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Le renouveau de Carnavalet

Le renouveau de Carnavalet

24 juin 2021 | PAR Franck Jacquet

Avec le début du déconfinement de la vie culturelle, le musée Carnavalet se dévoile ces jours-ci en vue de sa réouverture de printemps. Longtemps fermé, le lieu dédié à la capitale a pour ambition d’incarner pour les étrangers notamment l’histoire de Paris (et des parisiens). Un pari multiple à la fois esthétique, pédagogique et muséographique parfois difficile à tenir ?

 

Avis de la rédaction : 3/5

 

 

Soin visuel et publics variés

Incontestablement, les deux hôtels (un hôtel particulier et des bâtiments annexes qui furent ajoutés au fur et à mesure de l’accroissement des salles) sont particulièrement bien restaurés et plutôt que de gommer l’histoire du lieu, ses différentes mues sont conservées comme pour éviter une fausse gangue détachée de son propre cheminement (ce qu’on pourrait penser à propos de la Bourse ?). Lorsque les salles ont été malmenées, comme les salons modernes des étages décorés de laque ou la bijouterie art nouveau, elles ont été restituées au public. Le passage de Mucha à Paris et l’entièreté de la pièce de la Belle Epoque sont ainsi somptueux. Il en va de même pour l’escalier à fresque du XVIIe siècle dont le trompe l’œil, rappelant rapidement celui de Jaquemart André, donne un vrai plaisir. On peut enchaîner avec la cour et le haut-relief de l’entrée royale, l’accrochage de peintures de la Belle Epoque qui est jonché comme l’était la galerie Durand-Ruelle… Mais lorsque l’histoire des salles « parlent », l’équipe de conservateurs a préféré rappeler certaines étapes d’une muséographie désormais objet d’histoire : le rez-de-chaussée et le sous-sol, consacrés aux temps anciens et médiévaux essentiellement, ont largement été pensés ainsi. Enfin, on n’oubliera pas l’immense richesse de la partie révolutionnaire de l’histoire parisienne, très riche, à l’accrochage un peu poussiéreux malgré tout…

Les temps forts sont donc nombreux et le musée s’adresse pour les grandes étapes de l’histoire de la ville autant au jeune public (écrans tactiles, œuvres à portée de regard des enfants et adolescents, cartels dédiés…) qu’aux étrangers venus voir la Ville Lumière. En plein Marais, la Belle Epoque et la Révolution ont ainsi la part belle ; Marie-Antoinette est toujours présente ainsi que quelques pièces emblématiques du Paris hugolien que le public américain ou asiatique affectionne. La beauté des volumes et la fluidité du parcours chronologique est un atout pour aider à se repérer pour ces publics qui sont, on le sait, destinés à devenir rapidement majoritaires. Surtout, on peut penser que cette chronologie rigoureuse était nécessaire pour rappeler aux quidams attirés par le Marais internationalisé et hyper-lieu de la mondialisation, qu’on raconte ici l’histoire de Paris.

 

Cachez ce roman national que je ne saurais voir…

Sauf que le pari est difficile à tenir de faire l’histoire parisienne sans faire l’histoire de France, voire son roman… Et parfois on y tombe. Subrepticement. Ce n’est pas gênant mais cela semble non assumé. On passe ainsi par un long passage sur les racines de la Paris catholique avec Sainte-Geneviève, immanquable en début de visite. Sans reprendre tout le parcours, à partir de la période moderne, la chronologie est autant celle de Paris que celle de la France. Cela peut paraître logique, mais la spécificité parisienne tant créative qu’événementielle est laissée de côté. L’historien rigoureux sera surpris de voir que dans le cadre de l’installation de la IIe République (on passe ici sur la polémique des chiffres romains), les journées de juin sont plus importantes que l’Illusion lyrique… Quoiqu’il en soit, c’est un peu un déroulé (à la Lavisse, à la Michelet, à la Malet et Isaac ? On pourrait en débattre) téléologique qui nous est présenté, Paris étant la synecdoque de la France à n’en pas douter… De la même manière, le choix des écrans et des appuis numériques pédagogiques est d’évidence très bien mis en place. Les extraits des interviews sont parfois exigeants, précis et peuvent laisser certains publics de côté, mais on y trouvera une richesse scientifique évidente qui de ce fait met de côté l’expérience que les musées de capitales anglo-saxonnes mettent aujourd’hui en avant, mais qui réhausse l’offre de visite. Le parcours en est vivement enrichi, espérons que le visiteur – connaisseur s’y laissera tenter. Somme-toute, le parti-pris sans risque des parcours saura sans doute laisser à bas-bruit la dimension « roman national » et ne pas désarçonner un public parisien (mais viendra-t-il en nombre, à côté des étrangers et des scolaires) souvent critique de ces dispositifs innovants.

 

Un programme digne d’une reprise en fanfare ?

On l’aura compris, Carnavalet ne mise pas essentiellement sur les expositions temporaires et se suffit par la richesse des collections permanentes pour ses « cibles » premières. Mais l’équipe dirigeante a visé une programmation riche sous le très heureux slogan « La vie parisienne est de retour, son musée aussi ». Très bientôt, une exposition dédiée à Proust se déroulera pour célébrer l’anniversaire de l’Œuvre. On peut déjà, au détour d’une salle, se plonger dans une reconstitution de sa chambre avec quelques objets personnels recueillis par son frère et conservés par quelque heureux hasard. Tout amoureux de Proust, alors que le sentiment est ravivé par les « dernières pages » recueillies et récemment publiées, ne pourra qu’attendre avec impatience : Valérie Guillaume et son équipe ont su créer une attente à propos de la réouverture du lieu, le moins qu’on puisse dire est qu’ici aussi l’attente est réelle.  

Les événements prévus ne manquent pas : Cartier-Bresson précède déjà cet été Proust avec « Revoir Paris », parcours qui devra lui aussi trouver sa place dans une ville capitale où le maître de la photographie du XXe siècle est déjà omniprésent depuis quelques saisons dans les programmations de diverses institutions. N’oublions pas que les journées du patrimoine sont déjà annoncées… Bref, le musée Carnavalet veut jouer plusieurs atouts, il gagnera aisément les jeunes et les visiteurs étrangers, mais devra batailler dans le brouhaha de la reprise de l’automne !  

 

 

Informations :

Musée Carnavalet

23 rue de Sévigné

75003 Paris

Tél : 01 44 59 58 58

 

TRANSPORTS

Métro : ligne 1 : Arrêt Saint-Paul / ligne 5 : Arrêt Bréguet Sabin / ligne 7 : Arrêt Pont-Marie / ligne 8 : Arrêt Chemin Vert

Bus : lignes 96 (Place des Vosges), 91 (Saint-Gilles  – Chemin Vert), 29 (Place des Vosges), 69 (Saint-Paul), 76 (Saint-Paul)

 

HORAIRES : ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h – Fermeture des caisses de billetterie à 17h15, 17h55 pour les comptoirs de vente – Fermeture des salles à 17h45 // Jours fériés : le musée est fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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