Opéra
La Cenerentola à Garnier, une belle distribution et une grise mise en scène

La Cenerentola à Garnier, une belle distribution et une grise mise en scène

12 septembre 2022 | PAR Victoria Okada

La salle du Palais Garnier était complète pour la reprise de La Cenerentola de Rossini. La soirée de la première était musicalement plaisante grâce à une belle distribution, sous la direction de Diego Matheuz, qui fait ses débuts à l’opéra de Paris. En revanche, la mise en scène de Guillaume Gallienne enlève cruellement le plaisir avec son statisme et les décors d’Éric Ruf tristement gris et rouge-rouille n’aident pas.

C’est en 2017 que Guillaume Gallienne a abordé pour la première fois la mise en scène d’opéra. À l’époque, sa production était déjà critiquée. Nous ne pouvons que déplorer, hélas, encore la même déception. Car Cendrillon, c’est un conte qui fait rêver. C’est une transformation de la misère en une vie de princesse. Ce sont des joyeusetés rossiniennes, avec des quiproquos et des effets comiques, certes encadrés, mais terriblement efficaces.

La mise en scène du sociétaire de la Comédie-Française ne propose rien de tout cela. Le palais délabré de Don Magnifico ressemble à un bâtiment minable des bas-fonds, quand bien même l’on sait que le beau-père d’Angelina est ruiné. Le prince arrive, déguisé, avec une attelle. Une attelle ? Soit, c’est un déguisement. Mais quand il reprend l’habit de son rang, il a toujours son éclisse. Ce n’était donc pas un déguisement ?
Le palais de Don Ramiro, qui doit être resplendissant, ne l’est point. Le bal — a-t-on assisté à un bal ? — se déroule sur les laves refroidies du Vésuve (ou de je ne sais quel volcan) avec des trous irréguliers qui ne facilitent pas les déplacements, surtout pour les femmes aux escarpins à talon ! Le metteur en scène a voulu que notre héroïne soit une fille du volcan vivant à Naples…

Les deux sœurs méchantes, avec leurs jupes banales, ne semblent pas aussi méchantes. Et d’une manière générale, la caractérisation attendue de chaque personnage est quasi inexistante… de même que la direction des chanteurs qui chantent invariablement face au public, dans un statisme déconcertant. Quelques mouvements viennent briser la platitude, mais ils sont largement insuffisants pour accompagner le rythme de la musique propre à Rossini, surtout lorsque la partition s’arrête pour un effet de surprise suivi d’un quatuor, d’un quintette ou d’un sextuor vocal qui va de crescendo en crescendo à la fin d’une scène. En bref, Rossini est mal servi.

Heureusement, le beau plateau vocal nous réconforte. À commencer par Gaëlle Arquez dans le rôle-titre qui déploie de manière constante sa voix charnue aussi bien dans le médium que par ses très beaux aigus. Dmitry Korchak en Don Ramiro se distingue également par les magnifiques aigus souples, ouverts et sonores, mais c’est Vito Priante, en Dandini, qui vole la vedette chez les messieurs par un chant empli d’autorité. Martina Russomanno (Clorinda) et Marine Chagnon (Tisbe) sont deux excellentes  sœurs : la soprano italienne chante avec beaucoup d’assurance, quoique la voix soit parfois un peu serrée, alors que la mezzo-soprano française profite de son timbre chaud dans chacune de ses interventions. Carlo Lepore n’a aucun secret pour le rôle de Don Magnifico et s’impose le caractère du personnage même dans cette mise en scène… sans caractère (mais pourquoi diable, encore une fois, est-il habillé misérablement pour se présenter au bal du prince ?). Luca Pisaroni est, dans la première partie, à l’image d’un Alidoro sage et porteur d’espoir, mais dans la seconde partie, il manque d’accroche et le personnage perd quelque peu son éclat.

Diego Matheuz dirige prudemment l’Orchestre de l’Opéra de Paris en cette soirée de première. Un certain nombre de décalages entre le plateau et la fosse sont nettement perceptibles, mais il les rattrape vite ; il semble avoir choisi le tempo avant tout pour le confort des chanteurs, créant ainsi une unité avec ceux-ci, mais sur des moments ralentissant le rythme. Le chœur complète favorablement le beau tableau musical. Il est d’autant plus regrettable de ne pas pouvoir apprécier la musique qui, elle, bien servie, sur des scènes visuellement adéquates.

Jusqu’au 9 octobre, au Palais Garnier.

Visuels © Julien Benhamou

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