Fictions
Le Bord du monde est vertical : Une ascension mythique

Le Bord du monde est vertical : Une ascension mythique

11 septembre 2022 | PAR Nathalie Valluis

La fin de la Terre n’est peut-être pas, comme le pensaient les anciens, un gouffre dans lequel plonge l’océan mais une montagne qui monte indéfiniment vers les nuages. Si Le Bord du monde est vertical, ce que suggère Simon Parcot dans ce premier roman aussi court que réussi, est-il possible d’en atteindre le sommet ? A quel prix ?

En cette période de rentrée, évadez-vous dans les paysages enneigés de la Vallée des glaces.

Une mission apparemment banale

En plein hiver, la Cordée est le seul lien entre les habitants des hameaux isolés par la neige.

« La Cordée, c’est deux chiens, une femme et trois hommes : Zéphyr, Moïra, Ysé, Gaspard et Solal ; six silhouettes qui tentent de se frayer un passage dans les endroits les plus escarpés de la vallée, qu’il neige, qu’il vente ou qu’il glace. C’est un vaisseau précaire, une avant-garde d’humanité en ces territoires lunaires à laquelle les habitants font appel pour effectuer les besognes quotidiennes – qui se transforment vite, à cette altitude, en de périlleuses aventures. »

Leur première étape du jour, qu’ils doivent impérativement atteindre avant la nuit, est la Tanière, l’auberge de Notre-Dame-des-Neiges.

Chacun a un rôle bien précis à jouer, dont dépend la survie de tout le groupe. Mais l’obsession de Gaspard, chef de cordée, pour l’ascension de la Grande, montagne qui lui résiste ainsi qu’à tous les alpinistes, pourrait bien bouleverser cet équilibre fondamental.

Des paysages à couper de souffle

Simon Parcot nous projette au cœur de la tourmente avec cet équipage auquel ses mots parviennent à nous intégrer. Il est vrai qu’il connait et aime la montagne, où il a en partie grandi, le froid (il a voyagé dans le Spitzberg et au Népal) et la marche (il a parcouru les Chemins de Compostelle).

Face à la neige qui recouvre quasiment toute trace d’humanité, ces hommes et cette femme opposent un calme et une attention constante. Le danger est palpable, l’effort physique également, mais ils ne font, de leur point de vue, que leur travail. Pas de fierté mais des compétences essentielles, un attachement viscéral à la vie et la conscience de la fragilité humaine.

Nul besoin d’être un adepte de l’escalade ou des hauts sommets pour être transporté par cette nature sauvage et ces personnage simples autant que fascinants.

Un texte poétique et philosophique

L’auteur aime les mots et la philosophie, qu’il pratique en marchant. Il se définit lui-même comme un « poète de sentiers » ou un « métaphysicien aux pieds ampoulés ». Si l’objectif de son livre était de nous donner envie de le suivre dans ses tribulations oniriques autant que dans ses réflexions sur l’amitié, la transmission ou la mort, il est parfaitement atteint.

En 160 pages à peine, ce roman d’aventure nous dépayse, nous fait côtoyer l’extrême, nous divertit et nous propose, sans jamais l’imposer, de nous interroger sur la vie. Il nous donne aussi une folle envie de découvrir les prochaines « promenades littéraires » de ce nouvel auteur.

Simon Parcot, Le Bord du monde est vertical, Editions Le Mot et le Reste, 160 pages, 18€, sortie le 25/08/2022.
Visuel (c) Couverture du livre

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