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Le machisme féminin de la télévision italienne

07 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Comment les femmes italiennes sont-elles représentées par la télévision aujourd’hui? Qu’est-ce qui fait qu’il n’y a aucun modèle s’opposant au mannequin dégradé imposé par les chaines télévisées contrôlées par Berlusconi?

La spécificité de la situation italienne pourrait se résumer avec une réflexion très appropriée, utilisée par Lorella Zanardo dans son documentaire Il corpo delle donne : « Je veux dire que nous nous regardons les unes et les autres avec des yeux masculins ». La pénétration profonde du regard masculin dans l’imaginaire des femmes italiennes est peut-être la première parmi les raisons qui explique la générale acceptation passive d’un modèle féminin abruti et humilié par la télévision.
Au lieu de présenter la vieillotte plaidoirie féministe, il vaudrait mieux s’interroger sur ce qui du regard masculin les femmes ont finalement absorbé et assimilé, ce qui est encore plus difficile que critiquer et attaquer une société machiste.
Si la femme serait censée représenter l’univers de l’autre par rapport à l’homme, la télévision italienne de l’empire médiatique marqué Berlusconi est tout à fait étrangère à la mise en forme de cette exclusivité. Non seulement elle montre des femmes réduites à objet du désir sexuel dans la plupart de cas, mais si on entrevoit quelques petites exceptions à la règle, les femmes en questions incarnent plutôt une variante du pouvoir et de l’autorité généralement associés à l’archétype masculin.
Pier Paolo Pasolini dans les années soixante-dix avait déjà reconnu le danger des potentialités uniformisantes de la télévision, le pouvoir despotique de l’image; il n’a pas eu le temps de vérifier le paroxysme de cette dérive dans la télévision italienne depuis le début de la domination du groupe Mediaset. Non seulement les modèles de beauté féminine correspondent souvent à une image artificielle et fabriquée chez le chirurgien mais, ce qui est encore plus difficile à extirper, on associe habituellement l’image d’une femme belle à l’idée d’une inévitable stupidité et médiocrité.
Comme le film documentaire Videocracy, dirigé par Erik Ghedini le relève bien, en Italie le passage de showgirl à Ministre semble tout à fait naturel depuis le début de l’époque Berlusconi. Les dangers sont encore plus significatifs si on considère que cela n’étonne guère un grand nombre d’italiens.
Les ambitions des femmes italiennes, jeunes et fascinantes semblent ‘aujourd’hui se résumer dans le but de la visibilité à tout prix et les idéaux transmis par une culture médiatique dominée par les chaines du grand patron milanais ont rendu la carrière politique interchangeable à la célébrité dans le monde du spectacle et de la télévision.
On se demande si la frontière entre la politique et le monde du spectacle pourra bientôt être rétablie, si cela aura des effets sur la conscience de ces gens qui sont devenus aveugles devant l’insupportable réduction de la femme à marchandise à exposer, délice pour les yeux d’un regard fétichiste qui ne correspond pas uniquement à celui des hommes.

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Celeste Bronzetti

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