l’on me demandera une explication du titre…C’est exactement ça, on pourrait plutôt dire « les âges d’or »…Quelque part, l’âge d’or ça pourrait être ma famille qu’il y a sur ma pochette, ou bien un grand-parent, une époque…Ce que j’ai voulu mettre en avant c’est cette idée de printemps éternel, c’est-à-dire que ce n’était pas mieux avant. Y avait des trucs supers hier, et d’autres de moins tops. Aujourd’hui c’est pareil, sauf que ça va beaucoup plus vite. Quand il y a une saloperie ou un drame dans le monde, avec internet, tout le sait dans la seconde…On a l’impression qu’il y a beaucoup plus de choses dramatiques, mais en fait, c’est juste qu’il nous est plus donné la possibilité de voir beaucoup de choses dramatiques. L’âge d’or, pour moi, c’est de dire aux enfants « moi je me construis des souvenirs merveilleux, je me rappelle des choses et j’en fait des chansons, des tableaux. Mais vous aussi, vivez votre vie et vivez des moments merveilleux, parce que ces moments-là sont les souvenirs que vous allez vous construire. »

Quand on l’écoute, on a l’impression que c’est l’un de tes albums les plus intimistes. Mais quand tu en parles là comme ça, on se dit qu’il peut tout aussi bien parler à quelque chose de plus collectif…

Cali : Quand j’écris des chansons, à la base, c’est beaucoup sur moi. Intimiste parce que je parle de ma famille, de mes enfants, mais en même temps, je crois que beaucoup de gens peuvent s’y retrouver. Tu vois, je parle de mon institutrice par exemple, c’est celle que j’avais quand j’étais petit, mais je pense qu’une autre personne pourrait se sentir aussi concernée. On a tous un endroit, un refuge dans lequel l’on se sent bien. Moi je décris les mieux, mais j’imagine que certains peuvent y retrouver les leurs.

L’Âge d’Or, c’est aussi bien sûr une référence à Léo Ferré…

Cali : Oui, bien sûr. C’est aussi un hommage. Il y a la reprise de ce morceau qui clôt l’album, parce que justement, je trouve que ça résume tout ce que je voulais dire. Ferré est la poésie absolue. Ses textes sont souvent sombres et tristes. Et celle-là est très différente dans sa discographie : elle est porteuse d’espoirs, de rayons de soleil, qui ouvre les bras…Je voulais absolument reprendre cette chanson.

Là en te parlant, j’ai l’impression que tu as beaucoup regardé en arrière pour écrire cet album. Tu avais besoin de faire le point sur ta vie ? Comme tu le disais tout à l’heure et comme tu le conseilles à tes enfants : t’arrêter un peu, et figer certains souvenirs dans des petits tableaux ?

Cali : C’est très intéressant comme question…Je crois qu’à chaque album, je me suis rendu compte que je faisais des polaroids de ma vie. J’écris pour me faire du bien, c’est vraiment une thérapie. Ça me sauve. Quand j’ai écrit ces chansons, j’étais à Paris (j’ai joué pendant 4 mois dans une pièce de théâtre, Cowboy Mouth de Sam Shepard, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse). Ça me plaisait beaucoup, mais quand je suis à Paris, je suis très loin de ma famille. J’écrivais la journée pour aller jouer le soir. J’ai écris une soixantaine de chansons à ce moment-là, et cette démarche était vraiment là pour me permettre d’aller bien, pour me remémorer des souvenirs agréables. Tu te concentres sur un moment de ta vie qui t’as fait du bien, et ça te fait du bien, voilà. C’est parfois aussi simple que ça.

On sentait déjà ce besoin de se souvenir, sur ton dernier album Vernet les Bains qui parle énormément du village où tu as grandis…

Cali : Oui c’est vrai, c’était déjà présent. Mais sur l’album précédent, je parlais précisément de ce refuge-là, du moment où je passe le panneau qui indique l’entrée dans Vernet les Bains….Moi je considère ça comme une chance : j’ai grandi dans un village où l’on avait l’impression que l’on faisait tous partie de la même famille. Comme si on était un peu protégés du monde extérieur. Il ne se passait rien de mal. Donc je t’avoue que quand j’y reviens, ça me fait un bien fou. Cet album-là, c’est encore autre chose. Ce n’est pas vraiment de la nostalgie. C’est plutôt un message pour mes mômes, pour leur dire « construisez-vous des beaux souvenirs. »

Les femmes, par rapport à hier, jouent aussi un rôle différent dans cet album. Au lieu de cette « femme muse », celle que l’on désire tout autant que l’on déteste, on retrouve plutôt ici tes fillettes. Tu bascules presque du chasseur de femme au père protecteur…

Cali : Ouais ben je suis d’accord avec toi. Tu vois à l’époque de mon premier album (L’Amour Parfait, 2003), mon gamin avait deux ans. Il en a dix-sept aujourd’hui. C’était pour moi un moment de séparation, et ça m’avait fait du bien d’écrire ça à l’époque. Sur le deuxième album (Menteur, 2005), ma petite Coco venait de naître. Il y avait un peu de lumière, mais c’était quand même encore bien le bordel…Mais là maintenant, père de famille avec trois enfants, non pas que je vieillisse, mais je suis quand même plus équilibré. Chanter avec sa fille comme je le fais sur cet album, tu vois, c’est vraiment lui dire je t’aime pour l’éternité…

Tu voulais faire du « Lemon Incest », mais sans le côté obscène ?

Cali : Voilà oui ! (rires) On m’en a parlé de ça oui ! Mais tu sais, si tu es maçon, ton projet de vie c’est de construire une maison pour tes enfants. Ben moi je suis chanteur, alors mon projet de vie de papa, c’est lui écrire une chanson. Et lui dire « je t’aime » sur une chanson, c’est lui dire pour toujours.

Tu parlais de ta fille, Coco. Et une chanson porte le même nom. Quand on ajoute à cela la chanson « Camarade », en regardant la tracklist de l’album, on se dit : « tiens, Cali se remet à faire de la politique ». Et en fait non, pas du tout…

Cali : C’est très bien vu. Je ne parle pas directement « politique ». Sur « Camarade » en fait, le personnage dont je parle, c’est moi, étant jeune. Je me suis rendu compte qu’à vingt ans, tu gueules comme un chien foutu, tu as envie de changer le monde, tu es de toutes les manif’, des réunions au lycée…Alors je suis toujours à fond là-dedans, mais moins tu vois. C’est comme pour me mettre un coup de pied au cul. Comme pour me dire : « hey, tu ne t’endors pas, ne fais pas comme ces moutons qui suivent. » Et je dis quand même à la fin de cette chanson – parce que mon père et son père avant lui étaient des militants à fond – que j’espère que nos enfants vont continuer à gueuler après nous.

Tu as un ancêtre qui faisait partie des Brigades Internationales si je me souviens bien ?

Cali : Exactement oui. Il était au fin fond de la Calabre, et lorsqu’il recevait un message l’informant que le fascisme était dans le coin, il prenait son baluchon et il partait. Il a fait la Guerre d’Espagne en 1936, il s’est battu contre Franco, il était là en 1939…Les Brigades t’amenaient vraiment partout. Un vrai dur. C’est fou parce que la première fois que je suis allée en Italie, il y a environ 8 ans, je suis allé à Rome mais pas jusqu’à Calabre. J’ai vu en descendant sur l’autoroute, encore des statues de Mussolini…C’était dingue…

Et du coup, tu es toujours politisé ?

Cali : Je ne suis pas encarté, mais bon, j’ai soutenu Ségolène Royal, j’ai soutenu François Hollande, et aujourd’hui je ne quitte pas le navire sous prétexte qu’il tangue. Je suis toujours fier de les avoir soutenu d’ailleurs. Moi j’encourage d’ailleurs les mômes à aller s’inscrire sur les listes électorales. Qu’ils aillent voter pour qui ils veulent, mais qu’ils votent. Enfin qui tu veux…tu m’as compris hein ! En ce moment, je suis comme beaucoup de monde, je suis un peu abasourdi par toutes les affaires litigieuses qui trainent autour de certains hommes politiques…Je comprends que mes gamins me demandent « pourquoi aller s’inscrire ? »

On sait l’importance que tu accordes au live. Je suis passionné par l’utilisation que tu fais des onomatopées. C’est pour prévoir ces lives ?

Cali : Alors, non, mais par contre, dès que je termine un morceau, je me dis : « ok, celui-là c’est pour le live ! » Sur le dernier album, mon morceau « La vie quoi », qui est le morceau qui passe en radio et qui pousse un peu l’album, j’ai tout de suite pensé que ça allait être le morceau qui allait ouvrir mes concerts, pour que ce soit le bordel derrière. Ça semblait évident…Mais je me le dis après, pas avant de faire le morceau.

Après tes quatre premiers albums parus sur EMI et le dernier paru chez Wagram, tu découvres Sony avec L’Âge d’Or …sachant que EMI a été racheté depuis par Universal, on peut considérer que tu auras fait paraître un album sur les trois gros majors !

Cali : Ah oui, le grand chelem ! C’est un peu balèze ! Mais tu sais en fait c’est surtout un truc de fidélité : j’ai fait quatre albums chez EMI, et je travaille aujourd’hui chez Sony avec des personnes qui étaient là-bas à l’époque. Tu sais, ça tourne beaucoup dans ce milieu ! J’ai surtout suivi en fait un garçon qui s’appelle Emmanuel Perrot, qui était chez EMI, qui est passé chez Wagram, et qui est aujourd’hui chez Columbia Sony, où je l’ai suivis. Nos deux parcours sont vraiment liés…Quand tu vas recevoir le vrai disque gravé, tu vas voir c’est trop bien, c’est le rond de Columbia, le même que Dylan, Cohen, Springsteen…moi ça me fait rêver !

Alors, au final, c’était quand, le bonheur ?

Cali : Joli jeu de mots ! Ce qui est génial, c’est que c’est une quête. Et ce n’est pas rien de le dire. Je me suis approché plusieurs fois du Soleil, mais je ne l’ai jamais touché. Ça peut prendre tellement de forme…Tu vois, si je conduis pendant dix minutes, que j’ai ma compagne qui est à côté de moi et mes enfants derrière, je peux me dire « merde, c’est quand même génial, le bonheur ça peut être tout simple parfois ». Le symbole de la voiture qui roule vers quelque part avec la famille. Je me dis qu’avec toutes les bonnes choses qui m’arrivent dans ma vie, que ce soit d’un point de vue familial ou d’un point de vue musical, je suis quelqu’un de très chanceux.

En concert le 12 mai au Zénith de Paris.

Cali, L’Âge d’Or, 2015, Columbia / Sony, 46 min.

Visuel : © pochette de L’Âge d’Or de Cali

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

2 thoughts on “[Interview] Cali : « Je me suis approché plusieurs fois du Soleil, mais je ne l’ai jamais touché »”

Commentaire(s)

  • Tes pensées simples mais primordiales sont les mêmes que dans nous 4, famille…sociale ,contre ce que produit le fric sur l Humanité…

    octobre 4, 2015 at 14 h 37 min
  • Tes pensées simples mais primordiales sont les mêmes que dans nous 4, famille…sociale ,contre ce que produit le fric sur l Humanité…
    On habite à 50 mètres de ton concert d hier soir à LONS. En HLM Tout neuf et ta Hache d amour,ma femme elle aime. On achètera « Là, Jet d Or » ++++++++++++

    octobre 4, 2015 at 14 h 46 min

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