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« Le Pain perdu » de Edith Bruck : L’univers concentrationnaire

« Le Pain perdu » de Edith Bruck : L’univers concentrationnaire

03 juillet 2022 | PAR Julien Coquet

Récit des camps mais aussi d’une vie brinquebalée, Le Pain Perdu, autobiographie d’Edith Bruck, nous conte une histoire incroyable où la volonté de vivre l’a toujours emporté.

Edith Bruck était amie de Primo Levi. Bien que douze ans plus jeune que lui, elle partageait l’expérience traumatisante des camps. Si Le Pain perdu ne se concentre pas seulement sur l’expérience concentrationnaire, celle-ci se présente, sans grande surprise, comme le moment charnière de la vie d’Edith Bruck. Car cette enfant que l’auteure était, au départ désignée à la troisième personne du singulier, souffre dès son plus jeune âge de l’occupation nazie en Hongrie. Sa famille nombreuse survit tant bien que mal dans un petit village, et les habitants de celui-ci se serrent les coudes, alors que des rumeurs de fin de guerre arrivent.

Pourtant, un beau matin, les soldats frappent à la porte, et la mère d’Edith Bruck forcée d’abandonner le pain qu’elle avait mis à lever la veille. Edith, qui parle alors à la première personne (« je devins soudain adulte »), perd son prénom au profit d’un numéro : 11152. Edith, encore accompagnée miraculeusement de sa sœur, est déplacée de camp en camp, pour enfin retrouver une vie « normale » à l’âge de seize ans seulement. Reste à se forger des rêves, des projets, qui passeront nécessairement, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, par la promesse d’Israël.

La surprise de ce livre, c’est d’abord qu’il est écrit par une dame de 90 ans. Et une dame qui possède encore toute sa tête : la vie file à une vitesse, et l’auteur cherche un langage pour en rendre compte « Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle ». Cette nouvelle langue sera donc l’italien. Dans une dernière partie, après avoir connu le déracinement, les camps de la mort, un mari violent, Edith Bruck ne peut s’empêcher de s’adresser directement à Dieu, auquel sa mère croyait profondément, pour lui demander des comptes : « si j’ai survécu, ça doit avoir un sens, non ? »

« Nous nous sommes retrouvés à Bergen-Belsen à nouveau, mais dans le camp des hommes ! Et, mon Dieu ! le sol était jonché de corps nus ! Certains n’étaient pas morts et gémissaient encore. Une image qi a imprégné mon âme pour toujours. »

Le Pain perdu, Edith Bruck, Editions du sous-sol, 176 pages, 16,50 €

Visuel : Couverture du livre

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