Opéra
La jeunesse des quartiers sur la scène de l’Opéra à Nantes

La jeunesse des quartiers sur la scène de l’Opéra à Nantes

24 juin 2021 | PAR Gilles Charlassier

L’Angers Nantes Opéra referme sa saison avec Les sauvages, un projet original d’action culturelle initié par la Compagnie Frasques, qui, grâce au soutien pédagogique et à la collaboration active de l’institution ligérienne, a abouti à un spectacle qui s’inscrit pleinement dans la programmation du Théâtre Graslin.

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Si les institutions culturelles se doivent de proposer des actions pour atteindre des publics dits empêchés ou éloignés, en particulier à destination des scolaires et d’établissements en zone prioritaire, la plupart de ces programmes restent en marge des saisons des salles de spectacle. En inscrivant dans sa saison la création de Guillaume Hazebrouck et Guillaume Lavenant, Les sauvages, portée par la Compagnie Frasques, Alain Surrans, le directeur de l’Angers Nantes Opéra, a voulu donner à un projet social et pédagogique la même légitimité artistique que le reste de la programmation plus « traditionnelle ». C’est ainsi que les moyens de la maison nantaise ont été mis à disposition du collectif, qui non seulement a permis à des élèves de deux établissements scolaires situés en zone dite « défavorisée, autrement dit les « quartiers » – l’école élémentaire Dervallières-Chézine et le collège Rosa Parks – de se familiariser avec un univers qui leur était inconnu et leur paraissait inaccessible, par le biais de visites et de rencontres, mais aussi, après un travail de répétitions et d’ateliers à fois en classe et dans les locaux du Théâtre Graslin, de participer activement à la création, sur la scène de l’opéra, d’un spectacle s’inspirant de leur environnement quotidien.

Ecrit par Guillaume Lavenant, le livret décrit les conséquences de l’irruption dans la cité d’une femme mystérieuse, surnommée la « Sauvage », qui va bousculer autant les rapports de force entre les bandes, que celui avec les autorités, policières et politiques, et in fine certaines destinées. Dessinée par Guillaume Carreau, la scénographie du pan de terrain vague herbeux sur fond de tours se fait le terrain de ces affrontements et récupérations politiciennes. Elaborée avec Tangi Le Bigot, la vidéo participe des effets de fantastique brouillant les frontières et les clivages, corroborés par les lumières évocatrices de Nathalie Perrier, reconstituant un climat de jungle urbain qui ne saurait se résumer à sa violence apparente. De même, la saturation des couleurs aux allures de campagne publicitaire de l’inauguration municipale d’une requalification de cet espace jugé en crise contraste avec la déshérence vespérale des scènes précédentes.

L’éclectisme assumé de la partition de Guillaume Hazebrouck mêle les accents du slam, portés entre autres par le maire de Nina Kibuanda, avec des phrasés plus lyriques, dévolus à la Leïla de Marie-Bénédicte Souquet et à la Sauvage ample et farouche de Laurène Pierre-Magnani, tandis que des sections bruitistes intègrent des sons de la rue, scooter, canette ou rumeurs d’émeutes. Si l’ensemble, mis en cohérence par la direction de Rémi Durupt, à la tête du Frasques Ensemble où la beatbox de Julien Stella rejoint un effectif de cordes et percussions plus classique, accompagne efficacement la narration, on retiendra plus particulièrement le travail choral où les membres du Choeur d’Angers Nantes Opéra contribuent à une belle émulation auprès des chorales des deux établissements participant à ce projet singulier. Plus que dans la restitution imaginaire d’une réalité sociale et culturelle, c’est dans cette inscription d’une pratique éducative au cœur même d’un accomplissement artistique que réside la valeur émancipatrice de ces Sauvages.

Gilles Charlassier

Les sauvages, Guillaume Hazebrouck et Guillaume Lavenant, mise en scène : Guillaume Gateau Angers Nantes Opéra, Théâtre Graslin, Nantes, du 23 au 25 juin 2021.

©Jean-Marie Jagu

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