Fictions
Arnon Grunberg croque le petit monde universitaire « tout cru »

Arnon Grunberg croque le petit monde universitaire « tout cru »

20 août 2015 | PAR Yaël Hirsch

Arnon Grunberg, l’auteur néerlandais de Tirza, du Messie juif et de L’homme sans maladie, colore à l’encre acidulée qui lui est propre le « tout petit monde » très international de l’université. Attention, dessous très mesquins et saynètes terriblement drôles en perspective. Tout cru est un fleuron du psychologique et satirique. 

[rating=4]

Professeur d’économie spécialiste d’Adam Smith dans une université américaine, Roland Oberstein rencontre lors d’un colloque sur son violon d’Ingres, la Shoah, une charmante historienne de la destruction des juifs d’Europe, Léa. Affublé d’une ex-femme, d’un fils qu’il voit peu et d’une petite copine infantile qui le trompe, Oberstein veut bien faire et faire plaisir :  il prend Léa pour maîtresse à New-York. Une relation adultérine assez sympathique par-delà les névroses des deux professeurs. Mais tandis que le mari de Léa se trouve un penchant pour les hommes, Roland Oberstein se retrouve forcé d’enseigner un semestre aux Pays-Bas. Là, il fait la connaissance de la jeune Gwenny, cavalière, brillante et son étudiante. Un piège classique pour la libido malmenée du quadragénaire plus poli que dévergondé.

Comme souvent chez Arnon Grunberg, l’homme sans qualité et trop bien élevé commet le pire, sous un vernis étouffant de civilisation blasée et de politesse désabusée. Roland Oberstein est parfaitement réussi, confit dans sa discipline et ses fuites, si peu capable de ressentir autre chose que de l’embarras ou de l’ennui qu’il est carrément un personnage antipathique. Au passage, en faisant le portrait soigné de ce monstre banal et lettré, l’auteur écorne le monde universitaire, notamment chez les chercheurs travaillant sur la Shoah, les Pays-Bas, les Etats-Unis, les hommes, les femmes-enfants aussi bien que les maîtresses-femmes vieillissantes. Le savoir est, dans son livre, aussi triste que la chair dans un monde internationalisé et désenchanté. Encore un croquis brillant et dérangeant.

Arnon Grunberg, Tout cru, trad. Isabelle Rosselin et Philippe Noble, Actes Sud, 496 p., 24 euros. Sortie le 2 septembre 2015.

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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