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Les Historiens de garde – de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson – de William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin, sur les dangers de l’instrumentalisation de l’histoire…

Les Historiens de garde – de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson – de William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin, sur les dangers de l’instrumentalisation de l’histoire…

22 mai 2013 | PAR Le Barbu

1decouv-HistoriensDécouverte sur le web il y a peu, la maison d’édition Inculte n’est pas si inculte que ça. La ligne éditoriale est ouverte, engagée, et exigeante aussi bien dans les thèmes traités que dans les auteurs qu’elle publie. Dans les publications récentes d’Inculte nous avons découvert cet ouvrage, Les Historiens de garde – de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, qui s’inscrit naturellement dans les propos de l’article que nous avons publié cet hiver et intitulé Ils ont tué l’histoire-géo, qui au départ ne devait être qu’une simple critique de l’ouvrage de Laurent Wetzel, mais qui finalement est devenue le prétexte à un recentrage du débat sur la lecture et la diffusion de l’histoire. Car c’est ce débat qui est au cœur de notre cheval de bataille. Nous ne pouvons pas, ne devons pas, dire et faire n’importe quoi quand il s’agit de l’histoire de l’humanité. Rappelons qu’être historien, ou enseignant en histoire est un métier qui nécessite une formation, un cursus, lourd en terme de connaissances à acquérir et exigeant du point de vue de la méthode. L’ouvrage Les Historiens de garde s’inscrit pleinement dans ce débat.

Cet hiver, à la question « qui a tué l’histoire-géo ? » nous avions répondu sans hésitation Lorànt Deutsch. Il n’a peut-être pas tué l’histoire-géo, sinon son livre n’aurait pas connu un tel succès, mais il instrumentalise l’histoire de France par sa lecture nationaliste, identitaire, repliée sur elle même et qui finalement nourrie la résurgence du conservatisme en France. Ce qui est reproché à Laurànt Deutsch dans Historiens de garde c’est sa méthode, ou son manque de méthode qui ne peut s’acquérir que par une formation exigeante. L’absence de bibliographie dans Métronome est caractéristique d’une écriture qui ne se veut pas transparente. Pas de bibliographie, donc impossibilité de remonter aux sources, ce qui laisse la possibilité d’écrire tout et n’importe quoi. Tous ceux qui ont mené des travaux en histoire savent combien il est fastidieux de citer, en bibliographie ou notes de bas de page, toutes les sources employées à la rédaction d’une étude. Mais ce travail, dont nous ne pouvons pas faire l’impasse, est une nécessité. En histoire il n’y a pas de place à la paresse. Il est nécessaire de pouvoir remonter aux sources car chaque lecture de l’histoire passe par le prisme de nos idées, de nos croyances, de nos convictions, de notre façon de voir les choses. Et c’est ce qui rend la discipline intéressante et évolutive, et qui nous permet d’avoir un regard critique suffisant nous permettant de nous rapprocher d’une certaine vérité historique. « L’impossible neutralité » dont parlait l’historien engagé Howard Zinn ne doit pas nous faire oublier notre devoir d’objectivité. Un véritable historien doit avoir la capacité de dissocier ses sujets d’étude de ses passions et de son engagement personnel pour une cause politique ou autre.

Historiens de garde a pour objectif de nous protéger de ces « pseudos historiens » portés par les médias et intronisés comme de véritables autorités historiennes, comme Alain Decaux. Souvent ces récits, qui privilégient le romanesque, l’idéologique, voire même les croyances religieuses, sont truffés d’erreurs : apologie de la monarchie, nostalgie d’un passé fantasmé… Le danger est que dans ce type de démarches on se rapproche du négationnisme et du révisionnisme, au service d’une idéologie politique. Dans un contexte de crise économique et politique tel que celui de la France en 2013, il est un devoir nécessaire de démonter une lecture et une diffusion de l’histoire qui serait un véritable instrument de propagande érigeant le conservatisme, le nationalisme, ou le retour à la morale comme les gardiens, les garants du ciment social.

Un livre à mettre entre toutes les mains !

Les Historiens de garde – de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson de William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin aux édition INCULTE. Prix 15,90 euros.

http://www.inculte.fr/

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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