Cinema

Cannes 2019 : « For Sama », une naissance pendant la guerre civile syrienne

Cannes 2019 : « For Sama », une naissance pendant la guerre civile syrienne

31 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Un documentaire qui montre la vie, et la lutte, de sa réalisatrice Waad Al-Kateab et de ses proches dans la ville d’Alep assiégée, alors que la petite Sama vient de naître. Un concentré d’images violentes et nécessaires.

Habitante de la ville d’Alep, la jeune réalisatrice syrienne Waad Al-Kateab a vu et filmé les manifestations qui s’y sont produites, contestant le pouvoir exercé par Bachar el-Assad. Elle en a tiré des images solaires, mises en parallèle, dans For Sama, avec des séquences enregistrées plus tardivement : celles de la survie dans Alep en guerre. Waad et son mari habitent désormais dans l’hôpital de la ville, où les victimes des bombardements et des tirs affluent. Et leur petite fille Sama est née il y a peu, et se trouve plongée elle aussi dans cette situation critique.

L’angle adopté – mais avait-elle le choix ? – par la réalisatrice (assistée par Edward Watts) dans ce documentaire frappe d’emblée, grandement : la maternité nouvelle, au sein de ce conflit sanglant, est montrée crûment, sans aucun pathos. On voit Waad Al-Kateab essayer de vivre quelques instants calmes, chaque jour, avec sa fille bébé, et tenter de survivre, de protéger ses proches et d’aider les soignants tant qu’elle peut, dans cet hôpital aux fenêtres protégées avec des sacs de sable, afin de résister aux obus et aux autres tirs, exercés par les forces de Bachar el-Assad et les forces militaires russes, entre autres. Filmées à vif et dans le silence, ses images mettent au cœur d’une réalité dure, sans sensationnalisme et sans effets chocs, au niveau du montage.

Loin de proposer des séquences choquantes et tétanisantes à tout prix, For Sama demeure donc empli d’humanité, du fait de son regard à la première personne sans artifices – mais la réalisatrice pouvait-elle recourir à eux, sur un tel thème et dans une telle situation ? – et de ses images crues. Il plonge dans l’horreur, mais pose aussi des questions (possibles lorsqu’on est un spectateur qui visionne le film loin du conflit, du moins) : faut-il donner à voir, quelques secondes durant – sans trop insister – deux jeunes frères qui pleurent en silence devant le corps de leur troisième frère, qui vient de mourir sous les bombardements ? On serait tenté de répondre que oui…

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Visuel : © Waad Al-Kateab

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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