Opéra
Il Nerone, une version intimiste de L’Incoronazione di Poppea au Théâtre de l’Athénée

Il Nerone, une version intimiste de L’Incoronazione di Poppea au Théâtre de l’Athénée

07 mars 2022 | PAR Victoria Okada

Vincent Dumestre et Alain Françon proposent une version de L’Incoronazione di Poppea qui se veut plus fidèle à la vision de Monteverdi. Pour marquer ce parti pris, le titre d’origine Il Nerone est favorisé car l’œuvre s’intitulé ainsi à l’origine. La représentation se fait dans une mise en scène « sans machine » et un ensemble chambriste remplace un orchestre habituellement plus étoffé. Les chanteurs, dont la plupart en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris, déploient de belles prouesses vocales et scéniques.

Une parfaite adéquation entre la fosse et la scène

 

Quel plaisir s’assister à un spectacle où règne une parfaite adéquation entre la fosse et la scène ! Partant du fait qu’Il Nerone fut représenté dans un petit théâtre sans machine lors de sa création, l’orchestre et la mise en scène s’y alignent pour une version intimiste.
Pour la musique, Vincent Dumestre a choisi un ensemble réduit à 8 musiciens, exclusivement de cordes (et clavecin). La réalisation est telle que nous sommes constamment étonnés d’entendre à quel point la partie instrumentale suit la prosodie italienne. C’est une véritable déclamation accompagnée ! Outre l’instrumentarium, La sonorité de l’ensemble de cordes donne, sous la direction avisée de Vincent Dumestre, un autre éclairage sur cette musique qu’on a toujours connue plus colorée avec d’autres familles d’instruments. Le chef a également choisi que l’œuvre se terminait avec un chœur final suivant la coutume de l’époque et non par le duo Pur ti miro qui s’est imposé par la suite. Ce choix est également appuyé sur les sources premières. Il restitue également la scène 6 de l’acte II qui a disparu par la suite.
Pour la mise en scène, Alain Françon joue avec un rideau doré qui marque le changement de scène peuplé de très peu d’accessoires. L’atmosphère est volontairement minimaliste pour donner tout le pouvoir à la parole — souligné par la musique comme nous l’avons vu plus haut. Les divinités et les humains se distinguent par les costumes de Marie La Rocca et les maquillages de Cécile Kretschmar (les premières ont chacune leur couleur symbolique : Amor le rose, Virtu le blanc, Fortuna l’or) ; quant aux humains, le mélange d’habits ou de robe avec des drapés antiquisants permet de situer ce conte entre la légende et le réel, en l’occurrence notre monde actuel dans lequel le pouvoir continue de jouer sur l’amour et vice versa. De concert avec les belles lumières (Jean-Pascal Pracht), la scénographie (Jacques Gabel) met en valeur les sentiments des personnages dans leur plus profonde intimité, ce qui rend ce spectacle original et unique.

Les jeunes chanteurs en troupe

 

Les jeunes chanteurs en troupe participent avec grand soin à la concrétisation de cette conception scénique et musicale. Fernando Escalona est un Néron saisissant tant pour sa voix de soprano que pour ses gestes doux-violents. Il a ces regards qui expriment autant que sa voix en clair-obscur. À ses côtés, Marine Chagnon incarne une Poppée amoureuse mais avide du pouvoir, en faisant cohabiter la tendresse brûlante pour le trône et pour Néron, et la froideur dévorante dans son calcul. Alejandro Balinas Vieites prête sa voix de basse à la fois sobre, dense et puissante à Sénèque, insufflant au personnage toute la noblesse. Martina Russomanno (Fortuna et Drusilla) est aérienne, la clarté de sa diction et le timbre lumineux vont de pair dans le plaisir de l’écouter. Lucie Peyramaure campe une Octavie émouvante et digne dans la disgrâce.
Leo Fernique assume pleinement le rôle comique d’Arnalta. Son aisance dans le jeu de comédien est confondante, d’autant que sa prestation vocale est de haute volée dans tous les registres, notamment dans le bon rythme. Kseniia Proshina, déjà présente dans les représentations du Viol de Lucrèce de Britten par l’Académie de l’Opéra de Paris au Théâtre des Bouffes du nord en mai 2021, est Amour qui, presque muet, veille les amants ; en Valletto, la richesse du timbre compense quelque maladresse. La mezzo soprano Lise Nougier est touchante en Vertu et Nourrice, même si sa déclamation manque de précision, de même que Leopold Gilloots-Laforge en Ottone malgré une belle couleur dans sa voix.
Yiorgo Ioannou, Thomas Ricard et surtout Leo Vermot Desroches complètent la distribution avec beauté.

L’interprétation de ces jeunes chanteurs nous procure autant de plaisir que l’orchestre et la mise en scène. Le soin et l’énergie qu’ils apportent à cette histoire du pouvoir et d’amour, font de nos soirées beaucoup plus réjouissantes qu’un certain pouvoir qui provoque réellement de véritables exiles.  

photos © Vincent Lappartient – Studio J’adore ce que vous faites!

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