Essais
Un Dieu pour plusieurs Roi-Soleil ?

Un Dieu pour plusieurs Roi-Soleil ?

23 septembre 2015 | PAR Franck Jacquet

On évoque ces jours-ci Versailles pour l’Affaire du « Vagin de la Reine ». Versailles est aussi perçu comme le lieu de la Cour de l’Ancien Régime. Pourtant, Versailles fut aussi un endroit particulièrement sacré, par l’action de Louis XIV particulièrement, ce qu’Alexandre Maral rappelle dans son ouvrage Le Roi-Soleil et Dieu. Réédité dans la collection « Tempus », l’auteur, conservateur au château en question, étudie la relation entre ce Roi si marquant pour l’histoire nationale et la religion catholique, aussi bien la foi que l’institution qui l’entretient en l’encadre. Une gageure plutôt réussie.

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Les Rois face à la religion 

L’intérêt principal de l’ouvrage est sans aucun doute d’essayer de distinguer des facettes du comportement royal vis-à-vis de la religion. Le Roi doit en effet, dans une société encore considérablement marquée par une conception sacrale du pouvoir, être un bon croyant, autant qu’un représentant de la foi de son peuple. En bon pasteur, il doit, depuis le sommet de la société, guider les âmes vers le salut, et en cela il est « évêque du dehors », c’est-à-dire qu’il est comme un évêque (envoyé du pape et de l’Eglise de Rome donc) sans diocèse fixe. Il doit donc être aussi bon croyant qu’il est bon meneur et tout en entretenant de bonnes relations avec un pape qui cherche encore à conserver quelques illusions d’une supériorité qu’il a perdue depuis longtemps face aux pouvoirs temporels, dont ceux du Roi de France.

L’auteur réunit toutes ces facettes en trois aspects majeurs, traités assez également : « Le Roi très chrétien » traite de la relation de Louis XIV à Dieu est étudiée en ce qu’il est tête et cœur de son Royaume. Ensuite, il s’agit plutôt de dresser grosso modo une vue du Roi face à l’Eglise et au dogme en général, et donc face au pape et à la question janséniste. Le dernier point est consacré à la personne du Roi : évidemment, il est difficile de déceler l’intime et son sentiment profond, plusieurs siècle après sa mort comme le rappelle l’auteur, mais c’est l’occasion de voir combien la tumultueuse vie privée a pu influencer et à force être influencée par la question religieuse.

Toutes les grandes questions, celles qui se posent durant le XVIIIe siècle, sont abordées : la difficulté de maintenir un Roi au-dessus de la population, dans le cadre de la royauté sacrale ; la question janséniste ; le rapport à Rome, car la France a la spécificité de vivre selon une Eglise « autonome » dite gallicane, sorte de survivance du Moyen Age ; vie privée royale où les maîtresses sont si importantes.

Le livre, contrairement à beaucoup d’autres études, a le mérite de mettre en avant l’attraction religieuse suscitée par le Roi-Soleil de son vivant (autour des écrouelles mais bien au-delà). Versailles devient un véritable lieu de pèlerinage. De même, le quiétisme, plus fréquemment abordé, a le mérite d’être simplifié à travers quelques grandes figures.

Une histoire pointilleuse ?

L’ouvrage est rédigé très rigoureusement et très sérieusement depuis l’administration des sources pour chaque aspect de la vie religieuse de Louis XIV jusqu’à la l’architecture général de la démonstration elle-même. Elle peut paraître parfois un peu sèche, de longues pages étant consacrées aux rituels répétitifs des messes (chaque jour, chaque semaine, chaque jour saint, chaque année…). La litanie religieuse est perceptible dans le texte. Cette précision a pour avantage cependant de donner à voir ce qu’était la pratique de la foi dans un siècle dont on a pourtant fait partir « la crise de conscience des sociétés européennes » (P. Hazard).

Ensuite, le choix de passer le crible de la religion royale par le biais des trois facettes évoquées plus haut engendre quelques répétitions et peut parfois nuire au sens chronologique auquel les historiens sont si attachés.

Informations : Maral, Alexandre, Le Roi-Soleil et Dieu, Paris, Perrin (« Tempus »), septembre 2015 : 389 p. [ISBN : 978-2-262-05133-4 ; prix : 9 euros]

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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