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[Critique] « Tabloïd Circus » de Kent Harrington : polar torride et sordide

[Critique] « Tabloïd Circus » de Kent Harrington : polar torride et sordide

29 juillet 2014 | PAR Audrey Chaix

Dans une petite île touristique des Caraïbes, une Américaine venue en vacances disparaît mystérieusement. Elle est jeune, elle est jolie, il est possible qu’elle ait été violée, voire sauvagement assassinée : il n’en faut pas plus pour que la presse à scandales venue du monde entier débarque à Tortola afin de trouver l’exclusivité la plus sordide et publier les photos les plus trash. Parmi eux, Stanley Jones, ancien reporter de guerre au Times, aujourd’hui journaliste alcoolique pour le Royal, un tabloïd britannique prêt à tout pour sortir du scandale. Entre chaleur moite et tentations de tous poils, Jones mène l’enquête…

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Tabloid Circus de Kent Harrington

Kent Harrington livre ici un roman policier où le personnage principal n’est pas un représentant de la loi, mais un journaliste. Pire, un journaliste qui travaille pour un tabloïd, capable de truquer les preuves pour faire du chiffre, d’arroser de pots-de-vin tous ceux qui peuvent lui servir, quitte à créer de toute pièce un coupable idéal. Mais pas seulement : car Jones porte en lui la marque d’un drame familial qu’il ne parvient pas à laisser derrière lui, et qui explique sa déchéance professionnelle aussi bien que son penchant pour la bouteille. L’enquête pour découvrir l’assassin de la jeune Mary Waters devient donc aussi la quête de Jones vers une rédemption qui pourrait le sauver alors qu’il renoue avec le journalisme d’investigation.

Aux côtés de Jones, le personnage de l’officier de police en charge de l’enquête, Lawrence O’Conner, mène l’enquête du côté des habitants de l’île. Représentant d’une élite de Tortola qui a connu une belle ascension sociale – il est bien loin, le petit garçon noir qui usait ses fonds de culotte dans la maison de sa grand-mère, O’Conner a lui aussi des sombres secrets, particulièrement dans ses accointances avec la famille qui mène silencieusement le trafic de drogue sur Tortola, entre la Colombie et Miami.

Entre Jones et sa poursuite du scoop, et O’Conner et sa volonté de faire régner le statu quo sur l’île, Kent Harrington parvient à déshumaniser complètement la jeune femme disparue, dont le sort importe finalement que dans la mesure où il est le moyen pour les protagonistes de parvenir à leurs fins personnelles.

C’est ainsi, au sens propre comme au figuré, un véritable univers de requins que dépeint Kent Harrington, dans la chaleur moite et humide d’une île des Caraïbes pas si paradisiaque que ça. Un polar qui, sans révolutionner les codes du genre, déplace le centre de gravité du roman de la victime et du coupable vers deux microcosmes aussi sordides que fascinants : le monde de la presse à scandales, et les jeux de pouvoir et d’influence d’une île qui est une plaque tournante de la drogue. A consommer… sans modération.

Visuel : (c) couverture du livre

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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