Fictions
« Ce pays qui te ressemble », Tobie Nathan dans la poésie de l’Egypte

« Ce pays qui te ressemble », Tobie Nathan dans la poésie de l’Egypte

14 septembre 2015 | PAR Yaël Hirsch

L’ethnopsychiatre Tobie Nathan poursuit avec succès sa carrière dans la « fiction ». Narrateur habité, il livre avec Ce pays qui te ressemble un oeuvre touffue, personnelle et poétique, qui est sur la liste des nominés pour le Goncourt

[rating=3]

Dans le Ghetto juif du Caire des années 1930, un mariage d’amour entre une belle jeune-femme et un sage aveugle de 20 ans son aîné met du temps à porter ses fruits. Quand Zohar naît, il est tellement faible qu’on n’ose le circoncire tout de suite. S’il reste enfant unique, il a une nourrice et donc une sœur de lait, la libre danseuse Masreya, qui lui est à jamais interdite. Lui-même grandit, commence à s’enrichir et fini par conseiller le roi Farouk. Mais l’arrivée à l’âge adulte est aussi le temps de l’exil des juifs égyptiens.

Lyrique et plein d’arabesque, le livre de Tobie Nathan contient assez d’histoire pour tenir son lecteur éveillé non pas 1001 mais au moins 12 nuits. Saga familiale un peu hachée, où la beauté, la nostalgie et la sensualité sont développées avec générosité, Ce pays qui te ressemble est un joli témoignage très littéraire et très paramétré sur les coutumes et l’histoire des juifs d’Egypte au milieu du 20e siècle. Un document aussi bien qu’un texte riche, parfois peut-être trop riche au goût de certains lecteurs qui avaient adoré la concision et l’écriture directe de Ethno-Roman (Grasset 2012, voir notre critique) ou du thriller Qui a tué Arlozrov? (Grasset, 2010, lire notre article). Ainsi, ceux qui ne sont pas fanatiques des écritures plantureuses à la Albert Cohen et des intrigues volumineuses à la Lawrence Durrell. Deux bien jolies références, qui prouvent néanmoins que si l’on entre dans le texte, on ne le quitte pas. C’est la jolie expérience qu’on probablement vécue les membres du comité de sélection du Goncourt.

Tobie Nathan, Ce pays qui te ressemble, Stock, 540 p., sortie le 19 aout 2015.

visuel : couverture du roman

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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