A l'affiche
[Live-report] Première de « Amnesia » de Barbet Schroeder au Louxor

[Live-report] Première de « Amnesia » de Barbet Schroeder au Louxor

20 août 2015 | PAR Yaël Hirsch

Le jour de la sortie de son nouveau film, Amnesia, le réalisateur culte de Maîtresse (1976) et de La vierge des tueurs (2000), Barbet Schroeder était attendu par une salle comble au Louxor, à Paris. L’occasion pour lui de présenter avec élégance ce film sur le passé allemand, qui est aussi pour lui un retour à Ibiza sauvage et rougeoyant, île que son autre film culte, More (1969) avait lancé!

[rating=4]

Cette année, à Cannes, nous avons eu la joie de voir le réalisateur suisse présenter en doublon ses deux films d’Ibiza, Amnesia et More (voir notre live-report). Hier soir, c’est la sortie d‘Amnesia qui a amené une foule de fans parisiens à la rencontre de Barbet Schroeder. Chemise pistache, toujours très élégant, le réalisateur a sorti en pense-bête un i-pad de son sac pour présenter ce nouvel opus flamboyant sur le passé allemand. Lui qui ne parle pas allemand, à cause de fantômes familiaux, fait tourner le duo Marthe Keller / Max Riemelt en anglais et en allemand dans des couchers de soleil flamboyants sur l’île d’Ibiza.

A la fois suave et concentré, Amnesia se passe au lendemain de la chute du mur de Berlin amoureusement deux générations d’allemand : une femme très jeune et violoncelliste pendant la guerre et qui a décidé de fuir une nation criminelle et un jeune homme épris de musique techno qui ne s’est pas posé trop de questions sur son identité allemande. De More on retrouve les paysages grandioses, l’état idyllique et sauvage d’un bord de mer devenu mythique et aussi une conception très écolo du rapport au monde (les amoureux ne prélèvent qu’un seule poisson pour dîner et le personnage de Martha fait pousser ses légumes et refuse l’électricité). Mais 35 ans après More, en lieu et place de grands voyages psychotropes et à la sensuelle destruction, Barbet Schroeder place la douloureuse et difficile question de la Vergangenheitsbewältigung (responsabilité du passé) allemande. Posée de manière frontale par des dialogues très charpentés, cette question pourrait sembler très lourde, mais la manière dont Schroeder cadre avec tendresse et liberté ses personnages, et les formidables acteurs du film (ne ratez pas le morceau de bravoure de Bruno Ganz en ancien gardien nazi), le film distille une authenticité et une suavité auxquelles on ne sait pas résister. Beau et touchant.

Amnesia, de Barbet Schroeder, avec Marthe KELLER, Max RIEMELT, Bruno GANZ, Corinna KIRCHHOF, Les films du Losange, Suisse/ France, Sortie le 19 août 2015.
visuels (c) Lesfilmsdu losange.

Le concept « éphémère », tendance de l’été 2015
Arnon Grunberg croque le petit monde universitaire « tout cru »
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *