Essais
« Jane, un meurtre » de Maggie Nelson: une enquête poétique sur un féminicide

« Jane, un meurtre » de Maggie Nelson: une enquête poétique sur un féminicide

25 février 2021 | PAR Chloé Hubert

Les Éditions du sous-sol publient Jane, un meurtre de la poétesse et essayiste Maggie Nelson traduit de l’anglais par Céline Leroy. Associé avec Une partie rouge, ces deux récits tête-bêche forment ‘Le livre de Jane’, une enquête poétique sur l’assassinat de la tante de l’autrice dans les années 60. 

« Certaines choses valent sans doute la peine d’être racontées pour la simple raison qu’elles se sont produites » 

C’est ainsi que Maggie Nelson résume la démarche de ce projet littéraire autour du meurtre de sa tante Jane Mixer. Celle qu’elle n’a jamais connu et qui « n’aura jamais plus que vingt-trois ans » a – probablement – été assassinée par un tueur en série un soir avant d’être déposée dans un cimetière. Ce fut un féminicide dont on ne disait pas encore le nom. « ‘Toutes les victimes étaient des femmes indépendantes et progressistes’,/à dit le journal […] Le monde nous appartient, mais impossible de/l’arpenter/sans se faire remarquer », écrit l’autrice en vers libre. Maggie Nelson se lance donc dans la quête obsessionnelle de la connaissance de cette femme et surtout de tout ce qui entoure son meurtre. Archives familiales mais aussi documents confidentiels liés à l’enquête non élucidée sont épluchés pour être digérés puis recrachés en un fabuleux document littéraire d’une grande beauté.

‘Le livre de Jane’, poésie et autofiction tête-bêche

Les deux livres de Maggie Nelson écrits sur le meurtre de sa tante sont associés dans même ouvrage par les Éditions du sous-sol qui avaient déjà publié Une partie Rouge séparément en 2017. D’un côté donc, Jane, un meurtre, est un recueil de poésie inclassable mêlant extrais du journal intime de Jane avant sa mort, rêves morbides, récits autobiographiques et poèmes en vers libres. De l’autre, Une Partie rouge est une autofiction légèrement moins déroutante qui débute au moment où la police arrête un suspect et qui couvre le déroulement du procès. « Après avoir assisté au procès du suspect en juillet 2005, je ressentis le besoin imminent d’en consigner tous les détails avant qu’ils ne disparaissent sous l’effet de l’angoisse, du chagrin, de l’amnésie ou de l’horreur; de me transformer, moi et mon matériel, en un objet esthétique qui compenserait, remplacerait ou ferait obstacle au morne silence où s’abolissent le souvenir et sa formulation », explique l’autrice dans la préface.

Maggie Nelson, dans un exercice littéraire qui dépasse la simple catharsis, explore avec ‘Le Livre de Jane’ la violence de nos sociétés et la place qu’elle fait aux femmes. L’autrice que nous avions découvert en français avec Les Argonautes ou encore Bleuets continue de fusionner brillamment les genres littéraires avec Jane, un meurtre pour nous offrir un ovnis littéraire d’une grande rareté.

Couverture © Les Éditions du sous-sol

Maggie Nelson, Jane, un meurtre, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Les Éditions du sous-sol, 448 p. 23 €, sortie le 4 mars 2021

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