Musique
Les voix féminines de la néo-soul à la conquête des nostalgiques du R’N’B

Les voix féminines de la néo-soul à la conquête des nostalgiques du R’N’B

31 décembre 2021 | PAR Chloe Boyer

Les fans de R’N’B, de soul ou de quiet storm en quête de nouveauté trouvent aujourd’hui leur bonheur avec les voix profondes et pures des chanteuses néo-soul version XXIème siècle. Anglophones, jeunes et ambitieuses, elles portent fièrement ces sonorités aux influences culturelles multiples.

La continuité d’un genre héritier de la soul et du jazz

Mouvement musical né dans les années 1990, la neo-soul mêle soul, hip-hop, jazz, funk, et house music. Marvin Gaye, Ottis Reading ou Aretha Franklin sont les références de cette soul moderne créée par Kedar Massengur dans les studios Motown. Le genre fait ses premières apparitions en la personne de Sade Adu, premier coup de cœur des nostalgiques de la soul. Puis, porté par des icônes telles que Lauryn Hill avec son très célèbre « Doo Wop » (1998) ou Maxwell et son « Ascension – Don’t Ever Wonder » (1996), il s’impose définitivement à la fin des années 1990. Dès ses débuts, il mise sur l’intensité musicale et la transmission d’émotions grâce à des voix pures et des instruments aussi variés que le piano électrique, la basse, la boîte à rythme et la guitare électrique.

On retrouve ces vibrations chez D’Angelo, dont l’album Voodoo a marqué le passage à l’an 2000, avec pas moins de 2 Grammy Awards empochés et 4 nominations aux MTV Awards pour le clip-vidéo de « Untilted », hommage au roi de la pop, Prince, et à celui du rock psychédélique, Jimi Hendrix. Surfer sur les nouvelles tendances musicales en s’inspirant de l’héritage du XXème siècle, c’est ce qu’a su faire Erykah Badu, de l’énorme succès de Baduizm en 1997, son 1er album qui a raflé quatre récompenses aux Soul Train Awards, à New Amerykah en 2008, initiateur de la nouvelle vague neo-soul.

La neo-soul ou l’art de rassembler

1er courant musical à l’aube du XXIème siècle, les lyrics recherchés et les prouesses vocales qui le caractérisent n’ont pas perdu de leur saveur. Des odes à l’amour de John Legend aux leçons de woman empowerement d’Alicia Keys, les thématiques de la passion, de l’introspection et des maux de cœur restent la recette miracle.

En tissant des liens entre des genres toujours plus divers, la neo-soul a conquis le public contemporain. Se réinventer pour ne jamais s’essouffler semble être la devise des artistes qui ont emprunté la voie de ces mélodies suaves, groove et pop. Récemment, ce sont des artistes féminines à la voix tantôt cristalline, tantôt rauque, mais toujours puissante, qui captent l’attention de l’auditoire. Parce que ce genre indémodable est aujourd’hui porté par des centaines d’artistes, un focus s’impose. Place à 3 talents incontournables de la scène neo-soul moderne.

3 talents pour représenter un courant

Solange, de son vrai nom Solange Pianet Knowles, est une artiste américaine aux multiples talents: danseuse, auteur-compositeur, modèle, actrice… Née en 1986 dans une famille à qui le succès sourit, elle est la sœur de Beyoncé Knowles. Après une enfance sur un fond sonore soul et jazzy, elle monte sur scène pour la première fois en occupant un poste vacant lors d’une tournée des Destiny Child. Lancée très jeune dans le milieu, c’est à l’âge de 16 ans qu’elle enregistre son premier album, Solo Star (2002). Avec son troisième album True, en 2012, elle s’affirme dans un style classique, entre jazz et ballet, qui ne l’empêche pas de rejoindre la grande famille neo-soul avec A seat at the table en 2016, un album mélancolique ponctué par des featurings originaux, notamment « Mad » avec le rappeur Lil Wayne. Son dernier album, When I get Home (2019) n’a pas eu besoin de feats pour marquer les esprits, fort de mélodies toujours plus innovantes, l’illustre le morceau « Stay Flo ». Pas besoin de publicité non plus pour Solange qui, très vite, va se faire discrète, laissant la lumière des projecteurs à sa sœur. Le flow limpide et la voix soul nous emmènent très hauts, dans les aigus, sans jamais nous perdre.

Cleo Sol aka Cleopatra Nikolic, fille d’une chanteuse serbo-croate et d’un bassiste jamaïquain semblait elle aussi prédestinée à monter sur scène. Ce précieux mélange d’influences forge cette artiste précoce qui poste ses premiers titres sur MySpace à 14 ans. Destinée à une carrière commerciale lorsqu’elle signe en 2012 chez Davinche, producteur de grime londonien, elle change radicalement de cap en faisant la rencontre du producteur Inflo, artisan derrière le succès de Michael Kiwanuka et de The Kooks. Il va épauler Cleo dans sa quête de la mélodie parfaite, sans jamais se faire pressant durant les 5 années de pause de la chanteuse. En effet, ce n’est qu’en 2017 qu’elle refait surface avec le délicieux « Why Don’t You ». Encouragée par Inflo, elle accepte un premier feat, « Selfish », avec la rappeuse londonienne Little Simz sur l’album Grey Area (2019). Ce projet fait l’unanimité et pousse les deux jeunes femmes à renouveler l’expérience avec le morceau « Woman » sur Sometimes I Might Be Introvert de Little Simz (2021). De son côté, Cleo a trouvé sa voie en offrant des morceaux intimistes très soul-jazz sur les deux superbes albums Rose in the Dark en 2019 et Mother en 2021. On y déguste le fruit de sa réflexion artistique, longuement mûri et superbement servi.

Céleste Epiphany Waite est notre découverte de l’année. Née en 1994 en Californie, c’est une chanteuse neo-soul britannique qui emprunte autant au jazz qu’au R&B. Sans avoir sorti un seul album, elle remportait en 2019 un Brit Award et un BBC Music Award, avant d’être nommée « artiste de percée » dans le sondage annuel de la BBC en 2020. Il faut dire que Céleste a fait monter l’attente avec la très prometteuse Compilation 1.1 (2019) portée par les morceaux « Father’s Son » et « Both Sides of the Moon ». On retrouve ces morceaux dans son premier album studio, Not Your Muse, sorti cette année. Composé de deux disques épatants de profondeur et de maturité vocale, il a directement fait son entrée à la première place du UK Albums Chart. D’Ella Fitzgerald à Janis Joplin, son répertoire a façonné sa voix magnifiquement éraillée, sublimée dans le morceau « Strange ». Ce dernier album la consacre en espoir de la scène neo-soul moderne, un titre mérité pour cette virtuose au timbre envoûtant.

Si vous n’êtes pas encore convaincu par l’aimant à talents qu’est la neo-soul moderne, laissez sa chance aux 5 derniers morceaux de la playlist de la rédaction pour surprendre vos oreilles exigeantes. Frissons garantis.

 

Visuel de mise en avant : © Pochette de l’EP Lately Céleste – Céleste (2019) 

Visuel 2 : © Pochette d’album A seat at the table – Solange (2016) 

Visuel 3 : © Pochette d’album Mother – Cleo Sol (2021)

Visuel 4 : © Pochette de l’EP Compilations 1.1 – Céleste (2019) 

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Chloe Boyer

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