Fictions
« Axiomatique » de Greg Egan : Chef-d’œuvre, ni plus ni moins

« Axiomatique » de Greg Egan : Chef-d’œuvre, ni plus ni moins

03 juillet 2022 | PAR Julien Coquet

Les éditions du Bélial’ se jettent dans un beau projet : la réédition d’une intégrale raisonnée des nouvelles de Greg Egan, le maître de la hard SF.

Comme l’explique Nicolas Martin dans son émission sur France Culture La Méthode scientifique, « Il y a tout un courant de la littérature de SF qui s’astreint à une extrême rigueur scientifique, quitte parfois à être taxée de complexe, voire d’illisible ou d’imbitable : ce courant, c’est la hard SF. » Parmi les amateurs de science-fiction, la hard SF fascine autant qu’elle rebute : présentée comme l’Everest de la littérature d’anticipation, si elle n’est pas préparée, la chute peut être rude.

Prenons pour exemple la nouvelle qui ouvre le recueil Axiomatique de Greg Egan, « L’Assassin infini », où un tueur poursuit des drogués se déplaçant d’univers en univers. Et, dès la première page, vous tombez sur une phrase comme « le nombre d’univers parallèles est un infini non dénombrable ». Et pourtant, il vous faudra poursuivre, car Axiomatique est peut-être le plus grand recueil de nouvelles de science-fiction jamais publié. Vous y croiserez notamment de drôles de perroquets, des millionnaires qui souhaitent l’enfant parfait, deux sœurs jumelles malades, un homme qui se réveille tous les matins dans un corps différent…

En 18 nouvelles, Greg Egan prouve à quel point il compte dans le paysage de la littérature de science-fiction. Publiées dès le début des années 1990, ces nouvelles, à leur relecture, confirment qu’elles n’ont pas pris une ride. Les réflexions philosophiques comme scientifiques perdurent. En peu de mots, Egan arrive parfaitement à construire un monde et à soulever des interrogations. On a pourtant parfois reproché à l’auteur australien d’être un écrivain froid et distant, bien plus proche du calcul et de la rationalité que de ses personnages. Il suffit pourtant de nouvelles comme « Axiomatique », dans laquelle un homme cherche par tous les moyens à se venger de l’assassin de sa femme, pour prouver que c’est loin d’être le cas. Il faut donc lire Greg Egan et, si certaines nouvelles vous paraissent trop touffues et hermétiques, passez-les, vous découvrirez d’autres textes riches en réflexions.

« A l’origine, la technologie des implants avait été développée pour permettre aux touristes et aux hommes d’affaires de parler instantanément des langues étrangères, mais les ventes furent décevantes. Un groupe des loisirs multimédia racheta l’usine et lança bientôt les premiers implants destinés à un marché de masse : un mélange entre les jeux vidéo et les drogues hallucinogènes. Avec le temps, la palette des états confus et des dysfonctionnements mis sur le marché s’était certes accrue, mais c’est le genre de tendance qu’on ne peut développer au-delà d’un certain point. Il arrive un moment où, à force de brouiller les connexions neurales, il ne reste plus grand monde en place pour profiter de l’étrangeté induite par l’implant. »

Axiomatique, Greg Egan, Editions du Bélial’, 480 pages, 23,90 €

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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