Fictions
« Neuf histoires et un poème » de Raymond Carver : D’après Robert Altman

« Neuf histoires et un poème » de Raymond Carver : D’après Robert Altman

29 août 2022 | PAR Julien Coquet

Recueil de nouvelles composé à la suite du film de Robert Altman, Short Cuts, Neuf histoires et un poème se penche, comme toute l’œuvre de Carver, sur la banalité de l’American way of life.

Andie MacDowell, Jack Lemmon, Tom Waits, Julianne Moore. Mais aussi Jennifer Jason Leigh, Chris Penn, Robert Downey Jr., Frances McDormand. Ce casting, démentiel, c’est celui de Short Cuts, film de Robert Altman qui remporta à la Mostra de Venise en 1993 le Lion d’or, la plus prestigieuse distinction. Pour son film, Altman, qui a l’habitude des narrations éclatées, pioche des histoires dans l’œuvre du grand nouvelliste américain Raymond Carver. Sur plus de trois heures, mélangeant dix histoires, Altman dépeint le quotidien banal d’Américains. En 1994 paraît un recueil directement inspiré du film : Neuf histoires et un poème.

Les Editions de l’Olivier ayant déjà édité Les Vitamines du bonheur l’an dernier, deux textes se retrouvent dans Neuf histoires et un poème : « Les Vitamines du bonheur » et « Une petite douceur » (dont on disait le plus grand bien ici). Comme à son habitude, Carver s’intéresse aux « petites gens », à ceux qui pourraient être vos voisins, vos collègues de bureau ou même vous. Une serveuse de restaurant, un chômeur, un vétéran du Vietnam, des pêcheurs, un père endeuillé, etc. se succèdent. Un couple se retrouve à garder l’appartement de ses voisins partis voyager, un homme fait une fixette sur l’apparence physique de sa femme, un autre prend conscience que sa femme l’a trompé, un père de famille se débarrasse d’un chien encombrant…

Considéré à juste titre comme l’un des plus grands nouvellistes américains (parmi lesquels figurent Alice Munro, Jeffrey Eugenides, Nicole Krauss…), Raymond Carver scrute à la loupe l’Amérique et le comportement des Américains, tel un entomologiste. Chacun est confronté à un petit événement, en apparence anodin mais qui, dans la dureté du quotidien, en ressort insurmontable. « Il se demanda s’il existait d’autres hommes qui, en se penchant sur un incident isolé de leur vie, étaient capables d’y déceler les prémices d’une catastrophe qui bouleverserait par la suite le cours de leur destinée ». Pour autant, chaque personnage essaye de garder la face, de maintenir l’équilibre de la vie familiale, professionnelle et amoureuse qu’il s’est construit. Des histoires simples servies par une écriture limpide.

« Et maintenant il avait une maîtresse, bon sang ! Un boulet de plus à traîner. Il ne tenait pas à ce que leur liaison s’éternise, mais il ne voulait pas rompre non plus : on ne peut quand même pas tout jeter par-dessus bord dès qu’une tempête se lève. Al était en train de partir à la dérive, il le savait, et il ne voyait vraiment pas comment ça finirait. Mais il avait le sentiment de ne plus rien contrôler. Plus rien. Ces temps-ci, la peur de la vieillesse s’était mise à le hanter après qu’il eût souffert de constipation plusieurs jours de suite car c’était un trouble qu’il associait aux gens âgés. Et puis le début de la calvitie qui était apparu au sommet de son crâne commençait à le tracasser, et il lui arrivait de se demander s’il n’était pas temps de changer sa manière de se coiffer. Qu’allait-il faire de sa vie ? Il aurait bien voulu le savoir. »

Neuf histoires et un poème, Raymond CARVER, Editions de l’Olivier, Bibliothèque de l’Olivier, 208 pages, 10,90 €

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