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Moments célestes lors du live de Yebba au Electric Lady

Moments célestes lors du live de Yebba au Electric Lady

04 février 2022 | PAR Chloe Boyer

Ce 27 janvier 2022, la jeune étoile Yebba dévoilait les enregistrements studio inédits de son premier album Dawn, qui fut, pour beaucoup d’américains, la révélation 2021.

Originaire du West Memphis, en Arkansas, Yebba, Abigail Elizabeth Smith de son vrai nom, a marqué la scène musicale en 2021. Les espoirs placés en elle par les adeptes de la néo-soul et du néo-jazz sont récompensés avec la sortie Live at Electric Lady, la version live studio de Dawn, paru à l’automne 2021. Retour sur un personnage qui impose le respect.

Des débuts scintillants

Repérée en tant que choriste du rappeur américain Chance the rapper lors de sa performance sur « Same Drugs » au Saturday Night Life en 2016, Yebba impressionne très vite. Pourtant, après quelques singles remarqués, dont le soulful « Evergeen » en 2017, Yebba a décidé de faire une pause. En 2019, on a tout de même eu un passage par le Grammy Awards de la « meilleure performance traditionnelle R&B » pour la reprise de « How Deep is Your Love » des Bee Gees, en collaboration avec PJ Morton. Il y a eu d’autres featurings, avec Ed Sheeran notamment, sur « Best Part of Me » ou « Don’t Leave Me Lonely » avec Mark Ronson.

Ce n’est donc qu’en septembre 2021 qu’elle sort Dawn, son premier album, plein d’une mélancolie qui perle en fines gouttes sur la mélodie. Avec des lyrics hantés par le suicide de sa mère, Yebba relâche la douleur à coups de vibratos, tantôt en retenant sa puissance, tantôt en la laissant jaillir dans le refrain, comme dans « Distance ». Adepte des morceaux planants et poétiques qui nous dépeignent les beautés d’un ciel d’automne (« October Sky ») ou la couleur de ses sentiments (« paranoïa Purple »), Yebba avait convaincu toute l’Amérique avec ce premier saut. Elle avait même pu faire appel au grand A$AP Rocky sur « Far Away », une prouesse quand on connaît la notoriété de ce dernier. La reconnaissance n’a pas tardé, l’illustre « Yebba’s Heartbreak », morceau que Drake lui a réservé sur son dernier album Certified Lover Boy paru en septembre 2021. Pas de doute, être validée puis valorisée par Drake, c’est se voir propulsée dans le grand bain.

La version live d’une envolée céleste

En collaboration avec Spotify et avec les célèbres studios « Electric Lady » fondés par Jimi Hendrix en 1968 à New York, Yebba suit la tendance des enregistrements studio initiée par des artistes comme Patti Smith ou Jon Batiste. Cet EP reprend les chansons titrées de Dawn pour en faire une petite collection de puissants enregistrements live. Réimaginé, produit et arrangé par James Francies, le chef d’orchestre et producteur de Yebba, il donne des frissons. En 5 morceaux directs et bruts, Yebba nous transporte très loin, là-haut, dans des aigus inatteignables et envoûtants. Mention spéciale pour « The Age of Worry », le morceau le plus remarqué de l’EP. Et pour cause, il s’agit d’une reprise du morceau éponyme de John Mayer, présent sur l’album Born and Raised (2012). Pour une réussite, c’en est une, puisque John Mayer a réagi en exprimant son émotion face à cet hommage « à couper le souffle ».

Décor sobre, néons bleus plongeant la pièce dans l’obscurité, musiciens détendus… Ça ressemble à s’y méprendre à un studio amateur, lors d’une soirée ordinaire. Et pourtant… Cette ambiance intimiste était voulue par l’équipe qui se retrouvait au complet pour la première fois depuis la sortie de Dawn. « Retrouver ces sentiments éprouvés lors des enregistrements de ces dernières années » était le besoin du groupe, confie James Francies. On retrouve des musiciens talentueux tels que Pino Palladino à la basse ou Questlove aux drums, qui ont su lui laisser l’espace nécessaire pour libérer son coffre vocal ; on pense notamment à Pino Palladino à la basse et à Questlove aux drums sur « The Age of Worry » ou au guitariste Charles Myers sur « October Sky ». Dans ce décor familier, Yebba repousse les limites de la voix, sans aucun effort ; du moins en apparence. Avec sa simplicité, les mélodies semblent si aisées, presque abordables ; on aimerait tous la joindre pour une symphonie grandiose.

Un live de Yebba, c’est toujours une version inédite, surprenante et magnifiée du morceau original, à l’instar de la prestation live de « Boomerang », en octobre 2021. Cette fois, c’est « Louie Bag » qui se démarque avec une version épurée et encore plus originale. Si la liberté de création se ressent déjà dans les albums studio, les live lui permettent de se lâcher tout à fait et de jouer avec les notes, à l’aise comme elle est sur toutes les tonalités grâce à sa voix de soprano. Chez Electric Lady, l’épatant « Paranoïa Purple » est interprété avec brillot : elle y chante des bribes de phrases pendant près de 3 min, tenant la distance des secondes entières… Une véritable envolée céleste, qui fait monter le niveau d’encore un cran.

© Pochette de l’EP Live at Electric Lady (janvier 2022)

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