Essais
Caroline Fourest : « Génération offensée. De la police de la culture à la police de la pensée »

Caroline Fourest : « Génération offensée. De la police de la culture à la police de la pensée »

20 mai 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

Caroline Fourest est journaliste, à Charlie Hebdo puis à Marianne, essayiste et réalisatrice. Dans cet ouvrage elle aborde les excès du politiquement correct, de l’antiracisme identitaire, des procès en appropriation culturelle qui peuvent menacer la liberté d’expression et de création artistique.

Une mère de famille injuriée après avoir organisé pour sa fille un anniversaire « japonisant », une actrice blanche empêchée de porter des tresses « Afro », une exposition antiraciste sur l’esclavage quasi interdite. Ces quelques exemples illustrent le propos de Caroline Fourest : il existe une menace sur la liberté d’expression et de création. Le concept central de cet essai est celui d’appropriation culturelle c’est-à-dire « la reprise de formes thèmes ou pratiques créatives ou artistiques par un groupe culturel au détriment d’un autre ». Cette réappropriation peut être un pillage ou une tentative de domination mais elle peut aussi être inspiration ou enrichissement culturel. Cette distinction se fait mal. Pourquoi ? L’auteur évoque le développement d’un antiracisme identitaire, une conception réductrice de l’identité et une phobie du mélange. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène en favorisant les indignations anonymes, l’agressivité et la victimisation. L’auteur déplore une dérive identitaire d’une partie de la gauche en France mais reconnait que « cette police de la culture et de la pensée » sévit surtout aux Etats-Unis pour des raisons historiques et sociologiques. Au Canada les souffrances passées des autochtones et leur acculturation expliquent une susceptibilité exacerbée à l’appropriation culturelle. Comme le montre l’exemple du cinéma, les emprunts à d’autres cultures doivent être respectueux mais l’incarnation et la représentation de l’altérité sont le cœur du métier d’acteur. La situation dans les universités américaines est édifiante : les étudiants et les professeurs devront vaincre la peur pour retrouver la liberté de pensée et l’art du débat contradictoire. L’auteur termine par un plaidoyer pour une résistance à toute vision sectaire de l’identité et pour un métissage culturel.

Caroline Fourest fait œuvre utile en défendant la tolérance et en nous alertant sur les menaces concernant la liberté d’expression. Elle est très convaincante lorsqu’elle plaide pour un antiracisme universel qui milite pour le recul des préjugés et des discriminations. Elle privilégie le droit à l’indifférence sur le droit à la différence qui favorise une mise en concurrence des minorités et finalement une auto-ségrégation. Elle est tout aussi convaincante dans sa vision des cultures présentées « comme un lac commun où tout le monde peut venir s’abreuver ». Ce livre est un cri du cœur contre l’intolérance et les excès du « politiquement correct ». Pour sortir de ces dérives, Caroline Fourest s’appuie sur des valeurs toujours aussi indispensables : la laïcité, l’idéal républicain et l’universalisme.

Caroline Fourest, Génération offensée. De la police de la culture à la police de la pensée, Grasset, 157 pages, 17 euros, sortie le 26 02 2020.

visuel : couverture du livre

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