Livres

Ovide revisité …

20 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Remarquée pour son premier roman « Hôtel Univers » (Editions de l’Olivier), l’écossaise Ali Smith est une nouvelle venue souvent très appréciée par ses consœurs internationales en féminisme et gender studies. En témoigne ce portrait émouvant d’Ali Smith par l’auteure de « Les oranges ne sont pas les seuls fruits », Jeannette Winterson. Dans son dernier opus, Ali Smith revisite le mythe ovidien du couple des deux femmes Iphis et Iante…

Imogen dite Midge, obtient une place pour sa fantasque sœur, Anthea dans la boîte de pub « Pure ». Mais le lavage de cerveau corporate n’empêche pas Anthea d’arriver en retard, de dire de grosses bêtises, et de tomber amoureuse d’une activiste à la silhouette d’éphèbe protestant de manière bruyante contre « Pure ». La jolie fille s’appelle Robin et Anthea tombe pour la première fois très amoureuse d’une femme. Robin lui fait découvrir les mystères de l’éternel féminin, notamment à travers le relecture à leur propre lumière du mythe de Iphis (9 e livre des « Métamorphoses » d’Ovide), jeune femme condamnée  par son sexe à la naissance et que la mère a élevée comme un homme pour la sauver. Mais à 12 ans, Iphis doit épouser la belle Ianthe dont elle est amoureuse. Tous les dieux sont conviés aux festivités : Que va-t-il se passer quand tous vont découvrir qu’Iphis est une femme? Heureusement l’Olympe va veiller à ce qu’une métamorphose ait lieu pour qu’Iphis devienne un homme… Loin de ce mythe revisité, la sœur d’Anthea, a du mal à comprendre le choix identitaire de sa sœur devenue gay… elle aussi doit voir la lumière.

Original sur la forme, notamment à travers les longs monologues entrecoupés de remarques pour soi-même entre parenthèses de Midge, la sœur vendue au système, « Girl meets boy » est sur le fond aussi banal que son titre. Sorte de vademecum queer, le roman correspond à un certain idéal des « gender studies » d’une manière d’être et d’agir esthétiquement depuis une position identitaire qu’il suffirait de revendiquer pour agir de manière politique. Ainsi, la formation du couple Anthea/Robin entraîne une triple révélation et une campagne d’affichage protestataire. Le couple des deux « robines de bois » doit juste être révélé à lui-même pour que ma prise de conscience se transmue en lutte contre un système qui exploite les femmes. Avec bien sûr, dans le corps du texte, chiffres exacts sur toutes les injustices commises dans le monde à l’égard des femmes. Le problème reste que la meilleure manière d’agir politiquement est de le faire de l’intérieur du système en s’organisant pour militer en groupes importants ou en faisant du lobbying, ce que ne permettent pas la fascination pour les identités queer et les « happenings » individuels décousus que permet l’infini des possibles du genre sexuel. Et derrière cette poésie du happening, l’auteure oublie de construire un roman nuancé aux personnages bien dessinés. Tout se noie dans la poudre dorée du couple en métamorphose, ce qui donne au livre un caractère inachevé. Par ailleurs dans « Girls meets boy », l’interprétation du mythe Ovidien relu à la lumière de la honte possible pour deux adolescentes d’être deux femmes ensemble est un peu faible. Fausses bonnes idées pour très bon style donc, On attend avec impatience le prochain roman.

Ali Smith, « Girl meets boy« , trad. Laetitia Devaux L’Olivier, 140 p., 18 euros. Sortie le 19 août.

« Je serais heureuse, moi, me dis-je en m’asseyant dans l’herbe humide, mes mains dans la chaleur de mes chaussures, d’apprendre que le monde était une baie dans le bec d’un oiseau, ou rien d’autre qu’un pan d’herbe verte en pente comme celui-là, pêché au fin fond d’un néant cosmique un beau matin de printemps par une créature de rien. Cela me suffirait. Cela m’irait bien. Cela m’irait bien d’avoir cette certitude. » p. 32

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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