Essais
Petite histoire de la germanophobie par Georges Valance

Petite histoire de la germanophobie par Georges Valance

01 septembre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Ancien directeur délégué de la rédaction de « L’Express », amateur d’histoire et d’économie, prix Aujourd’hui 1990, Georges Valance est l’auteur de diverses biographies portant sur Thiers, Haussmann et VGE. Il vient de composer une histoire des relations entre la France et l’Allemagne, intéressant ouvrage qui vient de paraître chez Flammarion.

Georges Valance, Petite histoire de la germanophobieLA SPÉCIFICITÉ DES RELATIONS FRANCO-ALLEMANDES
Avec les peuples anglo-saxons, les relations de la France sont stabilisées, en bien comme en mal d’ailleurs. Elles sont fondées sur des convictions réciproques, sur des intérêts fondamentaux communs et aussi sur des préjugés admis une fois pour toutes. Avec les Allemands, selon l’auteur, c’est tout à fait différent. Certes les deux pays portent la même ambition européenne, mais Georges Valance croit savoir qu’il ne faudrait finalement pas grand-chose pour que ces relations amicales se retournent et s’aigrissent…

UNE PEUR ANCESTRALE
Durant la bataille de Bouvines (27 juillet 1214), le roi capétien Philippe Auguste vainquit l’empereur d’Allemagne Othon IV et ses alliés flamands et anglais. Pour l’auteur, l’affrontement marqua le début de cette peur ancestrale (réciproque). En effet, à la suite de cette bataille, la France fit son entrée sur la scène internationale. Ensuite, au fil des siècles, l’Angleterre prit le chemin d’une monarchie constitutionnelle et la France devint une monarchie absolue. Déchirée, incapable de s’organiser rationnellement, l’Allemagne du Saint Empire connut, quant à elle, une longue série de guerres intestines, lesquelles culminèrent avec la guerre de trente ans.

LA PAIX DE WESTPHALIE
Sous Louis XIV, la guerre de trente ans se termina par la paix de Westphalie signée le 26 octobre 1648. Il fallut pas moins de quatre ans pour conclure cette paix, laquelle augmenta considérablement les moyens de la France et réduisit sensiblement l’influence de l’Allemagne. Pendant longtemps, les seules régions activement germanophobes de France étaient l’est et le nord du pays, et ceci à tel point qu’on y appelait un homme violent « derlaque », en souvenir des massacres commis dans les Ardennes pendant la guerre de trente ans par les soldats luthériens d’Erlach. Ceux-ci y firent montre d’un grand sadisme.

GERMANOPHOBIE OU AUSTROPHOBIE ?
En retard d’une bataille, l’opinion publique française demeura longtemps singulièrement austrophobe. Pendant la Première Guerre mondiale, on parlait souvent de « l’allemand et l’autre chien » pour qualifier l’Autriche. De l’autre côté du Rhin, on n’était pas en reste non plus. La francophobie connut de longues heures. Ce sont les guerres de Louis XIV qui, d’après Georges Valance, furent à l’origine de la haine fatale entre la France et l’Allemagne.

LA GUERRE DE 1870
Le souvenir de Waterloo ne fut pas facile à conjurer, puisque l’Empire fut battu notamment « par la petite Prusse, que Napoléon 1er avait presque anéanti ». Le revers de fortune fut difficile à accepter et à surmonter. L’Allemagne devint alors l’ennemie héréditaire de la France. La Première Guerre mondiale était alors inscrite en filigrane. En effet, les Français haïssaient les Allemands qu’ils désignaient avec des sobriquets péjoratifs. A cet égard, le mot « boche » dérive de « albosch », i.e. « tête de bois ». Tout était censé opposer l’Allemagne à la France, même la langue et la syntaxe. Pour certains, la langue de Molière et son style n’étaient que légèreté, infiniment plus brillants que leurs équivalents d’outre-Rhin.

Georges Valance réussit, de façon claire et synthétique, à faire partager ses connaissances sur les tumultueuses relations franco-allemandes. Sous la Ve république, rappelle-t-il, elles ont souvent été compliquées. On se rappelle que le président Pompidou favorisa l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Europe notamment pour contrer l’influence allemande. Ensuite, VGE effectua un voyage à Berlin-ouest sans pour autant s’arrêter à Bonn. Il s’agissait de montrer que la France avait vaincu l’Allemagne nazie et qu’elle ne s’était pas fortuitement retrouvée dans le camp des vainqueurs, ce qu’affirmaient ouvertement certains dirigeants de la RFA. François Mitterrand fut très hostile à la réunification allemande après la chute du mur de Berlin.

Cet ouvrage est brillant et s’appuie sur une abondante bibliographie, prise à la meilleure source. A lire !

Georges Valance, Petite histoire de la germanophobie, éditions Flammarion, août 2013, 240 p., 18 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

One thought on “Petite histoire de la germanophobie par Georges Valance”

Commentaire(s)

  • Coriolan

    Philippe GAUTIER est l’auteur de:

    – La germanophobie. L’Aencre, 1997
    – Le racisme anti-allemand. Déterna, 2002.

    avril 20, 2015 at 11 h 50 min

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