Essais
Deborah Levy: « Ce que je ne veux pas savoir » et « Le Coût de la vie », prix Femina étranger 2020

Deborah Levy: « Ce que je ne veux pas savoir » et « Le Coût de la vie », prix Femina étranger 2020

03 novembre 2020 | PAR Chloé Hubert

Lauréate du prix Femina étranger 2020 pour son diptyque autobiographique, l’autrice anglaise Deborah Levy traduite par Céline Leroy pour les Éditions du sous-sol nous livre, avec Ce que je ne veux pas savoir et Le Coût de la vie, un puissant récit sur l’émancipation féminine, l’écriture, l’amour et la maternité.

« Ce printemps-là, alors que ma vie était très compliquée, que je me rebellais contre mon sort et que je ne voyais tout bonnement pas vers quoi tendre, ce fut, semblait-il, sur les escalators de gares que je pleurais le plus souvent »

Ainsi s’ouvre Ce que je ne veux pas savoir, premier volet du projet autobiographique de Deborah Levy qu’elle nomme living autobiography. Dans ce premier volet, Deborah Levy raconte, entre autre, son enfance de petite fille blonde en Afrique du Sud aux côtés de sa nourrice dont le nom est devenu Maria pour que les Blancs puissent le prononcer, l’arrestation de son père militant à l’ANC, sa paralysie à l’idée d’élever la voix qui lui a fait prendre la plume et bien évidement son exil en Angleterre. Dans le second volet, elle est une anglaise de 50 ans qui s’est aménagé un cabanon pour écrire, seule boussole dans une vie qui peine à trouver une direction après la mort de sa mère. L’ellipse sur les décennies qui ont constitué son mariage n’est pas tout à fait anodine tant elles lui ont coûté.

« Je ne sais pas comment vivre dans ma vie »

À la manière de Maggie Nelson (aux Éditions du sous-sol également) ou d’Annie Ernaux, Deborah Levy excelle dans ces allers-retours entre le passé et le présent, entre le minuscule de sa vie et le poids de sa condition. Elle se raconte avec la lucidité mélancolique au charme fou d’une femme sans âge, entre l’adolescente et la cinquantenaire ; une femme non concernée, en tout cas, par une conjugalité étouffante. Avec la liberté fougueuse de la première et l’apaisement de la seconde, Deborah Levy compose un récit féministe qui aborde, à côté de celle de l’écriture, la question de la maternité, du mariage, de l’amour, le tout en s’appuyant sur des citations de Duras, de Beauvoir, ou encore de Kristeva. C’est beau, incisif, bleu mélancolique et jaune comme le papier peint de Charlotte Perkins Gilman, comme la couleur d’une pièce que l’on repeint lorsque l’on veut changer de vie. Et pourtant. « Je ne sais pas comment vivre dans du jaune. Je ne sais pas comment vivre dans ma vie ».

Ce que je ne veux pas savoir et Le Coût de la vie font partie de ces livres précieux que l’on garde et chérit. Aussitôt ouvert, on a la certitude qu’on les relira. Ils sont de ceux qu’on emporte avec soi au fil de la vie, ceux qu’on a envie de faire lire à sa mère, à sa sœur, ou à sa fille. Déborah Levy est indéniablement une grande autrice et le diptyque Ce que je ne veux pas savoir et Le Coût de la vie, une des plus belles découvertes de la rentrée littéraire 2020.

Deborah Levy, Ce que je ne veux pas savoir traduit de l’anglais par Céline Leroy, Éditions du sous-sol, 144p. 16,50€, sortie le 20 août 2020

Deborah Levy, Le Coût de la vie traduit de l’anglais par Céline Leroy, Éditions du sous-sol, 160p. 16,50€, sortie le 20 août 2020

Visuels: ©Couvertures, site des Éditions du sous-sol

(Bordeaux) Le Void, plus qu’un souvenir
Forces Vives : le renouveau de la culture bordelaise
Chloé Hubert

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *