Essais

Sorcières de Mona Chollet : Un coup de poing contre les démons qui enferment les femmes

Sorcières de Mona Chollet : Un coup de poing contre les démons qui enferment les femmes

08 mars 2019 | PAR Emmanuel Niddam

 

A l’occasion de ce 8 mars 2019, nous avons demandé au psychanalyste Emmanuel Niddam d’offrir une lecture personnelle de Sorcières – la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet.

Par Emmanuel Niddam

Mona Chollet part à l’assaut des prisons et des violences opposées aux femmes en suivant à la trace l’histoire et l’actualité des Sorcières. Un ouvrage remarquable et militant.

Plusieurs confessions d’abord. Je suis un homme, hétérosexuel, né sur les bords de la méditerranée. Qui plus est, je suis bien plus Charlie Hebdo que Monde Diplo’. Et pourtant, malgré ce qui pourrait être vu comme des tares congénitales ou délibérément choisies, j’ai beaucoup appris, et beaucoup aimé suivre Mona Chollet dans son étude des sorcières.

L’ouvrage débute par une introduction salutaire à bien des égards. On apprend. Beaucoup. Guy Bechtel, Jean Delumeau, Carol Karen mais aussi Starhawk servent de point départ sur les terres peu explorées des sorcières. Mona Chollet interroge le rôle des religions dans la haine des sorcières, et la parenté entre cette violence et la violence antisémite. On apprend aussi l’histoire de la naissance du W.I.T.C.H. (Women Internatonal Terrorist Conspiracy from Hell, Witch signifiant sorcière en anglais), ses réussites comme certains de ses errements. Et le rôle que l’identification aux sorcières joue aujourd’hui pour celles qui luttent pour la liberté des femmes.

Puis, l’autrice emprunte quatre chemins sur lesquels la sorcière entre en opposition avec une culture qui perpétue la domination des hommes sur les femmes. L’indépendance, le désir de stérilité, le vieillissement, puis la relation entre pouvoir et violences sexuelles.

Dans ces quatre dimensions la journaliste confronte son expérience, la réalité vécue par les femmes, et de nombreuses sources. On apprend par exemple, parmi plusieurs chiffres écrasant de violence que :

« En France, 34,9% des familles monoparentales, soit deux millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre 11,8% des personnes en couple. Il s’agit dans 82% des cas de femmes seules avec des enfants. »

CHOLLET M., Sorcières – la puissance invaincu des femmes, Zones – La Découverte, 2018, p.143

Des personnages et des auteurs passionnants prennent vie sous la plume acerbe et sincère de Mona Chollet. Gertrude Stein, Emma Goldman, Orna Donath, Carrie Fisher, les personnages fictifs d’Ilana et Abi dans la série Broad City, et aussi des hommes, parmi lesquels Martin Winkler. L’autrice relie avec savoir et talent des sources venues de plusieurs disciplines, et des deux côtés de l’atlantique.

Cet ouvrage est militant. Il déclenche donc chez le lecteur l’envie de répondre, de justifier, de contester parfois. C’est là le signe que son autrice vise juste la plupart du temps, il faut le reconnaître. Beaucoup partageront son insatisfaction face au monde qui nous entoure.

« Votre monde ne me convient pas : le culte de la déesse pratiqué par Starhawk et d’autres sorcières représente peut-être la manière la plus radicale de l’affirmer et d’entreprendre d’y remédier, même s’il peut apparaître au premier abord comme une lubie New Age. »

CHOLLET M., Sorcières – la puissance invaincue des femmes, Zones – La Découverte, 2018, p.227

L’ouvrage révèle au grand jour comment une violence s’exerce, et s’est toujours exercée, contre les femmes. Par les usages sociaux, les constructions culturelles, l’organisation économique et politique, les femmes sont une cible désignée, les victimes normalisées de la violence que l’humanité porte en elle. Si les grandes guerres, les écroulements d’empires et de cultures, forment l’image la plus frappante du malaise dans la civilisation, il est l’heure d’entendre comment la violence exercée contre les femmes sous couvert d’usages culturels en est un symptôme massif et permanent.  

Un ouvrage à lire.

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