Classique
Avec talent, les Révélations classiques de l’ADAMI échappent au confinement

Avec talent, les Révélations classiques de l’ADAMI échappent au confinement

29 octobre 2020 | PAR Victoria Okada

Le traditionnel concert des Révélations classiques de l’Adami, habituellement présenté dans le premier trimestre de chaque année, a été reporté à la mi-octobre, échappant ainsi à une nouvelle annulation due au reconfinement commencé à la fin du même mois. Quatre chanteurs et quatre instrumentistes, tous des espoirs de demain, ont amicalement rivalisé leurs talents.

Cette année, l’accompagnement au piano a laissé la place à celui par un orchestre de chambre constitué de 22 musiciens, dont certains étaient eux-mêmes Talents Adami Révélation classique, comme Jérémy Garbarg (violoncelle, 2019), Lomic Lamouroux (basson, 2014), Philibert Perrine (hautbois, 2016) ou encore Amaury Viduvier (clarinette, 2015). C’est d’ailleurs ce dernier qui a fondé cet ensemble en réunissant des musiciens lauréats de concours internationaux (ARD Munich, Printemps de Prague, Concours Nielsen, Concours de Kobe…) et/ou appartenant à des orchestres de renom (Opéra de Paris, Orchestre philharmonique de Radio France, Orchestre de chambre de Genève…) ou encore, jouant dans des ensembles comme Ouranos ou Les Dissonances.

La mezzo-soprano Lise Nougier ouvre la soirée avec « Ah ! Que j’aime les militaires » de La Grande-Duchesse de Gérolstein d’Offenbach. Elle revient au milieu du programme avec « Nacqui all’affanno,… non più mesta » (Rossini, Cenerentola). Dans les deux airs, sa voix ouverte à une projection large, est fort agréable à écouter. Le baryton Timothée Varon fait valoir sa belle présence vocale dans « Je t’ai donné la mort » (Gluck, Iphigénie en Tauride) ainsi que dans le duo « Il core vi dono » (Mozart, Cosi fan tutte) avec Nougier où les deux timbres fusionnent harmonieusement. Forte de ses expériences scéniques, la soprano Marianne Croux est souveraine et lumineuse dans les deux airs très différents, par son expression et son autorité vocale inée : « Stridono lassù » (Leoncavallo, Pagliacci) et « Suis-je gentille ainsi… » (Massenet, Manon). La voix de ténor solaire et ruisselante de Sahy Ratia fascine immédiatement. Dans La Danza de Rossini, son extraordinaire joie de chanter est plus que palpable, entraînant toute la salle dans cette tarentelle endiablée.

Les instrumentistes sont tout aussi brillants que les chanteurs. Le violoncelliste Raphaël Jouan, expressif aussi bien en solo (Rhapsodie hongroise op. 68 de Popper) qu’en musique de chambre (« Pantoum » du Trio de Ravel), n’oublie pas sa virtuosité prodigieuse. Rodolphe Menguy (lire notre interview) fait preuve d’un dynamisme et d’une fraîcheur dans le Concerto pour piano n° 1 de Beethoven, alors qu’Alexandre Pascal explore le caractère libre de Nigun « Improvisation » de Bloch à travers une sonorité riche à timbres colorés. Les trois musiciens font montre de leur excellence dans la musique de chambre avec Ravel, à travers une complicité réciproque évidente qui n’a rien à envier à une formation chevronnée. Le dernier instrumentiste à se présenter, Rafael Angster est bassoniste. Si cet instrument d’harmonie joue un rôle clé dans l’orchestre, il est assez rare de l’entendre en solo. Il comble cette lacune avec une magistrale interprétation de l’Andante et rondo hongrois de Weber, faisant démonstration de toutes les possibilités technique et musicale en grand maître.

Comme à l’accoutumée, le programme montre une grande cohérence et des enchaînements naturels entre les pièces sont intelligemment pensés. L’ensemble orchestral permet aux solistes instrumentaux de jouer des œuvres concertantes et aux chanteurs de se placer dans un contexte plus opératique, offrant une perspective exaltante pour les jeunes musiciens.

Photos © Quentin Chevrier – Adami

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