Polars

« Animal » de Sandrine Collette : La peau de l’ours

« Animal » de Sandrine Collette : La peau de l’ours

01 juin 2019 | PAR Julien Coquet

Septième roman de l’auteure française de polars, Animal intrigue par son brusque changement de narration entre une partie indienne et une partie russe.

Les vingt premières pages serrent le ventre. Elles peignent un Népal pauvre, miséreux et sale, où la survie est à l’ordre du jour quotidiennement. Mara, qui habite dans les montagnes indiennes, trouve deux enfants attachés à des arbres lors d’une de ses promenades lors desquelles elle cherche de quoi se nourrir. Baptisés Nun et Nin, les deux enfants donnent bien du mal à Mara : sans emploi, nourrir trois bouches est un casse-tête. L’exode vers la grande ville la plus proche semble être la seule solution. Puis ce sont les conditions de vie extrêmes dans le bidonville, les journées de travail sans fin, les confrontations à la mafia.. Afin de tous les sauver, Mara décide d’abandonner Nin.

Changement drastique. A l’extrême est de la Russie, au Kamtchatka, Hadrien est impressionné par sa femme, Lior. Dans un groupe de six chasseurs, Lior se distingue par sa beauté et surtout par son obstination pour la chasse. L’ours, c’est ce qu’ils convoitent tous. Le problème est que celui qui chasse se retrouve chassé : un ours les a repérés depuis leurs premiers pas sur le versant de la montagne. Alors, quand le groupe est attaqué, Lior se sent investie d’une mission. La peau de l’ours sera pour elle.

Sandrine Collette tient le pari de son titre : l’animalité est explorée à travers le personnage de Lior. Qu’est-ce qui la distingue de l’animal ? De sa soif de tuer ? Les rôles prédéfinis entre animaux et humains se brouillent. Et qu’est devenue Nin, une fois arrachée au giron de sa mère adoptive ? Sur près de 300 pages, l’auteur fait la part belle à la nature, forcément intacte face aux pulsions inquiétantes des hommes. Il est dommage, malgré un travail sur la complexité des personnages, de ne pas parvenir à de l’empathie et à de l’attachement pour eux. Il manque en effet quelque chose pour qu’Animal décolle : on se demande où le projet veut aboutir au-delà du questionnement sur la nature animale et la nature humaine.

« Bien sûr, celui lui était tombé dessus d’un coup.
Bien sûr qu’il n’avait pas prévu.
Et si, aujourd’hui, avec le recul et avec le temps, il se disait que ce moment avait donné un sens à sa vie, cela s’accompagnerait toujours d’un serrement au cœur lorsqu’il y penserait et que reviendraient les images. Bien sûr aussi, les gens d’ici avaient dit que c’était le jour où il avait basculé, où il était devenu fou pour de bon – jusque-là, il y avait cette étrangeté en lui, mais qui n’avait pas eu l’espace, qui n’avait pas éclaté encore, peut-être parce que Mara la contenait – peut-être parce qu’il n’était pas temps. Mais voilà, c’était arrivé. Ç’avait été terrible, mais après Nun n’avait plus connu ces questions lancinantes qui lui vrillaient le crâne : il y avait un but en lui. »

Animal, Sandrine Collette, Denoël, 283 pages, 19,90€

visuel : couverture du livre

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Julien Coquet

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