Danse
Emilio Calcagno traite d’un matin de printemps

Emilio Calcagno traite d’un matin de printemps

31 octobre 2022 | PAR Nicolas Villodre

Le directeur du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, Emilio Calcagno, a présenté sa dernière création, D’un matin de printemps, en plein été indien, peu de temps avant celui de la Toussaint.

Valse-hésitation

Au premier temps de la valse, Emilio Calcagno dit avoir « voulu explorer un autre univers sonore » que ceux auxquels il nous a habitué, celui de Ravel, Debussy, Satie, Boulanger, Messsiaen et Fauré. Qui, mieux qu’Aurélien Richard et sa nouvelle formation, l’Ensemble Ouest, pouvait restituer avec goût, fidélité et technicité ce répertoire de l’école française du début du siècle dernier? Dans un deuxième temps, sans doute pour enrichir ce programme ou varier les plaisirs, le chorégraphe a demandé à Matteo Franceschini une « musique additionnelle ». Disons, pour aller vite, électro-acoustique – plus électro qu’acoustique au demeurant. Avec ce qu’il faut de boum-badaboum-boumboum la ponctuant et, le cas échéant, « meublant » (aurait dit Satie) les faits et gestes des quatorze danseurs du Ballet.

Que, dans le cas présent, la danse illustre la musique ou l’inverse n’est pas la question. L’alternance des scènes dansées accompagnées par l’orchestre de chambre et celles soutenues par la B.O. de fraîche date de Matteo Franceschini, devient la structure même de la pièce. Certains trouveront peut-être dommage que le compositeur ou un DJ pouvant le représenter ne soit pas sur le plateau, à côté du trio d’Aurélien Richard, situé à  l’arrière-scène, sur un podium, ou à sur une autre estrade que celui-ci. pour prendre le relais, comme dans une jam session. Telle quelle, la formule fondant musique in vivo et fichier numérique diffusé par la sono, fait tilt auprès de l’audience. 

Ballroom 

Ce succès à l’applaudimètre, dès la fermeture du rideau, en dehors de la performance de tous les artistes, musiciens et danseurs, tient à peu de choses. Celles-ci convergent ou font synergie. Tout d’abord, la durée du spectacle de 70′ TTC : ni trop ni trop peu. Ensuite, la scénographie et les costumes conçus par le choréauteur avec Thibault Sinay. Si l’on excepte les surplis blancs pour curés de campagne qui font aussi chemises de grands-pères, les tenues sont élégantes, bien coupées, tantôt sport, aux tons vifs comme ceux d’United Colors of Benetton, tantôt stricts comme ces académiques aux bandes noires et vertes du duo au sol masculin ou ces robes et costumes de gala pour soirées smart ou pour concours de danse de salon. Le voguing est convoqué et le tango évoqué, revisité par le contemporain à un moment donné.

Il est difficile de créer ex nihilo et, consciemment ou pas, le chorégraphe a nécessairement des sources d’inspiration. Nous avions déjà vu un miroir au-dessus des danseurs donnant un autre point de vue d’eux et de la danse que celui qu’on peut avoir depuis la place princière. Nous avions vu des artistes évoluant sur deux niveaux que ce soit dans un film avec Elvis (Jailhouse Rock) ou dans un ballet de Lucinda Childs (Available Light). Mais ces deux moyens offerts au chorégraphe sont ici parfaitement utilisés. Le gigantesque épiscope remplace avantageusement la vidéoprojection; la scène utilisée dans sa verticalité met en valeur les musiciens. Ceux-ci sont soigneusement éclairés aux moments les plus justes par la talentueuse Elena Gui qui, du début, avec ses rectangles bichromes et ses pastilles Smarties agrandies ornant le sol, au finale, avec un clair-obscur rendant hermétique l’allégorie sur la nature naturalisée symbolisée par les têtes d’élans empruntées, de toute évidence, à la Chambre du cerf du palais du Pape, située à quelques de pas du théâtre. Ce festin funèbre avec sacrifice d’élu est un ballet en soi.

Visuel : scène finale d’un matin de printemps, photo : Mickaël & Cédric, studio Delestrade.

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Nicolas Villodre

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