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Almodovar et les femmes

Almodovar et les femmes

07 mars 2012 | PAR Melanie Bonvard

Loin des clichés de la femme objet de désir et second rôle, Pedro Almodovar, cinéaste phare de la Movida, manifeste une véritable passion pour la gent féminine. A l’inverse d’un point de vue misogyne et intolérable, comme Truffaut qui fut (naïvement) considéré comme féministe à la sortie de Jules et Jim, Almodovar serait-il partisan du mouvement? Avant les jugements précipités, mieux vaut faire la part des choses.

Fascination pour la femme… Et complexe d’Oedipe ?

Sous tous les angles, Almodovar met les femmes sur un piédestal. Sublimées, mises au premier plan, idolâtrées… Comme dans La Piel que Habito, où la femme est véritablement œuvre d’art. Mais c’est surtout avec Tout sur ma Mère qu’on remarque l’omniprésence importante de la femme dans l’art et la vie du réalisateur. Manuela, mère qui vient de perdre son fils, part à la recherche du père de l’enfant défunt. Alors qu’elle recherche tout ce qu’il reste de son fils et ayant besoin de soutien, Manuela va s’avérer une femme assistante, amie, confidente, sœur et mère adoptive. La femme, selon Almodovar, s’en tient à cela: un individu hyper actif, aimant et altruiste. Même après avoir perdu sa progéniture, les instincts maternels de Manuela reviennent au galop. Le réalisateur semble alors être fasciné par la nature de la femme: l’instinct affectif et maternel. Dans Tout sur ma mère le personnage principal semble ne pas pouvoir/vouloir se détacher de ces responsabilités, bien que son fils soit du commun des mortels. Parlera-t-on alors d’un complexe d’œdipe de la part du réalisateur ? Almodovar dédie son film et affirme: « A Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneidner… A toutes les actrices qui ont interprété des actrices, à toutes les femmes qui jouent et se transforment en hommes, à toutes les personnes qui veulent être mères. A ma mère. » Le cinéaste espagnol, vraisemblablement, voue un amour incommensurable aux mamans. A croire que le réalisateur rêve d’être mère lui même et qu’il en rejetterait presque son identité et rôle en tant qu’ homme…

Solidarité féminine… et hommes dangereux

Mais sa vision de la femme et de son comportement de façon sociale ne serait-il pas poussé à l’extrême? Almodovar est un homme mais semble aimer les femmes jusqu’à détester les hommes. Paradoxe et invraisemblance qu’il montre quand on regarde la manière dont, encore une fois, dans Tout sur ma mère les femmes s’entraident et se soutiennent dans les moments délicats. Excluant l’aide masculine, Manuela aide Rosa (Pénélope Cruz) à gérer la grossesse qu’elle subit manifestement, puisqu’elle est bonne sœur. Volver, datant de 2006, exclue les hommes et va plus loin en les montrant aux spectateurs comme des individus dangereux et pervers. Raimunda, mariée à Paco et mère (évidemment) de Paula se débarrasse du corps de son mari car sa fille l’a tué, ce dernier ayant tenter d’abuser d’elle. La solidarité féminine se dévoile si soudée qu’elle est complice de meurtre mais dans la légitime défense, selon Pedro Almodovar, car les hommes sont véritablement dangereux. L’homme cinéaste, amoureux des femmes, blâme les hommes désireux des femmes. C’est à cause de cette extrême solidarité qu’il a envers l’autre sexe et la façon dont il enferme lui même les femmes dans une communauté hermétique, qu’on pourrait le soupçonner de féminisme. Almodovar semble alors rêver d’un monde fait uniquement de femmes quand, parfois, il rêve d’une transgression sexuelle…

De l’homme à la femme… Il n’y a qu’un pas

Le metteur en scène à succès aime et idéalise à tel point les femmes qu’il est possible de le croire vouloir être une femme dans son intimité la plus profonde. Non seulement les femmes de ses films sont sacralisées mais les personnages masculins, quand ils ne sont pas de « grands méchants loups », sont surpris à vouloir changer de sexe. Almodovar renierait-il alors son propre sexe? Le père du fils de Manuela dans Tout sur ma mère est devenu une femme. On suppose alors l’homme ayant changé de sexe par fascination. C’est là que toutes les facettes de l’intérêt que porte Almodovar pour la femme se rejoignent. Le réalisateur semble aller jusqu’à mettre en avant des personnages ayant honte d’être des hommes. On notera que Almodovar arrive à couronner le tout de son amour pour ces dames avec le dernier chef d’œuvre en date qu’il nous ait offert: La Piel Que Habito. Le film aborde l’histoire d’un homme ayant tenté de violer une jeune fille (l’homme, ce grand méchant) qui va être contraint de changer de sexe (le mélange des sexes) car il sera soumis à la médecine du père de la victime, cette dernière ayant presque vécu sans mère (l’absence de l’affection maternelle).

La femme, le sexe fort: c’est ce qui semble être les lignes directrices du cinéma de Pedro Almodovar. De la transgression sexuelle, à l’instinct maternelle, en passant par l’homme agressif et agresseur, le réalisateur espagnol dépeint un regard masculin de la femme loin du stéréotype de l’aguicheuse ou de l’individu au physique parfait.

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Melanie Bonvard

4 thoughts on “Almodovar et les femmes”

Commentaire(s)

  • Evelyn

    Je trouve que cet article a tout à fait sa place en cette journée des femmes, mais j’ai plusieurs commentaires si vous permettez le débat. D’abord, le personnage de Penélope Cruz dans ‘Tout sur ma mère’se prénomme Rosa, et « Gena Boulands » est je suppose « Gena Rowlands ». Je suis une grande fan du cinéma de Pedro et je suis d’accord qu’il a une adoration pour les femmes, voire même qu’il est plus féministe que beaucoup de femmes (pourquoi devrait-il être « soupçonné » de féminisme? cela n’a rien de criminel. Je pense que son analyse des genres est plus nuancée que femme = maman et homme = loup. Il ne montre pas forcément les hommes comme des prédateurs, mais plutôt comme des êtres fragiles et perdus. Même Benicio, dans ‘Parle avec elle’, qui viole Alicia dans son coma parvient à être un personnage sympathique et attachant, car déboussolé. Almodovar a de nombreux et très beaux personnages masculins, par exemple dans ‘La loi du Désir’ qui met en scène l’une des plus belles histoires entre deux hommes qui soit, où les hommes sont emprunts d’un grand besoin de tendresse… Enfin, si Almodovar met souvent en scène des transsexuels, il a la force de ne jamais analyser leur psychologie ni de questionner le ‘pourquoi’. Les transsexuels sont un genre à part entière chez Almadovar, presque comme un troisième genre biologique! Ainsi on ne peut pas supposer les raisons qui ont poussé les personnages à changer de sexe et c’est là tout le talent, à mon avis, d’Almodovar.

    mars 8, 2012 at 18 h 27 min
  • Melanie Bonvard

    Merci beaucoup pour cette ouverture de débat.(et merci de faire remarquer ces malheureuses fautes d’inattention)

    En effet, ce que Almodovar veut faire paraître dans son oeuvre n’est sûrement pas aussi catégorique que « femme: maman / homme: loup ». Mais d’un point de vue rhétorique sur son oeuvre, l’idée de l’article est non pas de s’en tenir au logos et donc de montrer l’intention d’Almodovar en elle-même mais d’envisager l’éventuelle réception qu’on pourrait en faire ou qu’on en fait déjà. Ainsi, on établirait une différence entre ce que le réalisateur pense et ce que le spectateur peut penser ou envisager de l’intention de l’auteur. Il y a ce qui parait et ce qui est. Ici, on présente Almodovar à travers les éventuels yeux du spectateur et non en reformulant simplement le discours du réalisateur. Ce qui explique aussi la raison pour laquelle, dans cet article, on se permet de se questionner sur le pourquoi du transsexualisme…

    Quand à ce qui est de l’exemple de « La loi du désir »; le sujet du jour se concentrant uniquement sur les femmes, le choix des films à aborder dans cet article a par conséquent amené à faire une sélection, afin de traiter le rapport homme/femme dans l’oeuvre d’Almodovar et non le rapport homme/homme.
    Ce qui est dit c’est que l’homme SEMBLE être un « grand méchant » et dangereux chez Pedro quand il s’agit de son comportement envers la femme. (Benicio est, certes, attachant. Il n’empêche qu’il a abusé d’une femme, malgré ses regrets et son déboussolement.)

    mars 8, 2012 at 23 h 14 min
  • Nadège Pujol

    Bonjour
    Vous avez fait une petite erreur:
    Dans « Volver », ce n’est pas Raimunda qui tue Paco, c’est sa fille Paola car Paco a essayé d’abuser d’elle. C’est de la légitime défence.
    Raimunda ne fait que se débarasser du corps de Paco.

    mars 15, 2012 at 13 h 36 min
  • Melanie Bonvard

    Effectivement! Merci beaucoup pour cette correction.

    mars 15, 2012 at 23 h 26 min

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