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Sorcières de Mona Chollet prend vie au Théâtre de l’Atelier

Sorcières de Mona Chollet prend vie au Théâtre de l’Atelier

31 octobre 2022 | PAR Orane Auriau

Jusqu’au 9 novembre 2022, le théâtre montmartrois accueille l’adaptation musicale de l’essai percutant et féministe de Mona Chollet, Sorcières : la puissance invaincue des femmes, déjà un classique. 

Le projet est issu du collectif A définir dans un futur proche. Deux musiciennes et chanteuses accompagnant quatre comédiennes sont vent debout pour lire et embellir des passages de l’essai succès des librairies en 2018, aux éditions La découverte. Un casting d’enfer, avec des comédiennes telles que Claire Dumas, Annabelle Lengronne, Christiane Millet mais encore l’actrice et réalisatrice Valérie Donzelli. Côté musique, les spectateurs auront l’occasion de voir des artistes comme Fishback, Léonie Pernet ou Clara Ysé. Le « mystère » de la sorcière, ou plutôt de la figure honnie de « la » femme, peut ainsi puissamment prendre corps sur scène. Sur un registre pop-rock le chant, les solos instrumentaux (batterie, xylophone, clavier, guitare électrique) viennent lier les différentes thématiques entre elles voire accompagner les lectures.

Monter un tel spectacle est un défi tout autant qu’une évidence, car Mona Chollet s’en est emparée avec habileté, dépeçant morceau par morceau les stéréotypes sexistes coriaces pour faire de la sorcière une figure positive. Un symbole fièrement revendiqué que l’on doit aussi aux féministes de la seconde vague.

Sommes-nous toutes des sorcières ?

Car celles-ci ne sont pas seulement le fruit de notre imagination. Il s’agit de la réalité concrète de l’oppression des femmes, à commencer par celle de milliers d’individus, parfois violées, mortes torturées ou sur un bûcher. Un crime de masse longtemps aseptisé et tenu à distance. Sur scène, nous sommes frappés du parallèle entre cette chasse aux sorcières et la chasse aux femmes contemporaine.

Ce qualificatif manifeste aujourd’hui le mépris envers l’indépendance des femmes ni soumises ni obéissantes, de leur force de caractère et de leur épanouissement. Les actrices, éclatantes de charisme et de confiance en elles, semblent incarner cela. Il s’agit essentiellement de comprendre les rôles sociaux auxquels les femmes sont forcées, en y riant. Sur scène, elles se relaient pour nommer la figure de la jeune femme « libre » (intellectuellement, sexuellement) ou de la femme mûre qui n’est plus acceptable. Christiane Millet représente avec verve cette femme d’âge mûr, mal aimée à cause de ses cheveux blancs. Concernant la difficulté pour les femmes de devenir des artistes accomplies, la référence à Une chambre à soi de Virginia Woolf, au fil de la lecture, semble recréé par le décor réduit à un simple bureau avec sa lampe et quelques livres.

Cela n’entache en rien le spectacle musical de ne pas connaître le texte original. Une autre autrice (que Chollet a d’ailleurs cité dans l’ouvrage), a consacré de nombreuses analyses à travers ses essais à l’histoire passée et présente des sorcières : il s’agit de Sylvia Federici, entre autres derrière Une guerre mondiale contre les femmes. Des chasses aux sorcières au féminicide et du Capitalisme patriarcal. Des ouvrages dont la lecture est même nécessaire.

 » De quel autre crime de masse, même ancien, est-il possible de parler ainsi le sourire aux lèvres? «  

Le spectacle a le mérite de tourner en dérision toute cette misogynie puante et ambiante, le public rit de bon coeur. Même de cette anecdote avec laquelle le spectacle s’ouvre : un directeur du musée Saint-Jean de Bruges lors de l’exposition la Chasse aux Sorcières de Bruegel, plaisantant en déclarant que parmi les visiteuses, il pourrait y avoir des descendantes d’exécutées. Il serait plus délicat de blaguer sur la traite des esclaves.

En conclusion, il ne faut pas s’attendre à une mise en scène extravagante ou très poussée. Toute la puissance du spectacle est ainsi contenue dans les mots, la « puissance invaincue des femmes ». C’est aussi une ode à la sororité, mais surtout un appel à nous libérer des injonctions pesant sur nos épaules.

 

Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris. Jusqu’au 16 novembre 2022. 

Texte de Mona Chollet, adapté par Géraldine Sarratia.
Avec Anna Mouglalis, Aure Atika, Clotilde Hesme, Constance Dollé, Eye Haidara, Irène Jacob, Anne Pacéo, Clar Ysé, Mélissa Laveaux, Annabelle Lengronne, Anne Pacéo, Ariane Ascaride, Christiane Millet, Claire Dumas, Clar Ysé, Fishbach, Florence Muller, Franky Gogo, Garance Marillier, Grace Seri, Jennifer Decker, Léonie Pernet, Lucie Antunes, Marie-Sophie Ferdane, Mélissa Laveaux, Suzanne De Baecque, Valérie Donzelli, Yoa.

Crédits photo : Affiche du spectacle. © Théâtre de l’Atelier.

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